Cassandre

Published on

in

,

J’écrivais ceci en décembre 2017:

« Je reviens sur la question du flicage des chômeurs. (…)
Les théories dominantes du marché du travail, telles qu‘exposées dans un ouvrage considéré internationalement comme une référence par Pierre Cahuc et André Zylberberg (Le Marché du Travail, que j‘ai lu en version anglaise Labor Economics), partent du principe que le marché est parfait, et par conséquent, qu‘il y aura toujours une offre pour une demande. Si il y a des chômeurs, c’est donc:
1. soit parce qu‘ils ont décidé de l’être, choisissant le chômage contre un emploi à salaire peut-être indigne, peut-être même contre un emploi au contenu indigne,
2. soit parce que le marché est perturbé par des interventions extérieures, telle qu‘une législation sur un salaire minimum le fixant à un niveau trop élevé pour les employeurs.

Dans cette théorie, si on enlève les incitations à ne pas travailler, et ces théoriciens désignent les indemnités chômage, pourtant perçues par un salarié ayant cotisé pour s‘assurer contre le risque de ne plus avoir de revenu par son travail, et si on augmente la coercition, le chômeur cessera de refuser des emplois pourtant disponibles, et le chômage disparaîtra.

Ces théories ne sont ni nouvelles – le livre des deux auteurs connaît une première version avant l‘an 2000, et fait surtout une synthèse de travaux antérieurs – ni limitées à la France – je cite ces deux là car ils ont une certaine notoriété en France, ce qui simplifie pour un éventuel lecteur de ce post l‘accès direct – ni malheureusement circonscrites au champ universitaire des théoriciens.

C’est très exactement cette théorie là à laquelle le SPD sous Schröder, en 2003, se rallia, épousant les recettes de Peter Harz, le DRH de Volkswagen, pour mener une réforme non du code du travail, mais bien de l‘indemnisation du chômage.

(…)

5 millions d‘allemands sont entrés dans l‘enfer du flicage de Harz IV, l‘equivalent du RSA.
Dix ans après, 90% d’entre eux sont toujours minijobbeurs en Harz IV.

L‘idée sous jacente est qu’il faut absolument réduire le chômage, mais non la pauvreté.
C’est même le corollaire des lois du marché exposées par nos théoriciens que si le prix du travail – le salaire – doit baisser pour que l‘offre équilibre la demande, le salarié à la fin gagne moins.
En Allemagne, si le taux de chômage est passé de 9% en 1998 à moins de 4% en 2016, le taux de pauvreté lui est passé de 11% à … 17% sur la même période. On est plus chômeur, mais encore plus misérable que 18 ans auparavant.

(…)

Le gouvernement Macron veut mettre en place une gestion du marché du travail analogue.
C’est évidemment immoral, et en réalité inefficace. (…)

Le prix de ce choix idéologique, vaincre le chômage en acceptant la misère de masse, et au passage affaiblir la démocratie, (..) paraît faible.
Un précieux indicateur est au vert, et permet de continuer la redistribution vers les 30% les plus prospères du pays dans le silence.

La France reste le pays le moins inégalitaire d‘Europe.
C’est cela, le but de ce gouvernement, en finir avec la promesse d’égalité de la Republique sociale.

Que la France en tout soit dans les premiers de cordée européens, dans une société inégalitaire où règne le darwinisme social et la coercition des masses, la compétitivité comme norme, la compétition comme système, la concurrence comme mode de communication entre les peuples, c’est à dire, en fin de compte, la guerre comme outil ultime de la politique commerciale. »

8 ans après Macron a accompli ce résultat prévisible.

Tant l’Allemagne que la France ont vu l’accélération des inégalités, l’explosion des prix du foncier, le déclassement des classes populaires.
La conséquence dans les deux pays, en Europe, en Amérique du Nord, c’est l’instabilité politique, la montée des extrêmes droites, l’érosion démocratique.
La crise, renforcée par le COVID et l’inflation des années 2021-24 a également ramené la guerre en Europe, et la guerre comme résolution des différents commerciaux.

Toute la période de la « globalisation heureuse » puis de la « lutte contre l’inflation après la pandémie » peut être regroupée sous le nom de « l’échec du mercantilisme mondial ».

Partout, au nom du commerce international, devenu un accélérateur de la concentration du capital, on a réduit les demandes intérieures.
Or, réduire la demande, c’est dégrader les conditions d’existence des familles. C’est s’attaquer à la vie concrète des gens, de leur naissance à leur mort.

Cette politique myope est en plus – depuis un tournant pendant la crise financière de 2008 – résolument en déni des conséquences scientifiques du réchauffement climatique.

Car investir c’est augmenter la demande, donc redistribuer une partie de l’épargne en salaires et en revenus des ménages, par le biais des investissements intérieurs.

On a ainsi plusieurs apocalypses devant nous : celle militaire de l’affrontement inéluctable des régimes autoritaires. Une fois la démocratie liquidée aux Etats Unis et en Europe, seul le rapport de force militaire modère les relations internationales entre Chine, Russie, États Unis, et reste du monde.

Le refus de la science a déjà entraîné une inflation des bigoteries mondiales, de l’islamisme aux couleurs shiites et sunnites au messianisme judaïque, de l’évangélisme apocalyptique au nationalisme hindou, du suprémacisme catholique au nationalisme orthodoxe, du bouddhisme militariste birman au confucianisme racialiste des Han en Chine.
On préfère l’apocalypse superstitieuse à combattre par la science les conséquences du réchauffement climatique et de la crise biologique du vivant.

Ce n’était pas imprévisible.

Ce n’était pas non plus inéluctable. Des 2011 je voyais un horizon très sombre si la social-démocratie européenne ne sortait pas de sa pusillanimité et n’osait pas être audacieuse, donc rompre avec le libéralisme économique.
Elle est restée pusillanime, et fidèle au progressisme atlantiste clintonien.
Il n’est donc pas étonnant que l’Europe soit couverte, même cause même effets, de variantes parfois préexistantes du trumpisme.

Mais c’est ça, la conséquence de mettre le socio-culturel et les analyses de « milieux », de « communautés », les intersections identitaires, devant les analyses matérielles, structurelles, économiques.

En juin 1940, l’Europe est bien plus sombre qu’aujourd’hui.
Nous avons su vaincre les ténèbres.

Rien n’est inéluctable mais rien n’arrive sans le vouloir, sans combattre.

Nous allons voir qui est dans le déni, encore et toujours.
Et il va falloir forger de nouvelles alliances pour combattre la montée de l’idiotie mondiale.

En 2016, quittant la social-démocratie face à son échec en France et en Allemagne, je créais une page Facebook intitulée « le triomphe de la raison stupide ».

J’ai appris, en l’étudiant, que la force collective, solidaire, est plus forte que la raison stupide, et que malgré tout, la nature humaine est solidaire, inclusive, généreuse.

En 2026, il va falloir créer les forges et les mines d’où nous créerons les alliages des armes de la Libération.

Ci-dessous dix graphiques illustrant l’échec matériel, économique et social, du mondialisme « heureux » pour une minorité, restrictive aux autres.

Laisser un commentaire


Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

Abonnez vous

Recevez nos newsletter


En savoir plus sur Chronique Libre de l’Humanité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture