Percée de l’Afd en Saxe-Anhalt : après le crépuscule, l’obscurité de la nuit…

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Et si le succès de l’AfD en Allemagne de l’Est ne disait pas d’abord quelque chose de l’extrême droite, mais de l’effondrement des partis qui prétendaient protéger les classes populaires ? En Saxe-Anhalt, où elle atteint 44 % et frôle la majorité absolue, l’AfD prospère sur un paradoxe : elle conquiert les territoires délaissés par l’État en promettant de restaurer le « vivre ensemble », tout en détournant à son profit la nostalgie d’un État protecteur.

Résultats du vote. Pas de coalition majoritaire à part l’AFD toléré par BSW

Par Mathieu Pouydesseau

La région de Saxe-Anhalt, en Allemagne, a voté dimanche 6 septembre. La participation a atteint des records, dépassant les 77 %. C’est une victoire incontestable de l’extrême droite à 44 % des voix, manquant de trois sièges la majorité absolue au parlement régional.

En juin 2026, j’avais publié sur mon site une note analysant la conquête de l’Est du pays par Alternative für Deutschland, l’AfD, en s’inspirant d’un article du Spiegel portant sur le « pays bleu », ainsi que l’on nomme les cantons où l’extrême droite dépasse régulièrement les 40 %.

Le pays bleu
J’avais publié également une analyse structurelle de la crise allemande, intitulée « Le crépuscule des Deutsch » dans les pages du numéro 3 de l’Audace!

Le crépuscule des Deutsch
Le texte suivant est en quelque sorte une mise à jour de cette note et de cet article avec les résultats électoraux du 6 septembre 2026.

La BSW, l’Alliance Sahra Wagenknecht, un parti rouge brun né d’une scission des Linke, est à 5,5 % au parlement régional, empêchant une majorité de « front républicain » pour ainsi dire pour barrer la route à l’AfD. Ils sont au contraire disposés à tolérer l’AfD au gouvernement régional. Les deux partis sont d’ailleurs pro-Poutine.

Le vote au sein des gauches, lui, s’est distribué de sorte que les trois partis en lice soient présents au parlement. Mais, au total, la gauche ne gagne pas de voix. Quand la CDU, elle, s’effondre. Le candidat de l’AfD propose d’ailleurs aux élus CDU déçus de le rejoindre. Le Spiegel a rendu compte de débats nocturnes au sein du parti : Merz pourrait être remplacé après les deux prochains scrutins à Berlin et dans le land de Mecklembourg-Poméranie du Nord le 20 septembre.

Reste à évoquer le sort des libéraux du FDP qui sont de fait anéantis. Et les écologistes qui ont fait un score correct

Les écologistes qui ont fait un score correct remarquaient avec un peu d’amertume le soir des résultats : « à toutes les vagues caniculaires c’est dans notre région qu’il y a eu le record de température d’Allemagne. Mais l’AFD, climatosceptique, a fait une campagne a-politique, faisant des sondages sur ce que les gens souhaitent, et leur réponses étaient sans rapport avec la réalité du programme de l’AFD ».

Alice Weidel, la patronne de l’AfD au niveau national, est prête à fractionner la CDU pour récupérer un ou deux élus manquant pour décrocher la majorité absolue, voire avec la BSW, ce que les dirigeants du parti, scission des Linke, n’excluent pas.

Voici un aperçu des résultats électoraux passés en région Saxe-Anhalt.

On le voit, l’effondrement du SPD entre 2003 et 2011 profite un court moment au FDP et au Partei des Demokratischen Sozialismus (PDS), puis à Die Linke, mais également à plusieurs reprises à l’extrême droite (DVU, parti de l’ex-juge Schill, NPD, tous trois non représentés sur le graphique). L’AfD créée en 2013 profite de cet effondrement social-démocrate avant de récupérer les déçus de la CDU dans les années 2020 et en y agrégeant les extrêmes droites issues de la DVU et du NPD néonazi. Si le SPD se réjouit en septembre 2026 de faire 8 %, il semble oublier qu’il était à presque 36 % avant le gouvernement Schröder…

Notons au passage que la hausse de la participation a pénalisé la CDU, mais qu’elle n’a pas changé les équilibres globaux « prédits » par les sondages, démontrant ainsi que les abstentionnistes, quand ils se mobilisent, le font d’une manière assez proche de la population générale, avec une même volonté de sanctionner les exécutifs sortants.

L’AfD a mené une campagne de terrain avec des événements centrés sur le « vivre ensemble » (mais sans migrants…), animant des activités pour les familles, poussant à la création de cafés-services de livraison, créant du lien social partout où la marchandisation a tout détruit. Malignement, l’AfD a également joué à fond la carte de la nostalgie du régime communiste tout en attaquant et pointant du doigt comme cause de la crise allemande le « socialisme » de la CDU…

Le rejet de l’État dans sa version néolibérale et marchande apparaît ici indissociable d’une nostalgie de l’État protecteur et organisateur de la vie sociale – nostalgie qui touche jusqu’aux générations nées après 1989. L’AfD est d’ailleurs en tête chez les 18-25 ans.

Les Linke n’en profitent pas. En 2002, le parti héritier de la RDA, le PDS, était encore à 20 %.  Mais les Linke n’ont pas réussi à tenir les territoires, perdant leurs militants âgés, et dominant seulement les villes : Halle et Magdebourg les ont mis en première position. Or, la région de Saxe-Anhalt est peu urbaine.

L’AfD a donc très bien joué sur le lien social en le « privatisant » à son profit. Comment appeler les partis qui organisent les liens sociaux et aspirent à placer la totalité des expériences humaines sous leur tutelle ?

Cependant, il est paresseux de croire que le vote en Saxe-Anhalt dimanche est dû à l’absence d’un travail de dénazification aussi intense et intime qu’il a été mené à l’Ouest. J’ai eu souvent l’occasion de dénoncer la culture vide et stérile de la commémoration en Allemagne, notamment depuis Merkel. J’ai dénoncé les tendances révisionnistes depuis un texte de 2011. 20 % des Allemands sont ainsi persuadés que leur famille a été « proche de la résistance ». L’Allemagne souhaite maintenant célébrer le 8 mai comme un jour de « libération ». A croire que les nazis étaient des envahisseurs extra-terrestres…

Mais en Saxe Anhalt, les sondages à la sortie des urnes donnent à voir un tout autre contexte. Je relaie celui du Süddeutsche Zeitung, mais j’ai aussi lu un autre sondage sur les plus de 70 ans chez qui l’AfD n’est pas à 30 %.



Les Est-Allemands nés avant 1966 – en RDA communiste donc – votent moins AfD. Ceux qui votent le plus pour ce parti sont ceux dont la vie est en fait dominée par les neufs années de réunification violente socialement, entre début 1991 et la fin de la Treuhand, l’organisme chargée de la privatisation des biens en RDA après la réunification..

C’est dans cette génération que se recrutent à l’Est les néo-nazis des années 90, les incendiaires de réfugiés de Rostock, les terroristes de la NSU. D’ailleurs, j’ai beaucoup écrit sur la NSU et sur la violence croissante de l’extrême droite allemande entre novembre 2011 et 2015, dans l’indifférence totale des partis et des médias en France.

Quant à la génération post-réunification, elle vote autant AfD que la moyenne. Pour eux, l’alternative à l’AfD n’est pas la CDU des grands-parents, mais Linke et les écologistes.

Reste une question fondamentale : quelles leçons tirer de ce nouvel épisode pour les politiques publiques, lorsqu’on souhaite redorer le blason d’une démocratie perçue comme luttant contre les classes salariées ? Peut-être que les deux partis de l’exécutif par excellence en Allemagne, SPD et CDU, devraient y réfléchir.

La marchandisation des activités humaines, la domination des intérêts mercantiles, la déflation intérieure appauvrissant les classes salariées pour protéger les excédents commerciaux, le refus d’investir ces excédents dans le pays par peur d’une augmentation des importations, tout cela conduit à des inégalités considérables, de patrimoine notamment, et à une spéculation immobilière, achevant d’autant plus les classes salariées. Tout cela est connu, commenté, les alertes ont été nombreuses.

Le SPD a refusé de gouverner à gauche entre 2013 et 2017 alors que le Bundestag avait une majorité à gauche, et que l’extrême droite était en dehors.

La CDU a saboté entre 2022 et 2024 les efforts de relance de l’investissement et de lutte contre l’inflation – avec l’aide du FDP alors pourtant au gouvernement – dans une tactique cynique et myope de conquête de la chancellerie par Friedrich Merz.

Le pays a dû rester douze trimestres en récession pour satisfaire l’ambition d’un banquier d’affaires. Celui-ci a réussi à s’emparer du pouvoir. Mais dès ce dimanche 6 septembre au soir ses amis envisagent de le déconnecter.

SPD et CDU gouvernent mal. Ah, bien sûr, on annonce des fonds structurels d’investissement. Mais les dépenses publiques vont d’abord dans l’armement et des cadeaux fiscaux vident les caisses. La timide réforme fiscale prévoyant 2 points d’augmentation de l’impôt sur le revenu pour 120 000 ménages hyper riches (24 000 euros par mois) ne compense pas les coupes drastiques des budgets sociaux et des retraites.



Le gouvernement CDU veut s’attaquer aux lois protégeant le travail et la cogestion syndicale au nom de la lutte contre la bureaucratisation. Mais cette bureaucratie contemporaine n’est en fait ni « socialiste » ni pro-travail : elle est d’abord l’appareil de surveillance et de protection pointilleuse des normes marchandes du néolibéralisme.

Les cadres promus depuis vingt ans sont des experts pour empêcher dépenses et investissements, pour espionner toutes les décisions intimes des classes populaires et conditionner les aides à des comportements qui se devraient être conformes, pour empêcher la reprise des salaires qui serait inflationniste et ouvrir les marchés à la concurrence internationale au non d’une réciprocité qui n’existe pourtant plus.

La critique du capitalisme contemporain est absente tant du côté des néolibéraux – incapables de comprendre pourquoi en pratique leur théorie ne marche pas – qu’au sein des des socio-démocrates, qui voient par erreur l’Union européenne comme un espace de liberté, de justice sociale et de globalisation progressiste.

Le premier sondage après l’élection donné pour la première fois la droite (Union) sous les 20%.

Les voix se multiplient au sein de la CDU, d’après la presse ce 8 septembre, pour la démission de Merz.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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