La fin des pusillanimes

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« Toute l’Europe se porterait mieux si l’Allemagne était la cigale.
Car fourmi, elle passe son temps à se faire arnaquer son épargne.« 

L’épargne européenne, c’est 36 000 milliards.
C’est trois fois le montant de la dette publique en Europe.
C’est-à-dire qu’en termes macro-économique, l’Europe n’a aucun problème de financement ou d’endettement.

L’Allemagne, c’est presque 9 000 milliards. C’est le pays consommant le moins, investissant aussi le moins en Europe.
C’est malheureusement le pays qui investit le plus mal de toutes les Nations.
D’après plusieurs études, dont une de la BCE, et une enquête sortie ce weekend dans le magazine Spiegel, l’Allemagne fait systématiquement les pires choix d’investissement, que ce soient les ménages, les entreprises ou l’Etat.

Toute l’Europe se porterait mieux si l’Allemagne était la cigale.
Car fourmi, elle passe son temps à se faire arnaquer son épargne.

La France est pas mal lotie du tout. C’est plus de 6000 milliards d’économies.
La France ne prête pas assez à ses entreprises et ses services publics.
Contrairement aux messages pilonnés par la presse et les éditorialistes, contrairement à la communication gouvernementale depuis 2010 et François Fillon (« la France est en faillite » prétendait ce traître à la Nation), la France n’est pas une cigale vivant au-dessus de ses moyens.
Elle vit et investit en dessous de ses moyens.
D’ailleurs, le solde extérieur en 2024 était positif, les entreprises françaises et les revenus du tourisme rapatriant plus d’argent que celui perdu dans le déficit commercial.

D’un point de vue macro-économique, de comptabilité nationale, il n’y a pas de crise de financement.
Nous sommes juste gouvernés par une classe politique imbécile.
La France aurait intérêt à mettre le paquet sur l’investissement. Elle est le pays avec la meilleure dynamique démographique de la zone !

Au lieu de cela, l’Europe consacre déjà – hors l’accord passé par Ursula von der Leyen – près d’un quart de ses investissements aux États Unis.

Justement, les États Unis : la productivité a dépassé celle de l’Europe, le PIB progresse à un rythme, sur la période 2010-2025, de moitié supérieur, et le privilège financier lui donne la possibilité d’imposer des tarifs douaniers sans réelle résistance.

Pourtant, les États Unis seraient dans l’Union Européenne, on lui promettait une Troïka à la Grèce :
Taux d’épargne des ménages 4 fois inférieur à la France, cinq fois à l’Allemagne: les États Unis sont la cigale mondiale.
La dette publique est à 122% le PIB deux fois plus lourde que les limites de Maastricht.
Le déficit public dépasse à 6,5% du PIB le niveau de ratio de la France.
Enfin, la balance du commerce extérieur, avec ou sans tarif, atteint 5% du PIB.

Trump peut se permettre tout, et son contraire, et pourtant, les États Unis ne subissent aucune perte de crédibilité financière.

Notons d’ailleurs que la Chine est sur une trajectoire de rattrapage de l’Europe avec un taux d’endettement public dépassant également les 60% du PIB.

C’est qu’au fond, une vieille vérité oubliée en Europe ne l’a pas été ailleurs.
De même que Helmut Schmidt, dans son dernier grand discours devant le SPD, rappelait en décembre 2011 que « les excédents des uns dont les dettes des autres », c’est à dire que l’Allemagne exportatrice avait tout intérêt à utiliser ses excédents pour aider les états clients en Europe à financer leur consommation d’importations allemandes, de même l’épargne a besoin d’un créancier ou d’une fiscalité pour revenir dans la sphère réelle.

Or, l’Europe ne veut pas investir – par haine de la dette – et préfère que l’épargne financière soit gaspillée, ou parte hors d’Europe, où l’on est prêt à investir avec l’argent des européens.
Le rapport Draghi, pourtant d’inspiration néolibérale et proposant des solutions bancales, chiffre lui-même le déficit accumulé d’investissement à 5% de PIB pendant dix ans.
Bonne nouvelle : notre épargne couvre bien plus que ces montants!

C’est la stupidité profonde de la construction européenne: par idéologie, myopie, et incompétence, réussir à dresser des constats sans jamais remettre en cause les facteurs d’origine ni redéfinir la vision.

Il nous faut faire exploser cette machine à rabougrir l’Europe.

Jamais les européens n’ont eu autant d’intérêt à renverser les ordres établis pour redéfinir la carte d’une Union de Nations partageant une vision de grandeur pour notre continent et nos peuples.

Je plaide pour de nombreux changements de paradigme :
1. Retrouver les leçons du keynésianisme des années 1930 et 1940. Cela suppose de tout miser sur l’investissement intérieur, et non sur les excédents extérieurs.
2. En faisant cela, redéfinir la vision de l’Europe et rappeler l’apport historique et les contributions des Nations la constituant. Les Nations préférant la vassalisation russe ou américaine n’en ferons pas partie.
3. Nous sommes de fait le dernier bastion de la démocratie sociale, malgré tous les dégâts des libéraux.
La coopération prime sur la concurrence au sein de l’Union. Les puissances économiques extérieures ne sont pas des partenaires, mais des espaces soit neutres soit hostiles. Des concessions doivent être exigées.

Le mercantilisme devait permettre définir une politique de puissance, dans l’esprit de ses inventeurs des années 1750. L’interprétation donnée par Angela Merkel et l’Allemagne des années 2005-2025 fut tellement incompétente que les gains mercantiles n’ont jamais été traduits en attributs de puissance.
Ils n’ont servi à rien.
Elle avait trop peur, et cette peur domine toujours les élites libérales, que l’investissement, donc de meilleurs emplois mieux payés, allaient entraîner l’augmentation de la consommation et donc des importations.

Le mercantilisme a voulu, pour la gloire vaine et stérile d’un bilan commercial, appauvrir les européens et affaiblir le continent.

Je crois également à ce que la Nation française peut apporter. Nous sommes la Nation de l’universalisme, du rationalisme, de la fraternité comme condition des libertés.
Nous sommes aussi une Nation révolutionnaire : nous savons renverser les choses.
Nous sommes plusieurs fois passés près de l’abîme, et nous avons plusieurs fois sauvés la situation.
Danton, pour galvaniser le peuple, les classes paysannes et ouvrières, face à la menace d’un génocide perpétré par les Autrichiens, nous a invité à « de l’audace », toujours, encore, « et la patrie est sauvée. »

Le temps des pusillanimes est fini.

Une réponse à « La fin des pusillanimes »

  1. […] Les orthodoxes ordo libéraux allemands rétorquent que « leurs » excédents n’ont pas vocation à financer « des pays vivant au dessus de leurs moyens ». Ils oublient tant le corrolaire de leur phrase – les allemands sont forcés de vivre en dessous de leurs moyens – et la phrase célèbre de Helmut Schmidt « les excédents des uns sont la dette des autres »… Je vous l’avais cité dans cette analyse du printemps sur l’absence de l’investiss… […]

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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