Dénoncer la tentation von Papen des démocraties mondiales

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Gordon Brown constate partout en Europe et dans le monde la collusion progressive des extrêmes droites et du centre qu’il appelle « centre droit ».
Il dénonce la montée de ces alliances tout en constatant que les opinions publiques, au fur et à mesure de leur « essai », les rejettent. Il voit aussi combien il est difficile de s’en débarrasser une fois au pouvoir, même battus.
Gordon Brown décrit la montée de cette tentation d’alliance du centre droit et de l’extrême droite partout où les régimes permettent des élections parlementaires démocratiques.
Il constate l’échec y compris en Inde, y compris en Turquie, de ces alliances à améliorer les conditions de vie des classes populaires et leur rejet progressif, enclenchant la réaction autoritaire, comme le trumpisme ou la tentative de putsch de Bolsonaro.
Et il montre que les peuples peuvent encore empêcher cette évolution, qu’ils rejettent en réalité cette alliance.


https://www.theguardian.com/commentisfree/2024/sep/17/europe-far-right-appeasement-france-populist-progressive

La tentation « von Papen » est bien de retour.
J’utilise depuis 2015 l’idée que les parlements, d’abord au niveau des régions en Allemagne puis dans toute l’Europe, se « weimarisent »:

émiettement des deux grands blocs en multitude de petits partis reflétant l’impossibilité de construire des récits politiques de masse réunissant plusieurs classes ou milieux,
Apparition d’un bloc d’extrême droite pesant sur la composition des majorités de gouvernement,
Diabolisation d’une partie de la gauche pour forcer d’abord le gouvernement au centre, puis rendre acceptable la collusion avec l’extrême droite,
Développement d’executif absolu gouvernant par ordonnances, décrets, ou procédures d’évitement du parlement,
Autoritarismes des gouvernements centristes et réponse déflationniste sur les salaires, anti État,  aux crises économiques,
Discours de bouc émissaire prenant pour cible des minorités et des catégories de citoyens.

Cette Weimarisation a déjà produit de nombreux gouvernements à la von Papen.


Rappelons l’exemple historique : en juin 1932, après deux ans de gouvernement par ordonnances et 49.3 de l’époque du centre droit et de la droite minoritaire, un cabinet de technocrates et d’un parti très minoritaire à droite est constitué sous l’autorité de dirigeants dissidents du grand parti de centre droit catholique, le Zentrum.
Cet équipage est réalisé en donnant des gages au parti arrivé seul en tête des élections, le parti d’extrême droite allemand, et en ignorant les gauches, réalisant ensemble un meilleur score que l’extrême droite pourtant.
Ce gouvernement très minoritaire est dirigé par von Papen.

Sa base parlementaire est très étroite : 200 députés à peine sur 600.
Il va mener face à la crise budgétaire à la fois une politique de consolidation en continuant de mettre fin aux conquêtes sociales des années Bismarck, mais aussi une politique de relance monétaire discrète, initiant un budget secret pour dissimuler la réalité du déficit et de l’endettement.
Conçu comme un gouvernement temporaire jusqu’à la dissolution suivante, le gouvernement von Papen tombe au bout de 7 mois.
Une partie de la base du parti d’extrême droite se détourne alors de ce parti, qui recule pour la première fois en janvier 1933, au profit des deux partis de la gauche.
Le centre droit cependant s’est habitué à la diabolisation de la gauche.
Il choisit majoritairement l’alliance politique assumée, en votant pour un nouveau gouvernement de coalition, associant les ministres technocrates précédents, les dissidents du Zentrum, le petit parti de la droite conservatrice, et donnant la chancellerie au dirigeant du parti d’extrême droite, Adolf Hitler.
Deux mois plus tard, malgré des élections pas si favorables, le centre et la droite votent les pleins pouvoirs à Hitler pendant que la gauche est interdite, ses organes de presse interdits et saisis, ses dirigeants arrêtés et envoyé dans les premiers camps de concentration.

La tentation von Papen n’est donc pas l’assimilation de la situation actuelle à Hitler mais décrit l’aboutissement de la crise économique, sociale, morale et politique aboutissant à la phase précédant l’accession de l’extrême droite au pouvoir.

Il y a aucune évolution inéluctable : il est toujours possible pour le centre droit français de rejeter la marche vers un gouvernement Bardella ou une présidence Le Pen en acceptant de tolérer – et donc de contrôler – un gouvernement du NFP.
Ce serait le respect de l’expression électorale du peuple souverain français.

En France, les français ont décidé de refuser le pouvoir au RN.
Ils ont, en votant pour les candidats soutenus par le front républicain aux deux tiers, dit qu’ils souhaitaient une forme d’accord entre eux.
La logique aurait dû être dès lors un gouvernement du NFP sous la tolérance, même temporaire, du bloc central.

C’est là le scandale démocratique : non le fait que les électeurs français aient choisi de suivre le front républicain – le peuple souverain fait ce qu’il veut – mais le fait que la force arrivée deuxième grâce à la force arrivée première décide l’alliance avec la force arrivée troisième à laquelle elle s’opposait au second tour des élections.

C’est là que les trois partis macronistes ont encore une fois, sous l’impulsion de Macron, trahi la volonté souveraine.

Que Le Pen ait été la conseillère de l’ombre de Macron pour choisir Barnier et les ministres de ce gouvernement confirme également ce que l’on savait déjà en observant l’extrême droite en Europe : partout, elle s’allie avec le centre droit. Elle épouse sans problème l’agenda économique et social des austeritaires néolibéraux.

Le Pen a toujours été la garantie de Macron pour rester au pouvoir. La collusion sur les questions matérielles est ainsi plus importante que les désaccords sur les questions européennes.
Les macronistes s’habituent d’ailleurs avec le gouvernement Barnier à abandonner le « progressisme » sociétal.
Accepter Retailleau et toute la bande des chrétiens ultramontains, homophobes, anti laïcité, c’est se préparer à aller plus loin encore avec le RN.

Mais je ne suis pas sûr que l’électorat de base du RN soit aussi enthousiaste à l’absolution de Macron et ses troupes…
Et je suis très curieux de voir quel nouveau récit va être fabriqué de toute pièce pour rendre responsable de tous les maux la seule force politique d’opposition en France : le nouveau front populaire.
C’est qu’il va bien falloir vendre les réactionnaires de la droite tolérés par l’extrême droite à un électorat progressiste sociétal ayant voté au premier tour pour les partis macronistes et au second à 55% pour les partis de gauche.
On sait que l’électorat de la droite LR s’était déjà plutôt peu impliquée dans le front républicain. Ciotti avait ici prefiguré la marche de l’histoire d’une droite ayant étouffé et liquidé le gaullisme.

Il est temps pour les députés du centre droit de connaître un moment de vérité. Le 2 octobre 2024 pourrait devenir leur « 10 juillet 1940 ».

Soyez courageux : votez la censure.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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