Le rapport de l’Insee sur l’immigration publié vendredi dernier rétablit plusieurs faits tordus ou déformés par les propagandes des uns comme des autres.
Rappelons qu’en proportion la France a peu d’immigrés comparé à l’Allemagne ou les Pays Bas.
Pendant longtemps, la France a été le seul pays en Union Européenne où le solde démographique naturel (nombre de naissances versus nombre de décès par an) était positif. Nous avons, jusqu’en 2015, été un pays à la démographie la plus dynamique du marché européen.
Ce dynamisme était une catastrophe pour les néolibéraux. Plus d’enfants, c’est plus d’écoles, de collèges, de lycées, de pédiatres, de crèches, d’assistante maternelle, d’associations sportives et culturelles.
Entre 1975 et 2025, l’Allemagne, qui a fait chuter son taux de fécondité en même temps que la crise économique due aux prix du pétrole suite à une guerre entre Israël et ses voisins, a économisé en coûts sociaux de renouvellement biologique de sa main d’oeuvre 2000 milliards comparé à la France.
C’était conforme à une stratégie mercantile de baisse de la demande intérieure pour consacrer l’essentiel de sa production aux excédents avec le reste du Monde.
La France avait une autre stratégie.
Notre dynamisme démographique a été longtemps vu comme un atout. Je me souviens d’articles lorsque j’étais étudiant calculant quand France et Allemagne auraient la même population, rééquilibrant l’Europe.
Notre demande intérieure était notre force et la source de notre croissance.
L’annexion économique de la RDA a permis un temps à l’Allemagne de reporter la crise de population. Sans les 17 millions d’Est-allemands, la France, aujourd’hui, aurait plus d’habitants que l’Allemagne.
Puis, à partir de la crise financière de 2008, l’Allemagne mercantile a misé sur l’immigration, qualifiée ou non, pour éviter de devoir augmenter les salaires dû à la baisse démographique de la population active.
La bourgeoisie française a toujours jalousée cette réalité allemande : les 2000 milliards économisés en ne produisant pas d’enfants ont augmenté les patrimoines des riches familles.
A partir de 1998, l’Allemagne d’ailleurs réduit les impôts sur l’héritage et supprime les impôts sur le patrimoine.
Quel rêve pour la bourgeoisie française !
Alors on a commencé à propager au début des années 2000 l’idée que l’industrie, c’est mal. Il faut du service. L’industrie doit devenir un modèle « sans usine ».
A l’époque, d’ailleurs, Thierry Breton et François Fillon favorisent le gaz naturel contre la filière nucléaire, et ce dernier conclue des accords catastrophiques avec la Russie, en remorque de l’Allemagne et des Pays Bas.
Ce ne sont pas les verts qui ont créé nos problèmes sur le marché européen de l’énergie, mais la droite UMP/LR.
La désindustrialisation s’accélère dans les années 2004-2008 et connaît sous Sarkozy un plongeon considérable.
Hollande a gouverné dans la continuité.
La question démographique restait cependant trop dynamique.
Rendez vous compte : malgré tous les discours de déclin et de malheurs des droites, les français étaient encore en 2015 parmi les européens les plus heureux du continent.
Macron a été chargé de transformer l’expérience de vie des français en un purgatoire permanent.
Car si les classes nombreuses peinent, la bourgeoisie encaisse.
Depuis des mesures que j’avais combattu en 2012-14 (fin de l’universalité des allocations familiales, loi Macron allongeant la durée de contrainte des classes où se trouvent la monoparentalité et sur des classes d’âge assurant une garde informelle des enfants, contrainte renforcée par l’allongement de l’âge de départ à la retraite) la démographie commence un plongeon en 2015 en contradiction avec le désir d’enfant officiellement communiqué.
2. Par ailleurs, là encore je les ai critiqué, les réformes dites de l’offre ont favorisé la spéculation immobilière dans des proportions rendant la vie familiale à plus de deux impossible à financer.
3. Parallèlement, les crédits d’impôt que j’ai toujours combattu ont créé une rémunération plus importante pour les entreprises en remplaçant les bons emplois bien payés par des emplois de service sous 1,8 fois le SMIC.
4. La pression sur les activités à bons emplois s’accroît encore par l’explosion des cotisations sociales sur ces bons emplois pour compenser les baisses de cotisations des emplois sous 1,8 fois le SMIC. L’industrie continue de s’effondrer (cette politique, esquissée par Aubry en 2001 en accompagnement des 35h a été profondément élargi par Fillon puis par Moscovici et enfin par Macron).
5. Enfin, la dévaluation salariale systématique des emplois publics et notamment dans l’enseignement et la recherche renforce le message d’un désinvestissement général dans la jeunesse et l’enfance.
Conséquences
Du coup, les emplois bien formés étant si mal payés deviennent répulsifs pour les diplômés, partant plutôt dans les fonctions de contrôle bureaucratique du capitalisme, la finance etc…
La démographie est passée de 1,9 à 1,5. En dix ans ! Le solde naturel est négatif.
Nous avons encore dix ans de dynamisme démographique acquis : les jeunes nés entre 2005 et 2016.
Nous n’avons rien fait pour les accueillir dans la vie de la Nation.
On compense, dit l’Insee, avec une immigration bien formée. Le bilan est positif. L’immigration est un enrichissement.
Ce n’est pas cela, la question.
La question n’est pas si nous subissons une « submersion » ou si « l’immigration est positive pour le pays ».
La question c’est pourquoi l’Etat (supposé démocratique) mène la guerre aux désirs et espoirs des classes nombreuses.
C’est cette interrogation qui est au coeur de mon article d’hier sur le « pays bleu » – les bastions de l’extrême droite AfD en Allemagne.
La colère contre l’Etat et la perte de confiance dans toutes les institutions est la conséquence d’une politique permanente contre les populations.
Si l’Etat est l’ennemi, les partis défendant la démocratie et les services publics sont complices de l’ennemi.
C’est là le piège pour les gauches.
La question c’est comment arracher le destin et les désirs des classes nombreuses à la punition permanente que leur vouent les bourgeoisies citadines.
Images : 1. Bilan démographique Allemagne, 2. Résumé tiré de l’humanité de l’étude Insee
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