Pragmatisme et folie

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Réflexion sur l’action

Image : l’auteur parcourant les Landes de son enfance, récoltant des arbousiers sauvages, propices moments aux divagations morales

Lorsque j’étais encore actif dans la politique communale à Berlin – j’étais alors membre du bureau de section, bénévole, du SPD de mon quartier – j’étais minoritaire opposé au projet d’une autoroute A100 au coeur de la ville.
Cette autoroute en effet s’achevait sur une voie à une seule voie, sans parcours de délestage.

Nous étions nombreux à exposer l’absurdité du concept et le chaos qui en résulterait.

Le problème, c’est que tous les projets d’infrastructures deviennent rapidement des enjeux idéologiques.

Les opposants pragmatiques comme les favorables, également pragmatiques, pouvant réfléchir à des aménagements, se retrouvent pris en otage dans des luttes portant rapidement au céleste et au métaphysique.

Depuis quelques mois, l’A100 est ouverte, et c’est un chaos avec des embouteillages record – comme nous l’avions prévu.

Je me souviens des premières critiques que nous formulions sur le CICE. Je me souviens même d’un plan économique que nous avions conçu en tenant compte des cadre généraux donnés par Hollande dans un discours du 14 janvier 2014 mais reorientant, à l’intérieur même du cadre posé, une partie des moyens prévus pour des crédits d’impôts sans conditions et sans contrôle vers des projets d’investissement positifs.
Nous étions de dangereux intégristes idéologiques, et dès lors, nos arguments les plus pragmatiques étaient écartés. Il ne fallait surtout pas donner l’impression qu’un seul de nos mots puisse être pertinent.
Le résultat, c’est la crise budgétaire actuelle alors que la désindustrialisation s’est poursuivie.
Ceux qui se prétendaient les tenants du pragmatisme et du raisonnable avaient été, sous Hollande comme sous Macron, déraisonnablement sectaires par idéologie.

Le débat nécessaire sur la fiscalité est en train de connaître la même folie. La taxe Zucman n’est plus un objet de débat raisonné, mais un symbole idéologique à l’intérieur duquel la critique pragmatique, qu’elle vienne de ses partisans ou des adversaires de l’outil proposé mais pas du principe de justice fiscale, inaudible.

Ce qui me frappe, c’est qu’à chaque fois, la partie du débat la plus idéologique, au pouvoir, réclame le monopole du raisonnable et du pragmatisme, sans jamais être remis en cause par les médias les plus répandus, dont les éditorialistes sont de bonne foi tout autant aveuglés.

On voit par exemple la commission européenne et les administrations technocratiques continuer à prendre des décisions par folie idéologique : le monde a changé, pas le cadre d’analyse déficient ni les objectifs.

Ce rejet des faits réels, et de leur dynamisme – exigeant de s’adapter, changer, prendre en compte les erreurs, revenir sur des énoncés, pour tenir compte des faits – est malheureusement un des facteurs explicatifs de la chape de plomb intellectuelle de l’Allemagne et de l’Europe à l’époque de Merkel.
Von der Leyen est cependant une héritière de ce sectarisme prétendant au pragmatisme raisonnable.

En France, le problème est renforcé par une constitution devenue folle par les réformes des 25 dernières années et la pratique des trois derniers présidents – dont le premier dans l’antériorité a créé une jurisprudence qui s’appliquera sans doute au troisième et son directeur de cabinet.

Emmanuel Macron est aujourd’hui le blocage principal de la situation politique, budgetaire et économique.
Il nous coûte par ses erreurs, ses procrastinations et ses obstinations des dizaines de milliards.
Littéralement.

Son rejet du résultat des législatives 2022 – passant en force sur la réforme des retraites, déclenchant une crise sociale massive – a annulé les effets positifs ailleurs en Europe de l’inflation – cette imposition cachée des peuples – sur les finances publiques.
Surpris fin 2023 de l’ampleur du dérapage, il a choisi de ne rien faire, empêchant ses ministres d’agir ou de communiquer, jouant la montre. Il fallait maintenir l’illusion jusqu’aux Européennes.
L’échec budgétaire de cette manipulation – un coût supplémentaire de 20 milliards – s’est accompagné d’une catastrophique dissolution.

Jouant avec les allumettes, il souhaitait que le RN prenne Matignon – s’opposant trois jours durant au front républicain – et hérite de la crise budgétaire.

Refusant depuis le résultat des urnes, il a procrastiné trois mois, laissant la France sans gouvernement en pleine crise budgétaire.
Cela a coûté aussi un paquet de milliards.
En nommant des hommes qui ne peuvent pas avoir de majorité – la seule majorité possible des Barnier, Bayrou et Lecornu est avec le RN, qui ne veut pas d’un peu de pouvoir, mais tout le pouvoir – il a entraîné la dégradation de la note de la dette par les agences.
Cela nous coûte encore des milliards.

Pourtant, les éditorialistes de la plupart des plateaux de télévision continuent de juger que la folie est ailleurs, prenant d’ailleurs le débat sur la taxe Zucman comme une déviation bienvenue.

Macron aurait dû donner à la gauche le mandat de trouver une majorité.
En cas de succès, ses troupes auraient eu les clés parlementaires pour amender les projets d’un gouvernement de gauche, voire les bloquer en censurant avec le RN.
La base électorale et sociologique du gouvernement aurait été plus grande que celle des bricolages actuels.

En cas d’échec de la gauche, et bien peut-être une partie du centre et la droite auraient assumé leur tendance vers le RN.
Peut-être qu’on aurait eu de nouvelles elections.

Mais le fond de l’affaire, c’est que Macron refuse d’exercer le rôle de chef de l’état et se conduit comme un chef de parti.

Il a depuis peur d’une dissolution : le tripartisme est fini.
Les sondages prévoient un effondrement de ses troupes.
Il n’y aura pas autant de triangulaires qu’en 2024.
Les macronistes seront éliminés dès les premiers tours.
On aura le débat d’alternance qu’il refuse : la gauche (et en son sein, le bloc radical ou le bloc républicain) ou la droite (et en son sein la droite affairiste ou l’extrême droite).

En attendant, le président Macron coûte par son action sectaire, ses refus de décider, son déni du réel, des dizaines de milliards.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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