Cet article fait suite à plusieurs articles ici même sur ce sujet. Il n’est pas un isolat. Si certaines idées paraissent obscures, cherchez les articles précédents ici même.
Dans les premières années de la prise du pouvoir par la coalition centre droit, technocrates libéraux, national socialisme, on estime que plus de 250 000 allemands ont été pourchassés, mis en camps, exécutés.
96 députées et députés d’opposition seront assassinés.
On estime qu’au total, surtout au début de la dictature, jusqu’à 1 million d’allemands ont fait des actes de résistance.
Cela paraît beaucoup, mais on parle d’un pays avec 70 millions d’habitants, et 20 millions de minorités germanophones dans d’autres pays qui seront progressivement intégrés au Reich au fur et à mesure de son expansion militaire.
On parle en réalité d’une « résistance sans peuple ».
Ce sont les cadres des partis de gauche, les dirigeants syndicalistes, les militants organisés qui font actes de résistance, et qui sont déportés en camp de concentration, ou partent en exil.
Les gauches sont brisées en 1936.
Ce sont des élites intellectuelles, des cercles conservateurs bourgeois qui s’organisent une fois la défaite, après Stalingrad, inéluctable.
En comparaison : le système concentrationnaire a mobilisé 3 millions d’allemandes et d’allemands.
Le NSDAP a à plusieurs reprises fermé les adhésions, et mis en place des procédures de filtrage. Pourtant, il a compté près de 2,5 millions de membres.
L’organisation nazie à destination des femmes et jeunes filles compte jusqu’à 3,3 millions de femmes. Sophie Scholl, au désespoir de ses parents, membres de cercles chrétiens critiques du régime, fut par exemple une militante passionnée de ce mouvement nazie jusqu’en 1940.
Plusieurs dizaine de milliers d’entre elles serons employées pour accélérer la colonisation de territoires polonais dont ont été expulsés les civils en 1939, 3000 d’entre elles choisiront de devenir gardiennes de camp de concentration.
C’est 8 millions de jeunes, 85% des jeunes allemands, qui passent par les jeunesse hitleriennes.
18 millions d’allemands vont être mobilisés et porter l’uniforme. 13 millions vont survivre à la guerre.
1 millions d’entre eux appartenaient aux Waffen SS.
500 000 allemands étaient catalogués par les lois racistes du Reich comme « juifs » – y compris des chrétiens descendants de convertis en troisième génération, des assimilés sans religion. La loi définissait la judéité par des liens de naissance, et non par l’identité de l’individu.
C’est ainsi que l’officier en charge de la conception du village olympique de Berlin 1936, qui dessine le village en s’inspirant de ses travaux en camp de concentration, apprend peu avant l’ouverture des jeux avoir un ancêtre considéré juif. Écarté de ses fonctions, exclu de du parti, il se suicidera dans le village olympique au début des jeux.
Au même moment, la même semaine, le camp de Sachsenhausen, dans la banlieue de Berlin, est ouvert.
Des 500 000 allemands définis comme juifs, 300 000 sont poussés à l’exil, souvent après des arrestations, perdant l’essentiel de leurs biens.
L’Etat nazi encaisse ainsi 120 milliards de reichsmark sur l’exploitation du pillage des juifs allemands, alimentant l’effort de militarisation.
150 000 vont mourir en déportation. Seulement 10 à 15 000 tenteront de survivre en clandestinité. La moitié d’entre eux survivront.
On évalue le nombre d’allemands ayant aidé les juifs à se cacher à pas plus de 10 000 personnes, la moitié à Berlin.
Près de 42 000 lieux ont servi au système concentrationnaire. Les déportés étaient utilisés par exemple pour déblayer les rues après les bombardements, les mettant en première ligne en cas d’effondrement d’immeubles ou d’explosions tardives de bombes. Les rues étaient pleines de ces « commandos ».
Le récit d’un de ces lieux, nullement dissimulé, mais en plein cœur d’une ville, c’est le bâtiment colosseum à Regensburg, au bout du grand pont historique de la ville, où en un mois seulement un déporté sur 7 va mourir. Tous les jours, les 400 déportés sortaient et traversaient la ville pour déblayer la gare, tous les jours ils retraversaient la ville pour être enfermé dans cet ancien hôtel. « On pouvait pas savoir ».
Le camp de Dachau longeait un chemin très populaire à Munich pour des randonnées et atteindre la campagne pour des picnics.
Une étude en 2020 avait révélé qu’un tiers des allemands pensent que leurs aïeux ont aidé des juifs ou été hostiles au régime.
Beaucoup découvrent cependant, arrière petits enfants ouvrant les correspondances oubliées, que leurs arrières grands parents étaient des complices, des soutiens du régime.
40% des allemands veulent aussi qu’on mette fin à la culture de la commémoration. « Plus jamais ça » finit par être « ça ne nous concerne pas ».
C’est dans ce cadre que depuis 2006 les élites politiques allemandes, et Merkel y porte une très lourde responsabilité, développe l’idée que les allemands aussi ont été des victimes.
C’est cela, le révisionnisme de la commémoration.
L’Allemagne n’a à l’heure actuelle toujours pas réparée financièrement les dégâts de ses pillages dans les pays occupés, se dissimulant derrière des accords arrachés au début des années 50, alors qu’à l’époque, la justice allemande amnistie en masse les anciens nazis, et les SS créent des amicales du souvenir, se refilant des emplois bien payés.
Or, on n’a aussi figé le crime du nazisme dans une seule de ses expressions : la Shoah.
En même temps, on proclame la singularité absolue de la Shoah.
Or, si la Shoah est singulière, par définition, l’injonction du « plus jamais ça » tombe d’elle-même.
C’est ce que j’appelle la commémoration morte. On y parle latin.
Le plus jamais ça exige une réflexion complète sur l’effondrement des démocraties européennes entre 1929 et 1940. Mais alors, il faut penser les ressorts de la crise financière de 1929, les échecs des politiques austeritaires misent en place en Europe dès le début des années 30, le rôle du capitalisme concentré dans la manipulation des médias de l’époque en vue de mettre au pouvoir l’extrême droite et empêcher l’imposition des plus riches.
Ce serait se rendre compte que le nazisme en tant qu’expérience historique n’est pas singulière, et que les choix des peuples sont, dans les mêmes circonstances, reproductibles.
C’est se confronter à la réalité de l’histoire dans la brutalité de la vie contemporaine.
Et c’est à cela que devait servir la culture de la commémoration.



La porte du village olympique de Berlin, village inauguré en juillet 1936



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