L’industrie européenne est en train d’être tuée par la combinaison des hauts prix de l’énergie et les stratégies industrielles chinoises et américaines.
Que les Nations en Europe soient mobilisées par la baisse des coûts du travail, la baisse de la fiscalité des entreprises, ou l’équilibre budgétaire des Etats, c’est un échec.
La France est ici le symbole d’un échec des doctrines économiques et monétaires européennes.
La combinaison de la réduction des impôts sur les entreprises combinée à l’absence d’incitation à l’investissement laissait deux moteurs seulement à l’économie française : la consommation des ménages et la dépense publique.
Malgré la guerre d’agression russe en Ukraine et l’explosion des prix de l’énergie provoquant une inflation catastrophique, le gouvernement français a baissé les revenus des français et réduit ses dépenses.
La conséquence, ce fut un effondrement de l’économie et la chute des recettes fiscales.
La crise budgétaire de 2024 entraîne une crise politique sans précédent dans notre histoire contemporaine.
Le président Macron se révèle dépassé par la situation : c’est un libéral formé à une doctrine pour gouverner par beau temps. Il n’est pas préparé à la gestion de crise, il ne connaît d’ailleurs qu’une seule méthode de gouvernement : la dictée.
Incapable de comprendre comment construire des consensus et des compromis, il a, lorsque l’environnement international et économique était favorable, gouverné de manière autoritaire, violente.
En temps de crise, alors que la Nation aurait besoin d’être réconciliée et unie, cette méthode et cette doctrine ne peuvent qu’échouer.
Il s’ajoute une faiblesse irréparable dans la psychologie même de ce président. Nous devons le dire : Emmanuel Macron n’a pas les qualités morales, intellectuelles et psychologiques pour faire face.
La crise économique due à l’inflation et ses conséquences sur la consommation des français au sortie de la crise du COVID était prévisible.
J’ai proposé ici même des solutions dès début 2022, plus complètement en octobre de la même année.
Je suis persuadé que les propositions et les changements de doctrine que j’avançais auraient évité la crise budgétaire actuelle.
Emmanuel Macron n’a pas su réfléchir à cette crise comme un changement de paradigme. Le COVID avait déjà montré sa capacité de procrastination en temps de crise, son incapacité à prendre des décisions pragmatiques mais contraires à sa doctrine.
Il a fallu les influences du reste de l’Europe, l’imposition par les crises sanitaires d’une nécessité, pour qu’il réagisse. Et comme toujours, cette réaction fut alors trop violente, fondée sur la contrainte et la punition plutôt que l’éducation et le consensus. Il lui fallait tout contrôler.
En 2023, c’est l’inflation et la guerre le sujet.
Emmanuel Macron se ridiculise avec Poutine, fait des promesses intenables à Zelensky, plus soucieux de sa propre mise en scène narcissique que des questions de vie et de mort qui se posent.
Il décide, en France, que la meilleure réponse à l’inflation, c’est appliquer les derniers points de son « projet 2017 »: démanteler le système de retraite par répartition et les mécanismes de l’assurance chômage.
Il crée une crise sociale auquel il réponds de nouveau par la violence. L’économie y perd en croissance.
l’Union européenne et la banque centrale ont en parallèle fait une erreur d’analyse dramatique sur les causes et les remèdes à l’inflation : elle serait dûe non aux prix de l’énergie et des effets d’aubaine de prises de marge, mais … A une surchauffe de la consommation. Les états européens et la banque centrale conduisent des politiques actives de réduction des revenus des européens.
La conséquence, c’est une récession européenne que les exportations ne compensent pas. l’Allemagne voit son industrie s’effondrer en deux ans seulement.
La France est prise en étau entre un président gouvernant comme s’il était en 2017 et une Union européenne reproduisant les erreurs de 2012.
La conséquence est prévisible. Alors que l’inflation aurait dû aider la France à réduire son déficit, l’effondrement de la consommation entraîne celle des recettes fiscales.
Je me suis interrogé sur ce paradoxe dans un article au printemps 2023.
Fin 2023, les experts de Bercy avertissent de la crise budgétaire.
Emmanuel Macron refuse de la reconnaître
Dépassé par la situation, en déni, Emmanuel Macron va mettre en place des stratégies de fuite et de refus de l’obstacle.
Il décide, sans nécessité, de remplacer le premier ministre alors que les alertes budgétaires se multiplient.
Alors que les commissions d’enquêtes de l’automne 2024 s’interrogent sur le cours des évènements, il apparaît que le président refuse une loi de finances rectificative a la fin 2023 qui aurait sans doute permis de reprendre le contrôle.
Le nouveau gouvernement Attal est chargé de protéger la doctrine idéologique, non de régler la crise inflationniste et budgétaire.
Prenant des mesures d’expédients en urgence en avril, le gouvernement Attal subit une défaite aux élections européennes de juin.
Emmanuel Macron refuse cependant toujours la réalité. Croyant être « le maître des horloges » alors que la situation échappe à tout contrôle, il décide de dissoudre, sans nécessité, l’assemblée nationale.
On sait que son calcul, c’était de permettre à l’extrême droite de gagner une majorité. Il voyait Bardella à Matignon – Le Pen ne pouvant gouverner vue son procès déjà prévu a l’automne.
J’avais théorisé en mars 2017 que Macron serait pire pour notre Nation que Le Pen, refusant de choisir entre les deux tant cette année là qu’en 2022.
Et bien Macron voulait une forme d’alliance avec le RN.
L’échec de son calcul politicien – en pleine crise budgétaire d’ampleur centenaire ! – amène une assemblée ingouvernable.
Il y aurait une possibilité de relative stabilité : un gouvernement de gauche toléré par le bloc central. Macron va le refuser, seul.
Il va procrastiner 60 jours alors que dans une crise budgetaire de ce type chaque heure compte!
Si la France n’était pas dans l’euro, la monnaie aurait décroché des l’été.
On est très loin du courage du premier ministre britannique en août 1914 qui suit les conseils hétérodoxes d’un jeune économiste, Keynes, pour stopper la crise financière déclenchée par la déclaration de guerre, en 24h.
Macron procrastine, refuse l’obstacle, jouit des JO, prends des vacances, refuse une session extraordinaire à l’assemblée nationale.
C’est de la folie pure !
Lorsqu’il se résout à nommer un premier ministre, il choisit la construction la plus bancale possible, un gouvernement à la von Papen, soumis à la tolérance de l’extrême droite.
Ce gouvernement va sans doute être censuré sans que la moindre solution n’ait été apportée à la crise.
Mais toute l’Europe est dans cet état de stupeur.
l’Allemagne aussi vient de voir son gouvernement tomber. Des élections anticipées sont prévues pour février. Cet aboutissement de la crise allemande n’est pas une surprise pour les lectrices et lecteurs de ce blog.
C’est une mauvaise répétition de crises politiques et sociales suite à l’échec des doctrines bourgeoises conçues dans les années 20 – 1820.
La loi de Say, loi de l’offre, version améliorée du laissez faire, est à la base de la doctrine économique dominante.
A chaque fois que cette doctrine a été appliquée, l’aventure a fini par des coups d’états militaires, des régimes autoritaires, des guerres.
Tout l’effort conscient des classes libérales depuis la crise inflationniste de 1978 a été de détricoter les outils du pacte social et démocrate conçu au sortir de la seconde guerre mondiale.
Et bien sûr, le résultat, c’est de revivre la fin de la république de Weimar…


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