L’analyse du néolibéralisme, surtout en contraste avec les autres formes du libéralisme, et je renvoie aux nombreux travaux de David Cayla qui démocratise très bien ces sujets, découvre un paradoxe :
c’est un créateur de bureaucratie.
Un ami me demandait pourquoi les chefs de PME/PMI détestaient la gauche, alors même que la relance des investissements publics les favoriseraient mécaniquement.
Les chefs de PME confondent les énormes efforts bureaucratiques exigés par les normes juridiques, et la pression fiscale. Cela aboutit à un rejet de l’Etat, donc des services publics, comme étant un fardeau d’abord en formulaires à remplir.
Le phénomène que l’on observe dans les services publics, c’est à dire la multiplication des couches bureaucratiques de contrôle de gestion, et de rapports vers les hiérarchies, est aussi en développement contre les PME PMI car le néolibéralisme, c’est un de ses paradoxes, est ce grand créateur de bureaucratie.
Les grands groupes et les grands cabinets de conseil n’ont pas de difficulté à faire avancer leur bureaucratie, surtout en pressurant la marge de leurs fournisseurs, PME et PMI.
Le transfer d’une partie de la masse salariale des salariés normaux au top managerial – les 1% les plus payés des grandes entreprises – est aussi un autre instrument de l’accumulation du capital.
Si dans tous les pays européens gouvernés par des droites néolibérales depuis une décennie on assiste à des scandales autour des sociétés de conseil privé, c’est aussi dans la marche de leur histoire idéologique.

Car l’un des aspects du néolibéralisme, c’est que pour que les marchés fonctionnent comme organisateurs uniques de la société, il faut des règles garantissant leur supposée transparence, équité, etc. Donc il faut le prouver à coups de formulaires, de rapports, d’effort bureaucratique.
Je simplifie, et mets ici autant “ordoliberalisme” allemand que d’autres parfums du néolibéralisme dans la même simplification, David Cayla pourra nuancer et corriger le propos.
Et comme les politiques publiques se limitent dans le néolibéralisme à vouloir agir sur les prix pour créer des incitations vertueuses, de même, on multiplie le contrôle de gestion pour vérifier avoir créé ces incitations, et que les incitations ne sont pas détournées.
Si le prix est manipulé, toute l’architecture philosophique qui réduit les sociétés humaines à des marchés où le prix seul fixe le bien social, devant le débat démocratique, s’effondre.
Donc on bureaucratise pour s’assurer que le prix est bien fixé selon les principes néolibéraux du marché grand ordonnateur.
La norme juridique est le “grand remplacement” du débat démocratique.
Mais on ne contrôle pas les cadeaux fiscaux – par peur de créer des incitations négatives… cadeaux qui eux mêmes in fine, c’est les résultats de la plupart des rapports officiels sur le CICE, ne font que passer temporairement aux PME/PMI avant d’être reconcentrés par les très grands groupes.
On ne veut pas d’un État fort – on va donc externaliser la bureaucratie au cabinet de conseil.
On ne veut pas non plus freiner la circulation ces capitaux, même lorsque ceux-ci sont des crédits fiscaux de l’Etat rendus au capital privé.
Car le néolibéralisme considère ceci échapper au principe d’un marché fixant les prix incitatifs. Puisque les impôts sont fixés par un autre processus que le prix du marché: en démocratie, par le débat parlementaire, en régimes absolutistes, par une caste souvent liée aux grandes fortunes capitalistes.
Le rejet quasi physique de cette bureaucratisation inhérente à la théorie néolibérale du marché tout puissant et des incitations par les prix est dès lors confondu avec le discours des gauches sur les comportements vertueux à adopter face aux crises climatiques et sanitaires, alors même que fondamentalement, ce sont deux choses différentes.
C’est ce qui explique pourquoi tant de chefs de PME PMI détestent viscéralement les mouvements écologistes et les discours de morale neo-chrétienne des gauchismes intersectionnels : ils sont confondus avec le poids croissant de ces normes juridiques inhérentes pourtant au néolibéralisme.
Et notons le : le discours ensuite sur les dépenses publiques record sont particulièrement efficaces parce qu’elles entrent en communion avec un ressenti bureaucratique imposé d’en haut.
L’Etat pèse de son pouvoir réglementaire, mais n’aide pas la PME – sauf pour maintenir les entreprises zombies pendant le Covid au lieu de soutenir la demande – et prétends ensuite “s’alléger” sans que les impôts des PME ne baissent.

Aujourd’hui, une PME sera imposée à 35% quand Total Énergie, le groupe LVMH, Bolloré, la famille Betancourt derrière l’Oreal, la famille Pinot, ou Mackinsey, ne payent pratiquement pas d’impôts en France.
La mise en place de la responsabilité environmental et sociale en est un parfait exemple.
Reconquérir les dirigeants des PME/PMI passe aussi par remettre le discours sur la demande, le carnet de commandes, l’investissement public comme incitateur premier des impulsions économiques, au cœur du discours positif de la gauche pour créer les richesses.

Et aussi marteler que la bureaucratie, c’est la conséquence de la loi du marché, et cela favorise l’accumulation du capital, les concentrations, les monopoles. Moins de libéralisme, c’est paradoxalement moins de bureaucratie!


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