Le chemin de l’investissement plutôt que la médiocrité comptable
La presse française ne prend pas les propositions de tribunes sur ce qu’il se passe en Allemagne.
La politique de la compétitivité y est un échec complet.
La recherche de l’équilibre budgétaire a produit un ensemble de politiques sabotant le pays, parce que le débat politique a été diverti sur des questions secondaires.
L’industrie s’effondre.
Je ne parle pas en théoricien: je travaille tous les jours avec des groupes industriels et technologiques allemands. Je les aide à se transformer en cette période de tensions géopolitiques et de mutation considérable des modes de consommation.
Je dirige une entreprise du conseil en technologie informatique et conduite du changement à qui j’ai fait faire une transformation stratégique ces 16 derniers mois – retrouvant un chemin de croissance à double digit.
Je fais ce que je prêche.
Et en bon praticien de l’économie allemande – en réalité, mon périmètre c’est l’Europe centrale et de l’Est – j’ai observé et annoncé cette crise dès avant la crise pandémique.
On peut philosopher sur l’impact spécifique de la crise énergétique, sur le coût durable de la crise pandémique, sur la naïveté allemande face à sa dépendance énergétique à la Russie.
La réalité, c’est que l’Allemagne a été la pire des fourmis – ou plutôt, une cigale se prenant pour une fourmi.
Les énormes excédents commerciaux accumulés en période de stabilité géopolitique – entre 2008 et 2019 – n’ont jamais été réinjecté dans la demande intérieure.
Le chemin de l’investissement public et privé, de l’appréciation des salaires pour stimuler la consommation et réduire la dépendance aux marchés internationaux, n’a jamais été visité.
L’Allemagne a gaspillé ses excédents dans de mauvais investissements, ou bien dans des pays qui se ferment. Pire : elle thésaurise encore bien trop.
Or, l’Union Européenne a besoin, la France a besoin d’un moteur d’investissement – et c’est l’Allemagne qui aurait dû l’être.
L’industrie s’effondre mais en même temps le stock d’épargne ne servant à rien est considérable.
Nous devons engager une transformation profonde de l’économie européenne. C’est une question de survie.
C’est cette exigence nécessaire qui m’a fait rejoindre l’équipe de la Revue « L’Audace » avec Natacha Polony .
Car il va falloir beaucoup d’audace pour nous en sortir.
Deux mots sur la crise politique française : non, l’urgence n’est pas de réduire la dépense publique.
L’urgence est d’investir pour garantir notre indépendance nationale face à des puissances hostiles et une géopolitique quittant l’ère de la diplomatie et du droit international pour retrouver l’ère de la canonnière.
C’est l’urgence pour redonner du sens à nos vies et nos destins, pour améliorer la prospérité de nos concitoyens.
Cette myopie comptable contemporaine empêche de voir les sujets stratégiques si important nécessitant des investissements massifs de transformation.
L’Allemagne n’a pas voulu voir venir cette crise – prévisible pourtant.
La France est forcée de jouer au théâtre bouffon d’improvisation par un président indigne de sa charge.
Changeons tout cela.



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