La criminalisation des oppositions par amalgame

mars 27, 2023 0 Par Mathias Weidenberg

Lorsqu’on lit la presse, les députés de la minorité présidentielle ou les habituels tenants de l’ordre contre la démocratie, on est frappé de l’unanimité de la condamnation des oppositions par amalgame.


Cette technique est très ancienne : elle fut utilisée il y a 90 ans en Allemagne pour interdire le Parti communiste.
Depuis 15 ans c’est l’arme favorite de Erdogan pour criminaliser et interdire les partis de son opposition, pour faire arrêter maires, députés, militants des causes qu’il déteste.
Rappelons que ceux qui gouvernent en février 1933 au moment de l’incendie du Reichstag, c’est un cabinet de technocrates issus de la droite et de dirigeants du centre droit libéral, il n’y a que deux ministres d’extrême droite à ce moment là.
Rappelons qu’à sa première élection Erdogan était présente comme le prince libéral centriste, europhile, qui allait libéraliser l’économie, conduire la Turquie en UE, briser les syndicats turcs, car la république laïque était aussi sociale, et moderniser l’Anatolie. La transformation d’abord en libéral autoritaire puis en autoritaire tout court fut au bout du chemin,
Orban aussi, à son premier mandat en Hongrie, était le libéral centriste modernisateur, jeune et beau, qui allait conduire la Hongrie dans la modernité et l’UE. Lui aussi bascula dans l’alliance avec l’extrême droite, la criminalisation des gauches, les réformes du système électoral et judiciaire.

Macron mène la même tactique, qui avait déjà été tentée fin 2018 par l’alors ministre de l’intérieur Castaner.

La criminalisation des oppositions par amalgame est une réponse autoritaire et illiberale à des crises sociales et démocratiques, alors que des classes refusent de porter leur dû des devoirs fiscaux et économiques de la Nation. Elle est toujours possible dès lors que les corps intermédiaires ont été affaiblis, les instruments institutionnels de construction des compromis dévoyés, et la culture démocratique acceptant le principe de l’alternance remplacée par une culture d’une classe dominant les outils façonnant l’opinion publique rejetant toute critique à son propre mode de vie.
Pourtant, l’opinion publique n’est pas dupe. Il y a plus d’opposants au recours au 49.3 encore qu’à la réforme des retraites.


L’unité du front syndical est maintenant constante. Le gouvernement, par la voix du président, a d’ailleurs choisi d’humilier le syndicat le plus proche, qui proposait une feuille de route de sortie de crise, pour tenter, sur la base des images de l’incendie de la “Sainte Bassine”, de renverser l’opinion contre la violence.

L’incendie du Reichstag, on le sait, ne fut jamais organisé par les communistes. Il fut complaisamment rendu possible par les autorités chargés de l’empêcher pour produire des images fortes.
L’incendie de véhicules de gendarmerie à Sainte Soline n’était pas programmé par les mouvements de manifestations. Leur objectif était d’atteindre la bassine, un gigantesque rectangle de terre et de ciments, aux dimensions d’une forteresse Vauban, vide. Aucun des manifestants n’auraient pu “détruire” quoi que ce soit.


Le choix des autorités, prévenues par les renseignements des risques, des groupes militants violents, fut de les laisser se rassembler sur place, de les laisser acheminer tout leur matériel (les image montrent une abondance de projectiles acheminés à dessein, des boucliers métalliques, des bâches pour avancer comme une tortue romaine, supposant d’ailleurs des entraînements pour maîtriser les tactiques employées, des liquides enflammables etc.) et s’organiser, de mettre les véhicules et les personnels en un cordon sans masse de manœuvre ni de voies d’évacuation, autour de la bassine, de ne respecter ni schéma de maintien de l’ordre, ni règles élémentaires en amont pour interdire la violence.
Sur place, ce fut le chaos de la chaîne de commandement, qui semblait plus passionné par l’idée de la bataille avec les violents radicalises que par sa mission de protection des citoyens, fonctionnaires comme manifestants pacifiques, l’utilisation vaine tactiquement et déplorable en terme de légalité comme d’impact politique des quads, le fiasco tactique, un groupe de militants violents venant à bout, dans un rapport de force de 1 contre trois, de la force publique pour incendier des véhicules, et les blessés.
Un manifestant de 30 ans, prénommé Serge, est entre la vie et la mort. Plus de 230 blesses au total, gendarmes, journalistes, manifestants.

Ce fut un fiasco du maintien de l’ordre.
Dans un monde normal, préfet, ministre et certains officiers devraient manger leur chapeau et démissionner.

Mais nous ne sommes plus dans un monde normal. Le pouvoir politique veut justifier des violences qu’il prémédite contre les cortèges syndicaux de mardi. Vue les condamnations qui pleuvent à l’international sur les images de jeudi, vendredi, le gouverne,ent avait besoin d’images samedi lui donnant le prétexte d’une légitimation de sa propre violence.
Car il veut faire comme avec les Gilets Jaunes : effrayer par la violence – on se souviendra des dégâts superficiels à l’arc de triomphe comme justification d’une violence illégale armée entraînant des centaines de mutilations in discriminées, sans proportions avec les réalités des responsabilités individuelles – pour justifier sa violence.
Ensuite, Macron viendra avec une invention de son crû sapant encore plus l’ordre constitutionnel- grand débat, grande reconciliation – et écartant bien sûr l’opposition, les syndicats, de cet instrument fallacieux de négociation sociale.

Ne nous y trompons pas : ce printemps 2023 est un moment de vérité. Le régime bascule sans le dissimuler dans l‘illiberalisme autoritaire et s’asseois de plus en plus sur l’ordre constitutionnel, tant dans l’esprit que dans la lettre.

Il va falloir aux oppositions comprendre le danger des éléments les plus violents, serviteurs utiles du récit dominant et de la criminalisation des oppositions, mais aussi le danger des haines réciproques recuites.
Il va falloir que toutes les oppositions, y compris le mouvement se présentant souvent comme celui qui serait en tête politique, mettre de l’eau dans son vin pour communier ensemble face à l’attaque de notre république par ce gouvernement.