Ce weekend, l’extrême droite européenne a appelé à une grande manifestation à Lyon, suite à la mort de l’un des leurs dans une rixe avec l’extrême gauche.
Le précédent allemand
Ce genre de manifestation a Chemnitz en juillet 2018 suite au décès dans une rixe d’un jeune homme avait entraîné trois jours de pogroms xénophobe et antisémite avec perte totale du contrôle de la ville de 100 000 habitants par la police allemande. J’en ai parlé sur le blog de Coralie Delaume :
L’arêne nue: où en est l’Allemagne après Chemnitz
Toutes les gauches ont été depuis agressées et poussées à quitter la ville de Saxe.
L’extrême droite violente européenne cherche a faire de Lyon un bastion comme ils ont fait de la Saxe un bastion.
Il n’est pas normal qu’on normalise cette violence de l’extrême droite, qu’on donne l’impression qu’elle serait un mur nécessaire pour protéger la société de la violence largement surévaluée de l’ultra gauche.
Le rapport entre violences d’extrême droite et celles attribuées a l’ultra gauche est à peu près constant en Europe : 7 a 1. Et en morts, c’est généralement du 10 à 1.
J’avais publié au PS des 2011 des notes sur la montée de l’extrême droite violente allemande, puis celle européenne. Chaque année c’est une progression de 60 a 70% du nombre des actes violents que notaient les services de police en Allemagne, en Angleterre, en Italie, etc.

La violence des attentats islamistes a contribué à dissimuler la réalité de la montée exponentielle de la violence de l’extrême droite.
En 2018, le patron des services secrets intérieurs allemand jugeait ainsi contre les statistiques de ses services que le danger c’était les islamistes et l’ultra gauche. Il refusait d’enquêter sur les émeutes de Chemnitz. La crise « Maaßen » a mit fin à la carrière politique de Andrea Nahles au SPD, affaibli Merkel au point qu’elle perdit la présidence de la CDU deux mois plus tard, et affaibli le patron de la Bavière Seehofer qui lacha la main à Söder. C’est la crise qui se fait met fin à la domination de Merkel. La crise COVID lui permettra de retrouver un peu de marge d’action.
C’est à dire qu’en normalisant cette violence on affaiblit automatiquement les partis et institutions démocratiques.
En France, Macron a créé des divisions profondes dans la société. La violence inacceptable de la répression des gilets jaunes et des mouvements sociaux s’est accompagné d’une complaisance à la montée des mouvements de l’ultra droite. En rejetant la contestation populaire dans une diabolisation des Black block assimilés a l’ultra gauche, tout en considérant dans les milieux bourgeois euroliberaux que les GJ étaient RN, Macron a créé une dissociation populaire.
Or, le seul mouvement constant dans le rejet de Macron et s’adressant aux classes populaires des territoires, c’est le RN.
Ainsi la montée des violences à l’initiative de l’Etat en criminalisant la contestation sociale et le droit de manifester – dès Manuel Valls et Bertrand Cazeneuve – et dont le traitement judiciaire commence à peine – procès des violences des CRS à la manif de décembre 2018 – ont créé un espace de légitimité des violences politiques.
L’affaiblissement des corps intermédiaires, la négation de la démocratie sociale, le refus des rapports de force parlementaire entraîne de fait une colère nationale tsunamique et un discrédit total des institutions, des partis politiques, de la démocratie.
Dans ce contexte, l’obscénité de l’instrumentalisation de la mort d’un militant radicalisé de l’action française, lui-même ayant fait le coup de poing avant de recevoir ceux ayant entraîné son décès, aussi dramatique cette mort soit elle, vise d’abord à éliminer toutes les gauches. J’en ai parlé ici
Rachida Dati, encore ministre de la Culture du gouvernement Macron, l’a dit hier : c’est toute la gauche NFP qui est suspecté de violence et devrait avancer à genou, cendre sur la tête, corde au cou, demander son expiation à la bourgeoisie triomphante, escortée des chevaliers blancs neofasciste. J’exagère à peine.
Lyon ne sera pas paisible ce weekend. La police ne s’en prendra pas aux débordements de l’extrême droite.
Elle s’en prendra à tout militant de gauche visible.
En 2026, l’Europe est dominée par un nouveau couple : l’axe germano italien a été reconstitué, associant droite et extrême droite. Le parlement voit de plus en plus de textes passés par l’alliance du PPE et de l’extrême droite, marginalisant le PSE.
La stratégie de violence de l’extrême droite est un succès. Entre 2011 et 2026, non seulement les actes ont été multipliés par dix, mais les scores électoraux aussi.
Et la gauche, pusillanime quand elle était au pouvoir, incapable de construire un récit du monde alternatif, de montrer les convergences des politiques d’austérité bourgeoises et les politiques libertariennes de l’extrême droite, apparaît comme une victime incapable de se défendre.
Personne ne vote pour des victimes.



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