Un exemple de contradictions dans les intérêts économiques jamais débattu ni arbitré en Allemagne, essentiellement parce que les deux options réclament des investissements publics que l’Allemagne ne voulait de toute façon pas engager : le Rhin.
80% du trafic fluvial allemand passe par le Rhin.
C’est l’axe le plus important pour les industries de Rhénanie – des centaines de millions de tonnes de matières premières passent par là.
Il y a 34 ans, un projet d’approfondissement du lit du Rhin a été voté. Il n’a jamais été financé.
Par ailleurs, le projet a une conséquence potentielle catastrophique pour l’eau potable, l’irrigation des cultures : l’accélération de l’écoulement de l’eau de pluie et de fonte des neiges hivernales vers la mer du Nord.
Justement, une méthode pour protéger le tirant d’eau du Rhin est de ralentir l’eau en amont, notamment en renaturalisant des anciens bras abandonnés, en assurant l’existence de zones humides.
Cela garantit indirectement une meilleure disponibilité de l’eau.
La sécheresse actuelle en Europe entraîne l’assèchement du lit du Rhin.
Le trafic batelier risque l’asphyxie complète.
Alors les habituelles fabriques émotionnelles de l’opinion, aidées par des armées virtuelles de bots, décident de désigner « les écologistes » pour une conséquence dont les causes sont connues depuis 50 ans.
La réalité, c’est que l’Allemagne ne voulait pas investir tant qu’elle n’y était pas forcée par l’absolue nécessité, ou tant que la corruption n’imposait pas des projets inutiles (telles que le catastrophique chantier de la gare de Stuttgart).
L’investissement a comme défaut de faire monter la demande intérieure, et donc de réduire les excédents commerciaux.
Alors l’Allemagne a décidé d’ignorer les investissements d’infrastructures – transport, énergie, batellerie, technologies de communication et de stockage, bâtiments publics, tout a été négligé.
Le lit du Rhin n’a donc connu que très peu de travaux pour soit préparer à des périodes de sécheresse soit pour ralentir l’écoulement de l’eau et retarder la conséquence d’une sécheresse.
Aujourd’hui, on ressort le projet de 1992.
Le projet n’a pas été financé ni lancé alors que les deux ministres compétents étaient de droite, à partir de 1994 Angela Merkel pour l’environnement.
Les gouvernements d’Angela Merkel (2005-2021) tant celui uniquement de droite 2008-13 que ceux avec le SPD, où le ministre des transports a toujours été de droite, n’ont également rien engagé, alors que la sécheresse de 2018 avait déjà coûté 2,4 milliards en arrêt de la batellerie.
Entre 2021 et 2024 les projets du libéral ministre des transports étaient sabotés par le libéral ministre des Finances, qui avait décidé de mener une politique austéritaire contre la priorité de relance par l’investissement de son propre gouvernement, et n’avait aucun intérêt au succès d’un projet d’investissement.
Merz d’ailleurs avait coupé le financement d’un tel plan en l’attaquant au conseil d’État sans proposer de solution alternative, faisant perdre à l’Allemagne trois années de récession.
Les gouvernements de droite n’étaient pas pressés d’investir. Ils ont parfois utilisé les écologistes pour justifier leur propre immobilisme.
Ils n’ont jamais voulu arbitrer, après des débats factuels permettant de trouver des compromis entre le trafic fluvial au profit des industries, la protection des territoires de la sécheresse par le ralentissement de l’écoulement de l’eau, essentiel pour l’agriculture, et la protection contre les inondations en maîtrisant la renaturalisation des berges et des zones humides, protégeant des refuges de biodiversité.
Trafic industriel, irrigation pour l’agriculture, ou protection contre les inondations ?
C’est ça le débat, et il est politique, doit être décidé démocratiquement, avec tous les compromis nécessaires entre ces trois domaines d’intérêts, et financé par la volonté souveraine du peuple.
Quant au problème principal, le manque d’eau pendant des mois, et, d’après les modèles climatiques, la trop forte abondance d’eau sur un nombre réduit de mois, il a une cause: le réchauffement climatique.
Car tous les modèles le disent : nous quittons le climat tempéré en Europe pour des climats avec une longue saison sèche, et une saison des pluies pouvant être dévastatrice.
La France est ici le pays « en pointe ».
Et ça, on a eu plein de signes annonciateurs.
La myopie budgétaire et les intérêts particuliers d’une minorité d’actionnaires ont empêché la prise de conscience du problème principal : nous avons trente ans de retard en investissement.
Et les réformes structurelles des trente dernières années ont contribué à désarmer nos capacités à faire les investissements nécessaires.
J’y reviens : on est face à un changement de paradigme considérable.
Ni le RN, ni l’AfD, surfaces de projection des colères populaires capables de prendre le pouvoir, ne sont équipés en doctrines ou en personnels pour y répondre.
Mais la réalité, c’est que la société, les nations européennes, vont devoir balayer toutes les élites politiques actuelles, y compris à l’extrême droite, y compris à la gauche radicale.
Sortir des paradigmes anciens va nécessiter de sortir des clivages politiques actuels, et enterrer des formes d’organisation qui ont échouées.
Quant à la Lorelei, la sécheresse actuelle va t’elle révéler les vestiges monstrueux de ses victimes?
Le lit du Rhin imitant la mer caspienne, nous voilà plutôt menacés par des fata morgana.




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