Face aux ténèbres, deuxième partie

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Ceci est la seconde partie du texte « face aux ténèbres », première partie ici : Face aux ténèbres, première partie

Fahrenheit 451 

Il y a quelques jours l’administration Trump a publié un décret permettant à la police migratoire l’analyse de tous les contenus consommés sur les réseaux sociaux par les détenteurs de visas provisoires. Le jugement sur ces contenus n’est pas exercé par un juge, mais par la police migratoire, sur la base des idées conçues comme nocives par le gouvernement américain actuel. 

Les musées vont être soumis à une mise au pas idéologique. Plus de 30 000 titres ont été interdits dans les bibliothèques publiques, dont des chefs d’œuvre du siècle passé comme « la ferme des animaux », « 1984 », ou « Fahrenheit 451 ». 

C’est l’autodafé – comme en mars 1933 sur place Bebel de Berlin. 

La mise au pas en cours est de nature dictatoriale. La dictature, c’est le règne de l’arbitraire. 

C’est aussi ce que pousse le capitalisme libertarien, une société sans État ni corps intermédiaire, où les fonctions sont privatisées, et les loyautés vassales remplacent les relations sociales. 

Le capitalisme sans État veut rétablir l’ancien régime dans sa forme féodale. L’aristocratie n’a même plus dans ce modèle la légitimité de la „protection par les armes“ que s’accordaient les barons au moyen âge pour rançonner de taxes un peuple servile. 

C’est le sens de la révolution capitaliste que mènent Musk, Vance, Trump.

L’hommage lige au président remplace le serment à la constitution. 

On se souvient que ce fut l’un des outils de mise au pas en 1933 : le serment des fonctionnaires au führer. 

Le christianisme radical

Pour justifier la servilité volontaire, le projet féodal s’accompagne d’un projet religieux. La religion est au cœur de cette révolution capitaliste, tous sont des bigots, des chrétiens extrémistes haïssant la raison, la science, le siècle des lumières. 

Les églises et la religion doivent encadrer la société, et remplacer les corps intermédiaires, dans la foi messianique que le chef de l’état est, comme un empereur romain ou un roi de France, soit un représentant de dieu, soit dieu lui-même.

Trump est ainsi mis en scène comme l’envoyé de la providence. Sa survie miraculeuse à une tentative d’assassinat pendant la campagne est ainsi la « preuve » de la protection divine. 

Là encore, cette dimension messianique rappelle la mise en scène du sauvetage du führer face à plusieurs tentatives de le tuer. 

C’est cela, le « grand reset ». Il a lieu, c’est le conservatisme religieux chrétien des oligarques américains qui l’engage. 

L’universalisme en réponse 

Je suis socialiste républicain, adepte de Victor Hugo et de Rosa Luxembourg , humaniste marxien, athée anticlérical, et ma famille a été dans l’histoire bien souvent du côté des oppressés. 

Les oppressions de l’histoire familiale 

Les charpentiers de marines du Sud Ouest – mes ancêtres ont été 300 ans au travail dans le port du Passage en face d‘Agen – ont été, comme les charpentiers de maison, les menuisiers, les savetiers, ostracisés comme „cagots“, considérés „race maudite“. Obligés de se marier dans leur communauté, interdits de travailler la terre ou d’en vendre les produits, ils devaient porter une marque rouge sur les vêtements, entrer par une porte dérobée à l’église, et subir des vexations de sujets de seconde zone du royaume. On observe, avec les cagots, comment un racisme se crée sans aucune différence ethnique, linguistique, religieuse, entre ceux qui le pratiquent et ceux qui en sont les victimes. La seule différence, c’est que les artisans du bois concernés avaient refusé de rejoindre l’habitat en bourg se répandant au XII et XIII siècle, et, pour les besoins de leur métier, devaient voyager, comme les mendiants ou les lépreux. Si au XIV et au XVeme siècle les cagots sont encore considérés comme faisant partie du corps social, avec une fonction, peu à peu, leur habitat hors du bourg, leur nomadisme, leur statut fiscal différent, les rends suspects, puis, odieux. On les accuse donc d’être descendants de lépreux, et toujours possibles contagieux. 

Il faudra la Révolution pour mettre fin à l’ostracisme institutionnel et la première guerre mondiale pour que le souvenir de ce racisme au sein d’une population homogène soit oublié. 

Du côté maternel, on a été huguenot, dans le sillage de Henri IV, et on l’est resté pendant le „désert“, la période où les protestants, les calvinistes du Sud Ouest, vivent leur foi dans le secret après la révocation de l’édit de Nantes, soumis à l’arbitraire d’un pouvoir absolu catholique, violent et injuste.

J’ai été élevé sans religion, mais ma grand mère m’a transmis le souvenir du désert. 

Mon grand père, futur maire de son village, fut réfractaire au STO, la déportation du travail en Allemagne, se cachant au maquis du Lot et Garonne, y assistant aux très violents combats de juin et juillet 1944. 

6 de ses camarades serons fusillés à la sortie de Nérac par les Waffen SS, les mêmes qui ont commis plus tôt Oradour sur Glane. 

Après guerre, ma tante paternelle épouse un jeune homme, seul survivant de sa famille. 

Son père, mon grand oncle par alliance, prisonnier de guerre, s’évade, est repris, puis est deporté et assassiné à Auschwitz. Sa mère, ma grande tante par alliance, est raflée à la rafle du Vel d‘Hiv. D’après mes recherches, elle est deportée avec le convoi numéro 12 de Drancy à Auschwitz où elle disparaît.

Les parents de mon oncle étaient des juifs polonais réfugiés en France au milieu des années 1930. 

C’est Vichy qui livra la famille aux allemands. 

J’ai été élevé dans une maison sans homme, après le divorce de mes parents, par ma mère et sa meilleure amie. 

Kheira, une algérienne, fuyait la violence de ses oncles qui par bigoterie musulmane voulaient la tuer, elle qui vivait librement sa sexualité, et avait une license d’anglais. Elle était, une fois arrivée en France, exposée au racisme antiarabe, et ma mère, absolument imperméable au racisme, lui avait offert un logis. 

Kheira, depuis devenue millionnaire à New York, électrice democrate de Bernie Sanders, vit depuis les année 80 aux États Unis dont elle est devenue citoyenne.

Elle m’a enseigné, à la fin des années 70, le sentiment d’injustice quant au destin fait aux Palestiniens. 

Je sais qu’elle a mobilisée, aux États Unis, dans les cercles agnostiques, pour cette cause, jusqu’à peu de temps. 

Cet engagement pour la dignité humaine y compris lorsqu’il s’agit des palestiniens est aujourd’hui criminalisé. 

Cagots, protestants, juifs, ont été émancipés par la première république, celle de la grande révolution. 

Ceux qui aurons défendu ces idéaux, abolissant l’esclavage, serons déportés par Napoléon 1er pour mourir misérablement dans les premières colonies, la colonisation étant un instrument de répression et de violence sociale contre le peuple français.

La république sociale fut victime du colonialisme, et non autrice du crime

Les défenseurs de la seconde république, qui abolissent encore une fois l’esclavage rétabli par le bonapartisme, serons déportés dans la nouvelle colonie algérienne par le pouvoir néo-bonapartiste. 

l’Algérie a vu, dès 1830, les troupes coloniales expérimenter des méthodes brutales de répressions des populations civiles, qu’ils appliquent ensuite en France, contre les canuts lyonnais, les républicains, et les socialistes parisiens, entre 1832 et 1848.

D’ailleurs, les pires généraux et maréchaux de la conquête de l’Algérie avaient appris leurs méthodes avec les crimes de guerre de l’armée napoléonienne en Espagne entre 1809 et 1812. 

Les défenseurs d’une troisième république sociale serons fusillés et réprimés, comme le furent les peuples colonisés, dans le grand massacre de mai 1871, avant que les survivants soient déportés par dizaine de milliers dans les colonies. 

Les généraux coloniaux avaient pourtant démontré leur incompétence dans la défaite militaire face à l’Allemagne quelques semaines plus tôt. 

Les Français ont, tout au long de la période coloniale, refuser de peupler les colonies. Clemenceau, le grand républicain, s’oppose toute sa vie au colonialisme. Il fait tomber les gouvernements colonialistes, plusieurs fois. 

La colonie, c’est les bagnes pour les dissidents, c’est les travaux forcés, c’est la punition. 

Les forces économiques qui organisent les colonies utilisent celles-ci pour pousser les salaires en France à la baisse. 

Le colonialisme a toujours été l’ennemi du peuple français. 

Il faudra la quatrième république pour engager la décolonisation, avec Pierre Mendes France, achevée par l’émancipation algérienne en 1962. 

Entre temps, les tenants du colonialisme aurons renversé par les armes la quatrième république et imposés cette bien mauvaise cinquième république, se trompant sur la personne de de Gaulle.

L’histoire de France est source d’énergie, d’inspiration, d’espoir. 

L’histoire de mes familles, c’est que l’émancipation est républicaine, et que les ennemis de la diversité sont les ennemis de ma famille depuis le plus loin que nous cherchions dans les archives. 

C’est donc un combat millénaire qu’il s’agit de mener. Le souvenir des révoltes paysannes, des soulèvements populaires, des transformations de notre grande révolution, inspirée du siècle des Lumières, doit nous motiver face au règne des ténèbres tombant sur les États Unis.

Résistons 

 Et il nous faut soutenir les femmes et hommes extrêmement courageux luttant contre l’arbitraire qui s’impose. 

Je rends hommage à Bernie Sanders, l’octogénaire le plus énergétique de l’histoire contemporaine, Alexandria Ocasio Cortez, l’élue la plus constante dans sa dénonciation matérialiste de la dictature qui vient. 

Quel destin aurait pris le monde si en 2016 Bernie Sanders avait affronté Donald Trump ? Nul ne peut le dire.

Mais c’était cela le vrai débat à mener : société solidaire, ou société oligarchique ? 

Aujourd’hui, la solidarité doit être au cœur de notre organisation pour combattre les pouvoirs oligarchiques. 

La France est la prochaine étape. 

Macron a déjà abîmé le pacte solidaire républicain, les corps intermédiaires, l’état de droit, et laisse la corruption se répandre. Le débat public est dominé par une poignée d’oligarques milliardaires réactionnaires. 

Je me battrais avec tous mes moyens contre ce qui menace mon pays. Quitte à me ruiner, à subir l’arbitraire. 

Il est temps de tenir le terrain, se montrer, et reconquérir la République, laïque, sociale, démocratique, indivisible. 

Rejoignez moi. Luttons.

Une réponse à « Face aux ténèbres, deuxième partie »

  1. […] Seconde partie ici : Face aux ténèbres, seconde partie […]

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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