L’investissement et le pouvoir d’achat plutôt que les retraites et la récession

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Même un train direct, la Bahn ne sait plus faire.

L’effondrement des infrastructures par refus d’investir – l’investissement augmentant la demande pourrait entraîner une hausse des importations et des coûts intérieurs, voire une hausse du pouvoir d’achat – a un énorme coût en productivité.

C’est le cas encore une fois ici.

J’avais choisi, après un salon professionnel à Düsseldorf, un train rapide départ avant 9:00 pour pouvoir organiser des vidéoconférences importantes depuis mon bureau berlinois.

Train direct, pas de risques de manquer une connection, et train rapide.

Et bien le train réussit à manger avec son retard tout le temps de sécurité que j’avais prévu. Une heure de retard prévu sur un trajet de 4 heures.

Le problème, c’est qu’en 70 trajets professionnels en train depuis janvier, j’ai un taux de ponctualité observée de … 10%.

J’ai passé en moyenne l’équivalent de deux semaines de travail non planifiées en déplacement dûe à ces retards.
Communications interrompues, travail perturbé, souvent sans réseau internet fiable : mon choix de voyager par le train est très coûteux en productivité, que je compense en …allongeant mon temps de travail.

L’anecdote de mon retard, en réalité peu dramatique, ne fait qu’illustrer une crise plus profonde.

La nouvelle patronne de la Deutsche Bahn a annoncé que la date d’inauguration de la grande gare de Stuttgart – un sujet qui nous accompagne depuis les années 2005 – ne pourra être tenue en 2026.

A force de ne plus investir, l’Allemagne ne sait plus mener des projets.

Le chancelier Merz a annoncé en février vouloir investir 500 milliards.
Nous sommes en novembre, et l’économie n’en a encore rien vu.

Pourtant, les excédents commerciaux et le niveau record de l’épargne donnent les garanties pour lancer un grand plan d’investissement.
Pourtant, l’effondrement de l’emploi industriel, les nombres records de faillite, et la croissance en berne depuis trois ans – au point que l’Allemagne est la pire en croissance en OCDE depuis …2018 – créent l’urgence d’une relance.

Le blocage psychologique des années Merkel reste activé.
Il ne plombe pas que l’Allemagne : c’est toute l’Europe qui souffre sans le moteur de l’investissement.

Nous préférons – en France aussi – nous rétrécir, et imaginer une récession, une décroissance perpétuelle rendant obligatoire de couper aujourd’hui pour financer les retraites dans 15 ans.
En 15 ans, on peut avoir deux ou trois crises financières, une pandémie, et une guerre globale.

L’Allemagne voit le parti au gouvernement, la CDU, se diviser au point de mettre en question la survie de la coalition.
Le sujet, c’est pas des désaccords sur où investir, mais un désaccord sur une réforme des retraites.

Oui, il y a des enjeux de gestion des retraites.

Ils sont secondaires – de loin ! – aux priorités d’investissement en Allemagne, en France et en Europe.

En plus, en investissant, on pourrait défendre notre souveraineté industrielle et technologique, on créerait de bons emplois mieux payés que dans le service, et on encaisserait plus de recettes fiscales et de cotisations, y compris retraites

L’investissement est la réponse à l’angoisse des Français et des Allemands face à la baisse de leur pouvoir d’achat.

Notre aveuglement est suicidaire.

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Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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