Célébrons la fête universelle

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La question du pourquoi n’est pas utile.
L’univers, le système solaire, la planète, la vie, l’existence des humains, l’existence que je suis, n’ont pas de raison d’être explicative, mais une raison d’être immédiate.
La question essentielle n’est pas si une raison supérieure préside à l’explication de notre existence. Les récits mythiques qui nous sont parvenus, du mythe du vieux sage sumérien au mythe du serpent originel sud américain, empruntent les mêmes chemins pour nous consoler de cette absence d’explication, d’une réalité de l’existence angoissante, sa fugacité.

Il n’y a pas de dieu ailleurs que dans les cœurs des croyants se consolant de leur mortalité. Il n’y a ni messie, ni prophète, et j’ai la tristesse de vous le dire, aucun père Noël qui ne soit d’abord un humain, mortel.

Le temps a cette particularité : nous ne sommes pas sûr qu’il n’existe pas seulement quand on l’observe, comme ces particules quantiques changeant de comportement dès qu’on les regarde. Cela pointe à une autre hypothèse metaphysique : le temps n’existe que dans l’existence consciente.
Dans l’inerte, le big bang et maintenant sont simultanés. Le trou noir abolit le cours du temps à sa périphérie, croit-on observer. Même le temps n’est ni immuable, ni explicatif.

Ce qui compte, ce n’est pas un pourquoi inatteignable, c’est comment.

Comment vivre ?
Comment être digne de l’existence, cette expérience fugace ?
Comment s‘agencent les réalités sensibles de notre expérience ?
Comment dépasser la limite de notre existence individuelle grâce à l’expérience collective?

Celles et ceux qui ont besoin de la peur d’un dieu, d’un enfer, d‘un jugement, pour exister en respectant l’existence, et qui trouvent consolation à la condamnation inéluctable de celles et ceux incroyants, ou pire, mécréants, sont bien à plaindre.
Se consoler avec l’idée d’un dieu tout en respectant la pluralité de la vie, la beauté de l’humain sans ce dieu, c’est une belle chose.
Je me console autrement, mais je reconnais que la foi, lorsqu’elle est dans le cœur intime, peut être une belle et forte expérience.

La beauté de notre expérience ne réside pas dans la promesse de béatitude éternelle – la mort met fin à toute existence, y compris celle de la souffrance – ou dans la jouissance égoïste au dépens d’autres vivants.
Il n’y a pas de „providence“ ou de „prédestination“. De l’inexistence de dieu découle qu’il est impie de penser pouvoir jouir du malheur des autres au nom d’une providence élective, individuelle, ou au niveau d’un peuple proclamé élu. Tant de peuples se proclament élus de leurs panthéons, à croire que le principe divin est d’abord un pervers narcissique aux multiples conquêtes.

S’il existe une réincarnation, ce n’est pas celle, puérile, d’une âme individuelle, c’est celle plus subtile du code génétique enrichie des mutations de notre existence individuelle dans la transmission à la génération suivante. Nous avons inventé des méthodes pour transmettre des cultures élaborées, sur plusieurs générations. Le règne animal aussi connaît des cultures différentes et des modes de transmission. Notre originalité est de pouvoir lire ou deviner les cultures et modes de transmission disparus, et de pouvoir donner rendez-vous aux générations futures.

La beauté de l’existence réside dans la célébration de nos fragilités, la reconnaissance de nos interdépendances, la joie de nos retrouvailles, la dignité de nous battre pour nos droits d’exister, la solidarité. Ce sont les conditions d’une existence libre. Il n’y a pas de liberté solitaire.
L’ermite coupé des hommes est sans doute celui qui s’affranchit le plus de toutes libertés volontairement.
Mais le jouisseur aux dépens des hommes est encore plus contraint, car il n’est pas libre, sa jouissance commande tout, et sa volonté est servile.

L’angoisse de nos fins inéluctables est une manière de poser sans cesse la question du pourquoi.
Je trouve beaucoup de réconfort à l’interrogation du comment vivre.
„Il faut imaginer Sysiphe heureux“ disait Camus.
Sysiphe est heureux dans le comment remonter la sphère, comment redescendre la montagne.
Le supplice commence avec le pourquoi.

Les conséquences morales et politiques sont évidentes. Elles ne seront pas trivialement exposées aujourd’hui.

Bonnes fêtes.
C’est un moment de célébration universel à l’humanité que celle des variantes du solstice – le soleil déjà allonge sa course à l’horizon que j’observe depuis ma terrasse.
Et je repense à ces grecs, et avant eux ces Akkadiens, qui calculaient avec son ombre porté et un bâton la taille de la sphère terrestre, le mouvement des étoiles, les retours des comètes, les dates des éclipses. Ils savaient calculer le comment.
Le pourquoi, chez les Akkadiens, les grecs, les romains superstitieux, les religieux du livre – lui-même un reader Digest compilant les récits des cultures précédant le peuple hébreu – les astrologues aztèques, les Mandarins confucéens, les sages brahmanes, les égyptiens, de Nubie ou de Thebes, a beaucoup varié.

Mais ce qui compte, c’est comment nous célébrons, et de partager ce sentiment universel d’être d’une même nature, vivants.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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