Pour la première fois, le bloc central bouge.
Il bouge dans deux directions contraires.
Au sein du “socle commun”, Bruno Retailleau a décidé d’assumer la position stratégique d’Eric Ciotti et se rallier à une coalition avec le RN.
Ce mouvement prévisible – je l’annonce depuis un moment – devrait voir les conseillers et les centristes les plus libéraux s’y rallier egalement. Le libertarisme qu’ont pu défendre Milei en Argentine ou Musk aux États Unis sert ici de point de convergence idéologique, Bardella souhaitant importer cette idéologie. Notons que ce n’est pas, au RN, la doctrine de tout le monde. Mais le RN est prêt à prendre tout ce qui passe tant que la stratégie de conquête du pouvoir en est facilité.
Sentant le sang, d’ailleurs, Marine Le Pen a exclue une coalition gouvernementale hier. Elle souhaite de nouvelles élections, dont elle espère un meilleur résultat qu’en juin 2024.
De l’autre côté, Elisabeth Borne annonce être prête à suspendre sa réforme des retraites, proposition endossée par Lecornu.
Attal a également donné des signes favorables à un gouvernement mené par la gauche sur des bases de compromis avec le centre.
Une réunion d’une majorité des partis du NFP représentant la majorité de leurs parlementaires s’est déclarée prête à explorer cette option, et appelle le président à nommer un premier ministre de ses rangs.
Ce serait la dernière chance de tirer les leçons du scrutin de juin 2024 et pour Macron l’occasion de corriger ses erreurs politiques catastrophiques depuis les Européennes.
Mais le bloc le plus extrême de la Macronie ne veut pas en entendre parler. Roland Lescure, le député des Français de l’étranger d’Amérique du Nord, qui est très discret sur le régime trumpiste, nommé ministre éphémère dans le gouvernement zombie de Lecornu, affirme ici qu’une telle suspension coûtera beaucoup d’argents.
Mais les sommes qu’il cite sont dérisoires par rapport au coût des mesures de Macron depuis le soir de la dissolution.
Je les ai chiffrés entre 45 et 59 milliards.
Très peu de médias s’intéressent à ce constat. C’est que bien sûr, si le bloc “raisonnable” coûte 59 milliards en décisions déraisonnables, il devient le bloc irresponsable.
Mais alors, mécaniquement, les deux extrêmes perdent leur caractère déraisonnable.
LFI et RN pourrons difficilement faire pire.
C’est d’ailleurs pourquoi le calcul de Macron,mais aussi de certaines huiles à gauche et au centre, de laisser Bardella gouverner jusqu’en 2027 pour “révéler la nature catastrophique” de l’extrême droite au pouvoir est une chimère dangereuse.
Il est impossible de faire pire que le spectacle donné depuis mai 2024.
Et les extrêmes droites ont toutes appris d’abord à rassurer avant de passer aux phases autoritaires de leur cycle de gouvernement.
La question est donc bien de savoir combien des électeurs et des élus loyaux au macronisme encore au premier tour de juin 2024 souhaitent “l’ordre” sans les libertés, ou “la justice” sans la corruption.
Le rapport historique, c’est un tiers pour les valeurs universelles, et deux tiers pour le portefeuille.
J’ai bien peur, en cas de gouvernement Olivier Faure, d’assister à l’assemblée à cette scission : seulement un tiers des centristes l’accepterons, et les deux tiers des centristes se rallierons à une alliance avec le RN.
Trop d’argent est en jeu.
Mais il est essentiel d’obtenir la clarté et de forcer le centre à enfin se décider avant une éventuelle dissolution.
Quant au coût de la suspension de la réforme des retraites : le prochain gouvernement doit tout remettre à plat. Tout.
Un gadget comme la taxe Zucman ou une politique de bouc émissaire contre quelques centaines de millions de fraude sociale ne feront pas le job.
Mais l’homme qui coûte aujourd’hui le plus à la Nation, c’est l’homme qui coûte 45 milliards (au moins), c’est Macron.



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