Éthique et châtiment

Published on

in

L’instrumentalisation politique de la justice, c’est surtout aux États Unis qu’elle a lieu.
L’ancien patron du FBI a été inculpé de charges sans fondement. L’ancienne haut fonctionnaire conseillère en sécurité informatique de Pbama et Biden, passée chez Microsoft, est la nouvelle cible d’une campagne de Trump réclamant son licenciement et même son arrestation, sans charges réelles.

La guerre de Trump face aux démocrates et ceux qui ont pu le critiquer est un exemple d’instrumentalisation très concret de la justice, et de tous les outils de l‘Etat, contre le principe de la démocratie, qui est de respecter l’adversaire politique et garantir la liberté de l’opposition.

Dans le cas de Sarkozy, on est dans un autre contexte. Plus de trente magistrats ont travaillé sur le dossier. La justice a mis 13 ans à juger l’affaire.
L’ancien président n’a pas été empêché de tenter un retour politique, il fut même candidat à une primaire de son parti en 2016, qu’il perdit largement.
Est cela, et non ses de pires judiciaires, qui lui ont valu une marginalisation dans les rôles exécutifs. Cela ne l’a pas empêché de continuer d’exercer une influence tant sur l’exécutif actuel, avec un lienspecial avec Emmanuel Macron, qu’avec sa famille politique d’origine.
Même condamne, lui et ses proches ont un accès illimité aux médias pour critiquer la justice.
On est très loin d’un acharnement, d’une conspiration, d’une censure.

Pour moi, dans cette affaire, et j’avais critiqué des 2007 l’invitation faite au président libyen, au fond, il y a le sang de 54 français assassinés par l’homme qui négocie avec des futurs ministres du président Sarkozy.

Il y a des rencontres alors que Sarkozy n’a aucune compétence diplomatique à l’époque, il est ministre de l’intérieur. Les entretiens ne portent d’ailleurs pas sur des accords de prévention d’actes terroristes – ce qu’on reproche, dans le camp de Sarkozy et de l’extrême droite, à Mitterrand d’avoir conclu avec les groupes terroristes qui ensanglantent Paris dans les années 80.
Non, rien n’explique déjà la présence des envoyés du ministre de l’intérieur dans le pays, et encore moins la rencontre, puis des correspondances, avec un assassin de français.

Le jugement ne va pas jusqu’à poser une question siderante, abyssale, et que les médias dans leur ensemble évitent également.

Est-ce qu’en France l’élection présidentielle peut être achetée ?

On sait que la campagne présidentielle de 2012 de Sarkozy fut financée illégalement. Celle de 2007 est de même ampleur, mais la commission de contrôle des comptes ne fait pas son travail, par système et doctrine, sur les campagnes des présidents élus. C’est un membre du conseil d’état qui l’avait reconnu devant une commission d’enquête sénatoriale en 2015.
La question a été posée : comment justifier que les comptes de 2007 déclarent la moitié des dépenses réelles de 2012 pour des moyens mobilisés équivalents ? C’est là que se trouve la question lancinante de l’emploi d’argent liquide.

Et si la campagne de 2007 a été achetée, et les contrôles ne se font pas, que dire de la campagne 2017?

C’est cela la question nous posant devant l’abîme : vu l’importance du rôle constitutionnel du président, dont nous souffrons considérablement, qui nous coûte depuis 2023 des dizaines de milliards par son irresponsabilité et son pouvoir sans contrôle, comment pouvons nous accepter un soupçon d’une telle taille sur l’élection elle même?

La condamnation de Sarkozy est même pas surprenante pour qui a suivi la litanie des affaires autour de la génération formée par Charles Pasqua.
C’est toute une clique sans moralité ni légalité qui s’est taillé un chemin politique par tous les moyens, y compris illégaux.

Mais le degré de protection médiatique dont bénéficie le malfaiteur condamné est également le symptôme de la maladie démocratique dont souffre notre pays.

La Nation, c’est à dire le peuple français, n’est pas dupe pourtant.

Nos médias ont beau s’acharner et s’obstiner, jamais dans notre histoire ni en Europe le personnel politique gouvernant n’a inspiré autant de défiance et d’impopularité.

Nous sommes arrivés au bout d’une impasse, la crise de régime dure déjà depuis le soir du second tour des législatives de 2022, depuis plus de trois ans maintenant.

Macron est l’héritier à la fois du sarkozisme et du social libéralisme, la synthèse de l’opportunisme, de la corruption affairiste, et des classes de la bourgeoisie d’affaire. Il a également une solide formation réactionnaire, son épouse s’en est chargée.
C’est sans doute la pire personne pour le rôle constitutionnel de chef de l’état dans les circonstances actuelles.

Mais il est plus facile de critiquer „les juges rouges“ et de faire un martyre, du RN à Lecornu, d’un malfaiteur complice de terroristes islamistes.

J’avoue ce matin, en voyant du service public aux médias Bolloré, l’unanimité dans la courtisanerie de l‘ex président, le témoignage le plus éclatant de la déchéance morale des élites françaises.

(Illustration : l’ancien cachot de la bastide de Saint Justin, à deux pas du village de Pouydesseaux, dans la maison commune, où passèrent Henri et Jeanne d‘Albret, dont la cour était à Nerac, cité d’origine maternelle.)

Laisser un commentaire


Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

Abonnez vous

Recevez nos newsletter


En savoir plus sur Chronique Libre de l’Humanité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture