
L’obsession des politiques économiques d’excédents commerciaux, c’est réduire la demande intérieure.
Si on produit plus qu’on consomme, on a des excédents.
Le revenu national de la production n’est pas consommé par la Nation.
L’idée, fausse, derrière ce raisonnement, c’est que la Nation « épargne » l’excédent pour des jours de malheur.
C’est pourquoi les politiciens allemands sont « fiers » des « efforts ».
L’autre idée, c’est de ne pas se rendre coupable d’emprunter.
Mais ça ne marche pas comme ça, l’économie d’une Nation.
Si l’épargne n’est pas prêtée sous forme de dette, publique ou privée, pour l’investissement intérieur, si elle n’est pas consommée, sous forme d’augmentation des salaires et des revenus, elle ne sert à rien.
Ce matin, l’institut des statistiques allemandes révèle que près de deux millions d’allemands diplômés du supérieur sont menacés de pauvreté.
En même temps, le patronat allemand se plaint du « coût du travail » (les salaires) et des « impôts plus élevés qu’en France » (véridique).
Il constate un « déficit de main d’œuvre qualifiée » menaçant la « production locale ».
Il appelle à plus d’immobilisation choisie, notamment avec l’accentuation de la crise démographique.
Surtout, ne pas employer les deux millions de diplômes du supérieur au seuil de pauvreté à la hauteur de leur qualification…
Car même là, ils seraient « trop chers ».
Et c’est ainsi que la conséquence sociale d’une politique d’excédents commerciaux constants au delà de 5% de PIB, sans jamais de période de réinvestissement intérieur augmentant la demande et les importations, apparaît dans sa dureté implacable : les excédents commerciaux allemands ont appauvris les allemands.
Et si l’on réfléchit à l’échelle européenne, en prenant en compte les études économiques les plus récentes sur les conséquences des politiques menées depuis 2008 et la crise financière, on se rends compte que les doctrines mises en oeuvre ont échouées parce qu’elles n’ont jamais cherché à donner un sens pour les peuples européens.
Par contre, ces politiques ont accéléré la concentration des richesses par une minorité, qui en a profité pour concentrer également le secteur des médias – presse et réseaux sociaux.
Elles ont également affaibli la capacité de l’Europe à parler d’une seule voix.
La cacophonie désastreuse à l’occasion du « conseil pour la paix » de Donald Trump en est la logique conséquence.
Alors que les chefs d’États européens semblaient avoir défini un consensus ignorant ce conseil pour ne pas affaiblit l’ONU, 7 pays européens et la commission européenne – sans mandat et sans autorité légale pour le faire – ont choisi de participer.
Cela montre l’effondrement en cours de l’Union Européenne en tant qu’institution.
Contrairement à beaucoup, je ne crois pas que ce soit la conséquence de défaites politiques ou culturelles. L’enjeu n’est pas idéologique.
Il est matériel.
l’Union Européenne a pu être un succès économique apportant un progrès social aux peuples y participant entre 1950 et 2000 parce que la volonté commune et les compromis particuliers étaient subordonnés à l’amélioration des conditions matérielles d’existence, et à la garantie de la sécurité internationale comme intérieure.
Mais les logiques et doctrines économiques devenues majoritaires tant à droite qu’à gauche en Europe dans la seconde moitié des années 90 ont privilégié de plus en plus la totemisation de chiffres comptables abstraits en vue d’affaiblir la puissance publique et lui supplanter l’organisation par le marché.
Cet agenda, qu’on l’appelle néolibéralisme, ordoliberalisme, socioliberalisme ou progressisme clintonien, a favorisé en Europe au moment de la crise financière une doctrine particulière : l’austérité pour la demande intérieure, le libre échange pour la production internationale.
A l’intérieur de l’Union, la France a pris le rôle du consommateur de dernier ressort.
Les déficits publics et commerciaux, en partie compensés par les investissements étrangers et les rapatriements des gains des entreprises françaises par la délocalisation, ont créé les outils financiers permettant de recycler une partie des excédents d’épargne.
l’Allemagne aurait dû être le prêteur en dernier ressort.
Le refus obstiné, encore aujourd’hui avec l’alliance de Merz et Meloni, de l’Allemagne pour les Eurobonds est stupide, contre-productif, et d’une myopie considérable.
L’épargne accumulée tant en France qu’en Allemagne sont inemployes alors que depuis 2023 un consensus existe sur la nécessité d’une relance de l’investissement massif en Europe.
On a peur que les peuples européens voient l’amélioration de leurs conditions matérielles, les amenant à consommer des biens importés, réduisant l’excédent commercial.
Cette peur n’a en réalité aucun objet: comme expliqué précédemment, l’excédent en soi n’a aucune valeur positive.
Ce n’est pas souhaitable d’être en excédents permanent à de tels niveaux.
Ce n’est pas souhaitable, au sein de l’Europe d’avoir de tels déséquilibres.
Mais les dirigeants responsables de ces doctrines économiques stupides ont refusé d’assumer leurs erreurs.
Cameron avait montré la voie en 2013-2015: une bonne campagne de boucs émissaires, xénophobe, permet de faire diversion.
Depuis, l’extrême droite britannique va remplacer les conservateurs.
Dans tous les pays, les deux blocs politiques traditionnels, PPE et PSE, s’effondrent.
Le rejet des institutions favorise, dans un contexte de manipulation par des puissances étrangères hostiles, d’incertitude internationale, de retour depuis 2014 de la guerre en Europe, les partis d’extrême droite.
On ne les combattra pas avec des incantations morales.
C’est l’ensemble des doctrines économiques des années 90 qu’il faut jeter à la poubelle.
La recherche économique contemporaine d’ailleurs le démontre : l’austérité a échoué en Europe.
Les pays qui s’en sortent ont mené des politiques d’investissement finance par l’endettement, et orienté par la puissance publique.
Le marché est en soi la pire allocation des ressources car fondamentalement opposé aux dynamiques démocratiques.
La concurrence porte en elle la guerre.
Ce débat là est malheureusement marginal dans l’opinion publique.
Les chiffons rouges de diversion abondent. Les obscènes instrumentalisations d’émotions fortes, de faits divers, de cadavres encore chauds, sont jetés sur la place pour empêcher tout débat de fond.
Mais cela ne doit pas nous décourager.
La vérité triomphe à la fin.



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