(Jean Jaurès, de mémoire)
La guerre actuelle est la conséquence logique des contradictions d’intérêts, des accélérations des accumulations, observées depuis la crise déclenchée par le 15 septembre.
Le 15 septembre ?
Oui, nous sommes encore dans « l’après crise financière de 2008 ».
La crise pandémique a révélé et accéléré des dynamiques engagées dans les années 2008-2013 au niveau mondial et dans chaque régions du monde.
Les conséquences politiques et culturelles restent profondément prévisibles dès lors que l’on étudiait les évolutions matérielles.
Jai prévu la plupart des évolutions actuelles – non dans le détail des personnes et des actions – mais dans la logique générale des politiques engagées après la crise financière.
J’avais écrit dès 2010 que la guerre serait l’aboutissement logique si on ne changeait pas drastiquement le cours des choses.
En 2011, j’avais même quitté mon travail et financé par mes économies dix mois d’engagement, croyant que ma famille politique, la social-démocratie européenne, serait l’un des instruments pour empêcher cette vision catastrophique.
Je me trompais lourdement : elle fut un instrument de ces évolutions matérielles, supprimant le point de résistance au capitalisme prédateur qu’aurait dû former l’alliance de la bourgeoisie progressiste et des classes populaires.
Depuis, les classes populaires se partagent entre partis populistes racistes, religieux, et capitalistes d’un côté, et partis communautaristes, réactionnaires sur les questions de la liberté de conscience et l’émancipation des superstitions, et laissant subsister une critique amoindrie du capitalisme comme attrape intellectuelle.
On voit cette évolution partout en Europe.
J’ai sous-estimé la force des intérêts matériels brisant l’unité des peuples souverains en multiples archipels isolés.
Dans ce contexte, sans discours unificateur dépassant l’expérience individuelle ou locale, dépassant même l’appartenance de classe, les individus choisissent la « weimarisation » : l’émiettement des choix politiques au point de paralyser la démocratie représentative, et en fin de compte, la décrédibiliser.
Les pouvoirs centristes – eux-mêmes devenus des temples idéologiques sectaires et extrémistes, refusant partout en Europe des compromis sociaux ou économiques pour servir une classe sur représentée dans les directions d’entreprise et les parlements – ont longtemps profité des divisions a leur droite et leur gauche.
Prétendant être la modération pacifique, ils ont tous multiplié les corruptions, le népotisme, le pillage économique des Nations pour enrichir une classe.
Mais aujourd’hui, ces classes, face aux profondes contradictions d’intérêts qu’elles ont créées, cherchent de nouvelles alliances – à l’extrême droite.
Le monde globalisé a lui connut l’évolution prévisible dès 2010 : plus de concurrence, d’inégalités, de déséquilibres financiers, budgétaires, géopolitiques.
Les logiques politiques de « réformes » pour améliorer la « compétitivité » sur un « marché libre » ont détruit les instruments des coopérations internationales.
On ne peut pas être en même temps concurrent impitoyable et associé amical, surtout si les instruments d’entraide sont disqualifiés au profit d’accords bilatéraux.
J’avais l’inquiétude, il y a déjà quinze ans, de voir disparaître le système des organisations internationales, le système du commerce international.
Le COVID intervient alors que la crise de la globalisation a déjà commencé. Elle est déjà visible dans les chiffres de 2019.
A l’époque, on l’a oublié, l’Allemagne que l’Europe considère prospère et hégémonique par sa puissance économique, traverse depuis 2018 une crise politique profonde, marquée par des émeutes racistes violentes, la paralysie de l’exécutif, la colère d’un peuple qui ne voit rien venir des excédents commerciaux.
La France connait aussi fin 2018 et en 2019 une crise sociale, morale, politique profonde, avec un mouvement inédit dans l’histoire contemporaine, les Gilets Jaunes, que l’ensemble de la social-démocratie décidera de mépriser et condamner avec le centre, auteur d’une répression violente, sanglante, elle aussi jamais vue en Europe en démocratie.
Les mains attachées, les yeux crevés, les crânes fracassés, la dizaine de morts, les milliers d’arrestations arbitraires sans poursuites mettent fin à l’illusion libérale du pouvoir macroniste. En même temps, les révélations tombent sur le népotisme (affaire Benalla) et la corruption (Alstom, cas d’Alexis Kohler) du pouvoir.
Macron ne se remettra jamais de son choix autoritaire.
La crise du COVID a pu donner l’illusion de passer l’éponge – les longues soirées de confinement.
Mais en réalité, les mêmes recettes ont été appliquées en 2010 et en 2020.
L’austérité des conservateurs britanniques a détruit les fondements de la monarchie constitutionnelle, provoqué un rejet de l’union européenne comme bouc émissaire de leurs propres politiques.
Ayant quitté l’UE, le nouveau bouc émissaire, c’est l’étranger, l’immigré, le musulman.
Le Labour de Starmer, portant au coeur le noeud de corruption morale et financière de Mandelson, a continué sur les questions sociales la même politique.
Il échoue bien sûr lamentablement.
Aux États-Unis, le parlement a convoqué le couple Clinton pour déposer sur l’affaire Epstein.
C’était une erreur : Hillary n’a pas eu de relation avec le cercle Epstein, que Bill a pu utiliser (on a pas de preuve) pour abriter peut-être ses infidélités. Mais les deux n’ont eu aucune relation financière ou politique au vu des dossiers publiés, contrairement à l’équipe de Trump (Acosta, Lutnick etc)
Le couple Clinton aurait dû être interrogé sur la responsabilité historique de leur interprétation sociale libérale du progressisme dans la marche du monde, après l’effondrement de l’URSS, vers un cauchemar ultra-capitaliste, où l’impérialisme de toutes les puissances économiques entraîne de force la guerre, et où le mépris de la critique du système économique a réduit l’ampleur des alternatives à des politiques culturelles cosmétiques à la marge des puissances économiques.
Rien de tout cela était inéluctable.
Et la suite n’est pas inéluctable.
Il y a plusieurs chemins devant nous. L’un d’entre eux conduit à l’anéantissement de l’Europe.
Mais un autre peut conduire à un nouveau répit, au profit des peuples et contre la cupidité des Technomilliardaires, à unonde où la paix a une chance.
Pour cela, il va falloir reconnaître que notre héritage intellectuel et politique, en Europe, ce n’est pas ce que les classes puissantes ont pu imposer au monde (colonisation, esclavage, pillage, génocides, pour maintenir les systèmes d’oppression en Europe), mais la résistance intellectuelle et spirituelle, avec l’humanisme universel, et notre propre émancipation de ces classes criminelles.
Nous les avons déjà battus plusieurs fois. Et nous avons construit des instruments qui marchent pour empêcher les tyrannies de revenir.
Nous avons brisé nos chaînes – et c’est l’émancipation des peuples européens des classes nobiliaires, cléricales, grands propriétaires, qui a permis aussi d’engager la décolonisation.
Le compromis pour la paix suppose la subordination de l’économie aux intérêts politiques, démocratiques, et populaires, et non l’inverse.
La seule question, finalement, c’est si ce combat sera victorieux encore de notre vivant, ou si ce combat est d’abord un témoignage pour les générations futures.



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