L’échec des « macronomics » impose un changement de paradigme majeur face à la nouvelle crise budgétaire
Le ministre des Finances Lombard et le premier ministre Bayrou – affaibli par sa complaisance aux crimes pédophiles de prêtres catholiques dans des établissements privés – réclament avant Pâques « 40 milliards d’effort supplémentaire » mais « sans augmenter les impôts ».
C’est le très mauvais œuf pourri qu’ils cachent dans le jardin des français.

Le gouvernement ne parle que de baisse des dépenses, au risque encore d’affaiblir une croissance déjà soumise à des chocs violents. Ne pas augmenter les recettes serait « conforme à l’engagement du président de ne pas augmenter les impôts ».
Un note de la direction générale des impôts a pourtant révélé qu’en 2023 l’impôt sur le revenu a augmenté pour tous les Français, sauf pour les 10% les plus riches qui ont vu leur niveau d’imposition baisser, tendance qui au vu de la législation fiscale s’est poursuivie en 2024 ! (DGFIP statistiques numéro 23, avril 2025)

Un note de l’INSEE a souligné qu’en réalité, les très hauts revenus touchent de plus en plus du gâteau national.
Citons @InseeFr: « En 2021, les #revenus déclarés par les 1 % les plus aisés représentent 7,7 % de l’ensemble des revenus.
Cette part a fortement augmenté depuis 6,4% en 2013, l’augmentation étant due aux 0,1 % les plus aisés. »
Source : rapport INSEE 2024 sur les très hauts revenus en France.
C’est encore plus vrai sur la seule masse salariale : les 1% de salariés les payés du privé (environ 160 000 salariés) ont vu leur part du gâteau passé de 6% à 8% de la masse salariale globale privée (INSEE salaires du privé , 2022).
L’échec des politiques de l’offre en France
Dans le même temps, le ratio de la dette publique au PIB passe de 88% en 2013 à 115% en 2024.

Le déficit public passe de 85 milliards en 2013 à 169 milliards en 2024, soit 5,7% du PIB.
Les dépenses publiques n’ont pas augmenté d’une manière incontrôlée: au contraire, les plans de coupe des dépenses se sont multipliés depuis 2009.

En valeur, les dépenses publiques sont passées d’un indice 100 en 2000 à 200 en 2024.
Le PIB lui est passé en valeur d’un indice 100 en 2000 à un indice 235 en 2024.
Entre 2010 et 2020 les dépenses publiques ont progressé plus lentement que la croissance du PIB.
Notons que les dépenses de l’Etat en particulier ont progressé le plus lentement sur la période, ce qui signifie en pratique un manque d’investissement tant dans les infrastructures que dans le capital humain, et une perte significative de valeur de l’Etat et ses services publics (Santé, Éducation, Sécurité).
Ces trois sujets sont d’une manière constante dans les cinq préoccupations majeures des français depuis 2010.

L’irresponsabilité macroniste
Les causes des difficultés budgétaires françaises sont bien identifiées, même si le gouvernement actuel en rejette l’augure : les recettes se sont effondrées.
Il y a un aspect conjoncturel : la croissance en berne et la consommation en baisse face à l’inflation ont baissé les recettes, et les politiques ne voulaient pas accepter ces réalités de fin 2023 à septembre 2024. Macron, madame Borne, monsieur Attal ont sciemment – c’est le rapporteur de la commission des finances qui le dit – refuser de prendre en compte les alertes des services de Bercy par électoralisme en avant des Européennes puis des législatives anticipées.
Mais la baisse des recettes est structurelle. Elles ont baissé sous deux grandes dynamiques :
1. Pour ne pas augmenter les salaires, et ne pas créer d’emplois très productifs mais fortement rémunérés dans des branches de plus traditionnellement plus fortement organisées et syndiquées, les gouvernements, dès Sarkozy et encore plus depuis que Macron fait partie du pouvoir exécutif, ont privilégié les baisses de cotisations sociales, les crédits d’impôts sur le coût social des bas salaires.
En dix ans, ces mécanismes ont aggravés la situation des comptes sociaux, créé une incitation aux entreprises françaises à délocaliser les emplois bien rémunérés de la classe moyenne supérieure, et transformer l’économie vers les services, peu productifs, à salaires subventionnés proche du SMIC.
C’est le paradoxe de la balance extérieure française : alors que la France a perdue en compétitivité depuis l’arrivée de Macron au pouvoir en 2014 la balance des paiements reste dans les clous.
Cela signifie en pratique que les entreprises françaises rapatrient un volume important de la plus value réalisée en délocalisant la production et la recherche à l’étranger.
2. La baisse des impôts des propriétaires de capital productif, de patrimoine immobilier, et d’héritages.
La théorie consistait en deux mouvements :
– la baisse des impôts sur le capital et les hauts revenus dégagerait une épargne plus abondante disponible pour de l’investissement.
C’est une théorie néolibérale rarement confirmée dans les faits : l’investissement est la conséquence du niveau d’épargne.
Keynes, l’économiste britannique à l’origine des »trente glorieuses », critiquait cette notion en disant qu’elle ignorait les « trappes de liquidité », et estimait qu’on devait « forcer l’épargnant à réaliser son bonheur » par l’impôt ou l’émission d’obligations (dette publique ou privée).
En 2023, un rapport de la Bundesbank estimait que les allemands dormaient sur des centaines de milliards d’euros d’épargne sans utilisation, stockés sur des comptes courants ou … des liasses de billets chez soi, confirmant l’existence de « trappes de liquidité ».
l’État allemand refusant de s’endetter et d’émettre des obligations considérées sûres, les épargnants allemands, effrayés par les incertitudes du temps présent, et malgré une inflation erodant ces liquidités, préféraient n’en rien faire, ni consommer, ni investir.
– la fiscalité attirerait des investissements internationaux en France, alimentant la croissance privée.
Il a fallu des années de travail pour obtenir cette augmentation, qui s’est faite au prix d’une perte de souveraineté, de perte de brevets et de technologies stratégiques, et de fermeture de sites industriels. Le bilan s’est depuis retourné avec la dissolution de 2024.
L’échec économique est patent.
Les théories qui alimentent fin 2016 le projet économique du candidat Macron à la présidentielle étaient déjà bien usées et démontrées insuffisantes à l’époque.
Un échec prévisible au vu des expériences internationales
Les britanniques, soumis à ces théories tant sous les gouvernements Labour de Blair – à l’exception de Brown, mais qui fut balayé par la crise financière américaine de 2008 – que conservateurs, en conclurent à l’inutilité de la démocratie et de l’Europe. Le Brexit en 2016 sanctionnait l’échec politique des théories de l’offre.
Aux Etats Unis, le progressisme libéral Clintonien avait aussi fait changer les doctrines du centre gauche américain, le faisant abandonner le keynésianisme et la demande pour une politique de l’offre accompagnée de mesures sociétales et sociales.
Ce progressisme perdit les classes populaires qui choisirent en 2016 Trump. Le refus en 2024 des démocrates de refaire une unité avec les syndicats, comme ils l’avaient fait en 2020, et de relancer la demande avec des mesures de pouvoir d’achat concret et immédiat explique en grande partie le nouveau triomphe de Trump.

En Allemagne, Schröder engage la social démocratie allemande sur la voie du progressisme Clintonien, sur les théories de l’offre. Il y ajoute une dimension mercantiliste que Angela Merkel continuera et développera.
Le keynésien Lafontaine quitte dès 1999 le gouvernement allemand. Il fonde en 2005 un parti à la gauche du SPD.
Les trois pays, présentés à tour de rôle comme des « modèles », et les trois centre gauche présentés comme des « modernes » ont échoués sur cette voie là à améliorer les conditions de vie des classes les plus nombreuses, au profit d’une concentration du capital toujours plus importante.

Comme Marx le prévoyait en 1848 : le libre échange exacerbe la concurrence entre salariés des différents espaces de compétition. Ceux-ci voyant leur revenu relatif baisser au nom de la « compétitivité » se rebellent.
Le drame, c’est que les classes salariées américaines, britanniques, européennes, ou chinoises, n’ont pas conscience d’elles mêmes ni de leur intérêt commun.
Comme le XIXeme siècle l’avait déjà démontré, la première ligne de résistance est le nationalisme, et le choix de faire alliance avec des capitalistes locaux, quitte à ce qu’ils imposent des régimes autoritaires.
Bismarck avait par exemple conclu un pacte social en accordant des avancées sociales inouïes aux ouvriers allemands dans le cadre d’un protectionnisme raisonné.

Ce mouvement de concentration s’accompagne de crises de déséquilibres de plus en plus fréquentes et de plus en plus globales, violentes.
Le néolibéralisme a perdu sur toute la ligne. Comme l’a justement analysé David Cayla nous voyons une évolution vers une autre forme de domination capitaliste qui n’est plus « néolibérale ».
Le mercantilisme européen a une faiblesse profonde : en refusant de traduire les excédents en investissement public, en s’imposant la stupide règle d’or européenne en 2012, le consensus entre la droite conservatrice et la social démocratie progressiste abandonnait de fait le niveau de vie des classes populaires au profit d’une classe moyenne supérieure mobile et libérale et d’une classe supérieure de très hauts revenus accélérant leur accumulation de fortune.

La trahison des très hauts revenus c’est de privilégier l’extrême droite, quitte à jeter la démocratie, pour éviter toute concession fiscale ou économique.
La crise budgétaire française depuis 2023 révèle toutes les contradictions, ambiguïtés, et absurdités des théories économiques dominantes depuis l’arrivée au gouvernement de Emmanuel Macron en France.
C’est une synthèse parfaite.
Tout d’abord, les politiques de l’offre dans la version néolibérale des années 2000 sont des politiques de navigation par beau temps sur un lac.
Les ouragans des années 2008-2010, 2020, ou 2022-2023 étaient en théorie impossibles.
L’équilibre dû au commerce global heureux devait empêcher l’apparition de crises pour une stabilité prospère infinie, nécessitant peu d’état, garantissant la paix.
Mais tous les régimes privilégiés par le mercantilisme européen- Turquie, Russie, Chine – ont connu avec l’ouverture au commerce international des tournants politiques autoritaires, avec des priorité géopolitiques agressives.
Les crises pandémiques et géopolitiques se multiplient et exposent le mercantilisme dans sa naïveté historique.
Ensuite, la politique appliquée depuis le « tournant de l’offre » de l’automne 2012 a manifestement échoué.
Le CICE est un très bon symbole de cet échec : en subventionnant le SMIC, le CICE a réduit les recettes publiques, accéléré la désindustrialisation, et accompagné la hausse des dividendes, c’est à dire la rémunération du capital.
Son impact en croissance et en emploi fut négligeable au regard d’un coût exorbitant (plus de 120 milliards entre 2013 et 2019).
Les mesures prises ont de plus provoquées à trois reprises des crises sociales d’une grande violence, abimant la relation des français à la démocratie, renforçant une culture de l’exécutif contre le parlement, et affaiblissant d’une manière mortelle le dialogue social : le conflit sur la loi travail Macron-El Khomri de 2016, le conflit des gilets jaunes entre fin 2018 et l’automne 2019, et le conflit suite au 49.3 sur la réforme des retraites en 2023.
La conséquence, c’est la défaite politique du macronisme.
Dès 2022, malgré sa réélection à la présidentielle, Macron voit l’échec de sa coalition à la législative, forçant un gouvernement minoritaire.
Suite à la dissolution de 2024, une cohabitation avec la gauche – tolérée par son bloc central – aurait dû être le résultat logique.
Macron choisit une fragile coalition minoritaire bloc central – conservateurs soutenue par le RN, l’extrême droite pro Poutine française. Celui-ci a déjà démontré une fois son pouvoir de nuisance en adoptant une censure provoquée par la gauche.
Mais le maintien de la même politique économique et budgetaire, en dépit de tout, ne peut bien sûr réussir.
L’obsession du déficit budgétaire agit par ailleurs comme une gigantesque déviation des problèmes bien plus urgents à résoudre.
En management des équipes d’avion, on connaît bien ce danger : se concentrer sur un problème paraissant urgent mais secondaire parce qu’un indicateur est en rouge, et oublier le message recurrent que le niveau d’essence baisse.
Le rapport Draghi publié en 2024 a révélé que depuis 2010 les politiques de l’offre, en négligeant la demande, ont accumulé en Europe des retards d’investissement équivalent à 5 points de PIB pendant dix ans, soit trois fois plus que le plan Marschall de 1950!
La coalition gouvernementale allemande élue en février 2025 a reconnu le problème en faisant voter avant même son investiture l’abandon de la règle d’or, et un plan d’investissement de 500 milliards.
C’est la facture de la politique de « femme de ménage souabe » (et pro Poutine) de Angela Merkel.
La France a perdu certains de ses avantages stratégiques : sa démographie – sous Macron, les français ont perdu l’envie d’avoir des enfants – la qualité de son enseignement et de ses talents, la qualité de sa recherche publique, ses champions technologiques.
Macron a aussi, tenant d’une forme modérée de libertarisme capitaliste dont les tenants les plus radicaux sont Milei en Argentine et Musk aux Etats Unis, profondément affaibli notre réseau diplomatique, nos expertises publiques.
Mais tout ceci est rattrapable avec un projet cohérent, social, ambitieux, patriote, et démocratique, de développement.
Pour cela, il faut retrouver la philosophie et le courage d’un homme d’action ayant affronté les pires crises du XXeme siècle, et ayant donné aux démocrates les outils et concepts économiques pour battre le fascisme : Keynes.


Il faut aussi retrouver la conscience d’une communauté de destin.
Enfin, il faut tout subordonner à l’investissement.
Cela signifie transformer les mesures prises pour soutenir l’offre en mesures pour soutenir la demande.
Le maquis des subventions et crédits d’impôts est inefficace, confus, coûteux. Un rapport de l’inspection générale des finances avait identifié un potentiel de réduction de 10% du volume.

Mais l’absence de contrôle d’emploi et de résultat de ces aides est l’un des enseignements de la commission d’enquête sénatoriale sur le sujet. Il apparaît bien plus judicieux de les annuler dans leur forme juridique actuelle pour utiliser le produit des recettes supplémentaires en actions coordonnées par l’État lui-même.
Le capitalisme français a ici démontré son incapacité à garantir l’allocation optimale pour la Nation dans son ensemble des ressources fiscales abandonnées par l’Etat.
80 milliards pourraient ainsi être récupérés et investis directement par l’État dans les activités productives.
De plus, il existe un outil très ancient pour orienter l’activité économique dans le sens de l’intérêt commun : la nationalisation.
Depuis dix ans, le capitalisme le plus radical utilise l’entrée au capital pour transformer les groupes considérés comme idéologiquement progressifs et leur imposer l’abandon des gouvernances diversité et égalité.
La mise au pas du capitalisme américain sous Trump est incompréhensible sans avoir observé la guerre idéologique menée par les fonds activistes les plus réactionnaires, souvent liés à Elon Musk, Peter Thiel et d’autres théoriciens neo-libertariens.
L’Etat français doit se transformer en fonds activiste pour protéger le bien commun et notre communauté de destin.
Enfin, les comportements toxiques, les trahisons, les forces économiques corrompues par des puissances hostiles à ce que représente notre Nation doivent payer : confiscation du patrimoine, sur le modèle des nationalisations d’entreprises collaborationnistes des années 1944-47.
Paradoxalement, au delà de l’aspect politique, c’est lorsque l’Etat français était le plus propriétaire de capital privé que le ratio des dépenses publiques rapporté au PIB était le plus bas de l’après guerre, que le commerce extérieur était équilibré, et l’adhésion à la démocratie la plus forte !
En tant que Nation, le coût du capital était bien moindre pour un rendement économique plus élevé lorsque l’Etat était actionnaire.
Voilà les perspectives pour une nouvelle doctrine économique et politique, seule à même, à mes yeux, de sauver notre démocratie.



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