La conférence d’une des plus importantes entreprises fournissant les applications d’entreprises, Salesforce, vient de commencer à San Francisco.
Le PDG et fondateur Marc Benioff a ouvert la conférence en rappelant l’importance du classement éthique de sa société.
Mais, il le fait dans la même phrase où il souligne que Salesforce, société américaine, est « engagée aussi pour l’Amérique », rappelant que les 51 États utilisent leurs applications, ainsi que tous les ministères.
Marc a été pionnier de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) ainsi que sur les politiques actives d’inclusion (DEI).
En promouvant une capitalisme responsable face non pas aux actionnaires, mais à l’ensemble de la société, il a profondément gêné les tenants des gouvernances d’entreprises sur la seule « valeur rendue à l’actionnaire ».
Cette question coûte 70 milliards à la France en dividendes, c’est le coût du capital le plus exorbitant de l’OCDE.
Les tenants de la seule « valeur pour les actionnaires » ont mené un raid capitalistique sur Salesforce en 2022. Ils ont obtenu des licenciements, et une baisse de priorité des agendas de RSE et de DEI.
Marc n’a pas abandonné les valeurs, mais a dû les subordonner. Le « Chief Equality Officer » de l’époque a démissionné sans être remplacé au comité directeur.
L’entreprise reste très engagée en RSE et DEI, mais en même temps, Marc s’est rapproché de Trump et son administration. Si le rapprochement est moins servile et courtisan que ceux de Bezos (Amazon) ou Zuckerberg (Meta) qui n’ont jamais eux-mêmes incarné des valeurs humanistes, il a provoqué des critiques d’une partie de la société américaine qui considérait le fondateur de Salesforce jusque là comme un allié.
Le discours d’ouverture de la conférence est sur cette ligne de crête difficile. Elle illustre la difficulté, même milliardaire, de rester autonome d’un pouvoir politique illibéral. Alors, pour les non milliardaires, c’est encore pire.
A l’entrée de la conférence, les manifestants défilent. Ils demandent à Salesforce de s’engager pour protéger la démocratie alors que les Républicains attaquent le droit de vote avant des midterms annoncées difficiles.
Ils portent aussi des revendications sociales, pour les droits des travailleurs.



Hier, je roulais en taxi régulier, à côté de moi, deux véhicules.
Un taxi automatisé par l’intelligence artificielle doublait à gauche. Vide. Aucun humain.
A droite, un conducteur afro-américain, très bonne musique diffusant par sa fenêtre ouverte, traînait un drapeau américain comme un cadavre supplicié, avec un autocollant « Non au suprémacisme blanc ».
Un peu plus tard, le chauffeur du taxi me ramenant à mon hôtel hésitait à me parler, alors que je lisais les réponses des fondateurs de OpenAI et Claude aux critiques en risque de disparition de l’humanité à six mois, sans contrôle de leurs entreprises par le législateur.
Alain Lipietz devait partager plus tard sur une boucle que je fréquente un long rapport sur l’affaire « Hugging Face ». 37 000 agents de plusieurs fournisseurs différents s’étaient ligués pour hacker une entreprise.
Trump devait envoyer un texte particulièrement abscons proclamant que, grâce à son intelligence seule, les modèles de l’IA étaient déjà fortement contrôlés et ne demandaient pas de régulations complémentaires…
Le chauffeur me demande finalement « Est-ce que vous connaissez l’histoire de votre hôtel ?
– Non, j’ai choisi tardivement et j’essaie de prendre des hôtels locaux.
– Oui, à cette date c’est super cher ! C’est pourquoi vous êtes là, il est un peu à l’écart.
Mais peut-être je devrais pas vous le dire.
– Si, si allez-y !
– Bon, voilà, ça va peut-être vous aider à mieux dormir ! Cet hôtel, et bien, il est hanté. Il y a des fantômes. C’est bien connu. Si vous savez, vous dormirez mieux. J’ai des clients de cet hôtel ils n’arrêtaient pas de se réveiller en ayant l’impression qu’une personne passait dans la pièce. Je leur ai dit que c’était un fantôme, et après ils m’ont dit qu’ils ont bien dormi!
– Merci pour l’information ! Je ne me réveillerai pas si quelqu’un rentre, je saurais que c’est un fantôme sans danger. »


J’ai vérifié, et le résumé de l’IA m’a confirmé l’histoire du taxi.
L’hôtel a été le seul immeuble de la rue à tenir au tremblement de terre de 1906.
Mais l’histoire, c’est que la fille du propriétaire aimait tellement l’hôtel, qui est très joli, qu’elle décide d’y rester après sa mort.
Et c’est un peu cette sensation que j’ai, en cette matinée californienne.
J’ai travaillé pour Salesforce lorsque Marc Benioff conseillait Hillary Clinton dans sa campagne contre Trump.
Et aujourd’hui, j’ai l’impression que les fantômes qui aimaient tant la maison de la démocratie sociale sont bien là, mais nos réalités sont de plus en plus des dystopies sans âmes.
Alors qu’on pleure le deuil de Catherine Ringer, j’ai, à côté des responsabilités professionnelles et des devoirs de mes fonctions, la sensation que peut-être, à côté des modes d’action que nous devrons développer dans un contexte global de déploiement de régimes autoritaires illibéraux, nous allons avoir besoin, plus que jamais, de poésie.
« Personne ne sait
Ce qui s´y fait
Personne ne croit
Il faut qu´il voit
Mais moi je suis quand même là
Petit train
Où t´en vas-tu?
Train de la mort
Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?
Reverra-t-on une autre fois
Passer des trains comme celui-là?
C´est pas moi qui répondra. »






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