Le Rexecode est une officine produisant beaucoup de statistiques selon la doctrine dominante du libéralisme français, qui est très spécifique à notre pays.
Leur philosophie doctrinale n’est pas celle du néolibéralisme ou du libertarisme, plutôt celui du libéralisme français de … 1820-1840.
Le Rexecode porte une énorme responsabilité dans l’erreur stratégique majeure des quinquennats Sarkozy, Hollande et Macron.
Selon des calculs comparatifs du « coût du travail », il fallait scéance tenante exonérer de cotisations sociales « les bas salaires ».
L’Etat consacre 62 milliards par an (!) aux exonérations de cotisation et autres dispositifs pour les salaires au SMIC.
C’est sur le graphique ci-dessous tiré d’une mise à jour des comparaisons du « coût du travail » la zone entourée de vert, et marquée d’une flèche rouge.
Car je veux être sûr que vous ne manquez pas le point important.
Cela veut dire que près d’un tiers des moyens budgétaires consacrés à l’aide aux entreprises subventionne les emplois peu qualifiés, se service, à faible productivité.
La conséquence c’est que les emplois très qualifiés, les emplois de techniciens, les emplois de l’industrie doivent rattraper les manques de cotisations et recettes fiscales.
La politique économique d’aide des entreprises engagée par Sarkozy pour « rendre du salaire net aux Français », puis par Hollande et Macron (déjà) avec le CICE, ont tué les emplois de l’industrie et des hautes productivité.
C’est aussi pourquoi l’économie n’a pas besoin de personnels bien qualifiés.
Depuis Luc Ferry en 2004, l’éducation nationale a connu quasiment une réforme par an. Blanquer les a multiplié.
C’est la période où les générations nombreuses issues d’une démographie très dynamique arrivent dans le système scolaire.
Au lieu d’investir, les gouvernements ont arrêté d’investir.
Au lieu d’orienter vers les métiers d’avenir, ils ont dégradé toutes les formations et multiplié les diplômés sans réelles qualifications.
C’est bien sûr plus facile d’envoyer ensuite les jeunes sur des emplois mal payés de services à faible qualification nécessaire.
Le gouvernement et ses thuriféraires ont essayé en 2024 et 2025 de convaincre les français qu’ils sont fainéants.
Alors que le nombre d’heures réelles travaillées par actif est record en France comparé à l’Europe, les gouvernements ont privilégié le calcul par habitants.
Cela signifie concrètement que le macronisme ne souhaite pas former les français, mais les mettre au travail à 20 ans, et prolonger leur vie professionnelle jusqu’à 67 ans, pour des emplois de faible productivité et faible salaire.
Cela permet d’abord d’exporter les bons emplois dans d’autres pays. Les gains ainsi générés sont rapatriés en France.
C’est ce qui explique l’excellence de la position extérieure nette de la France, bien meilleure que son déficit commercial le laisserait penser.
Les entreprises françaises rapatrient chaque année leurs gains extérieurs.
Cela permet de justifier des montants de dividendes records, et d’augmenter également la rémunération nette des cadres supérieurs et dirigeants.
Entre 2012 et 2022, d’après l’étude de l’Insee sur les très hauts salaires, les salariés à plus de 8000 euros par mois (moyenne supérieure à 14 000 euros) ont augmenté d’un tiers leur part du gâteau salarial total.
La désindustrialisation est la conséquence de cette politique absurde et stupide d’exonérations exorbitantes de cotisation des bas salaires.
C’est ce qui explique que le patronat industriel peut déclarer en bonne foi ne pas être aider par l’État, alors même que le rapport sénatorial présidé par un LR (droite) sur les aides aux entreprises chiffrent celles-ci à 211 milliards.
Nous travaillons très activement, avec passion, et entêtement, contre nos intérêts nationaux.
La Cour des Comptes ne s’est jamais penchée sur ce scandale: son président est l’un des concepteurs de cette politique.
Elle est l’illustration d’effets secondaires désastreux de bonnes intentions, jamais corrigées par sectarisme doctrinal et calcul politicien.
Lorsque je plaide pour des changements de paradigmes, je ne parle pas seulement d’une orientation keynésienne de notre politique.
Cela inclut une révision drastique des dispositifs d’aide aux entreprises, la subvention non des bas salaires, mais des salaires à haute technicité (de 2 à 4 fois le SMIC) pour retrouver l’attractivité des métiers productifs, un choc d’éducation nationale avec un investissement massif dans les filières productives, la formation et les salaires des enseignants, et un changement de paradigme sur les retraites des fonctionnaires.
Je reviendrai sur ce dernier point.
Dans ce contexte, le débat sur la taxe Zucman est accessoire : c’est un débat d’outil.




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