Il n’y a pas de réservoir magique à gauche

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La gauche reste donc à 30% des voix que la participation soit de 46% comme au premier tour de la législative 2022, de 54% aux Européennes 2024 ou de 67% au premier tour de la législative 2024.

Contrairement à un récit très populaire à gauche, et notamment à LFI, l’abstentionnisme n’est pas en soi une réserve de voix progressistes. L’augmentation de la participation n’a pas changé le rapport de force entre droite et gauche.
Elle a même au premier tour des législatives comme aux Européennes favorisée l’extrême droite.

Une traduction de cet effet fut visible dans la circonscription où je vis, où le RN joue un rôle marginal. On y verra donc l’illusion de la « mobilisation des abstentionnistes » comme clé de victoires futures à gauche, en dehors des biais d’analyse sur l’interprétation du vote pour l’extrême droite, biais particulièrement émotionnel dès qu’il s’agit des territoires en France.

La 7eme circonscription des français de l’étranger a vu une mobilisation considérable aux législatives 2024.
Entre 2012, où seulement 21 000 électeurs s’étaient déplacés, et le second tour de 2024, 60 000 votants, la participation en chiffre absolue a quasi été multipliée par 3.
Le nombre d’inscrit n’a pas augmenté dans cette proportion : +46%.
La participation passe ainsi de 23% en 2012 à 48% en 2024. C’est un doublement de la participation.
Même en 2022, on était qu’à 30% de participation (arrondi).

Cette mobilisation n’a pas changé le rapport de force électoral. En 2022, la candidate avec étiquette LFI finissait 8 points derrière le candidat macroniste au premier tour, et 20 points derrière au second.
En 2024, elle finit 5 points derrière au premier, et 16 points derrière au second.
La force de l’étiquette « Centre europhile, Macron rempart de la démocratie » fonctionne très bien auprès des français de l’étranger. 10 des 11 circonscriptions sont ainsi restées ou passées dans le camp macroniste.

Pourtant, le résultat des Européennes laissait espérer de meilleurs résultats pour la gauche à des législatives tenues seulement 3 semaines plus tard, au même endroit, tant dans la septième circonscription que dans les autres circonscriptions.
Dans la septième, le total des voix de la gauche dépassait aux Européennes les 52%, soit 10 points de plus que le score de la candidate insoumise au second tour. Où sont passés ces 10 points?
Est-ce que la mobilisation a profité au camp macroniste ou est-ce que l’étiquette a entraîné un rejet d’un vote s’étant porté sur des listes de gauche ?

La première explication d’un tel échec électoral, cinglant il faut bien le dire, est souvent recherché dans les qualités de campagne respectives. Il faut bien avouer ici que chez les français de l’étranger le contenu et la qualité des campagnes joue un rôle, mais marginal comparé au poids des étiquettes.

La campagne de la gauche rassemblée fut joyeuse, nombreuse, avec des événements partout dans la circonscription, un dévouement admirable des candidates et de leur équipe de campagne, et une unité de la gauche en béton. Pas de fausse note, pas de dissidence cette fois.

Le camp macroniste avait suscité, comme à chaque élection, deux candidatures alliées, chargée d’inspirer la confusion d’étiquettes : les écologistes macronistes, et un candidat individuel se prétendant social démocrate sans avoir le soutien d’aucun mouvement social démocrate, ayant un membre de sa famille en suppléant. Il trouva cependant les 5 000 euros nécessaire à l’impression de ses bulletins. Les deux réalisent au total 10% des voix. Les deux participèrent au discours stigmatisant l’union des gauches du nouveau front populaire en l’assimilant à LFI, présenté comme un pôle de radicalité insupportable, jouant à fond le rejet de la personne Melenchon chez les français de la circonscription.
En 2022, Anne Hidalgo comme Jannick Jadot doublaient leur score par rapport à la France, et Melenchon finissait près de 18% soit 4 points en dessous de son score national, alors même que le total gauche était supérieur au score national.

Frédéric Petit, le député sortant, n’a pas fait de bonne campagne. Agressif, faisant peu de rassemblement, ne disposant pas d’un élan militant comparable à celui suscité par le NFP, il a engrangé l’effet d’étiquette et le vote des plus de 45 ans.

Une analyse démographique démontrait que la circonscription était majoritairement constitué de parents, âgés de plus de 43 ans, et de leurs enfants jeunes majeurs, binationaux souvent.
La campagne très active des insoumis a mobilisé très fortement une population de français de 20 à 40 ans arrivés relativement récemment dans la circonscription. Je fus frappé, à la première réunion électorale, combien des 100 personnes présentes ignoraient la campagne des consulaires à Berlin de 2021, où je fus tête de liste GRS-LFI rassemblant 11% des voix, où la liste conduite par l’écologiste Stephan Maigne réalisait 50%. Tant Stephan et moi étions ce soir là deux inconnus, et parmi les plus âgés de la salle.

Nous fûmes, ainsi que notre sociologie électorale – des Français résidant depuis plus de 10 ans, dans nos cas depuis plus de 20 ans, dans nos pays de résidence – peu activés, dans une campagne joyeuse, et jeuniste.

L’étiquette, et l’identification : Frédéric Petit a joué à fond la carte de l’identification sociologique – père de binationaux, présent depuis plus de trente ans dans la circonscription.

Le ministère des affaires étrangères n’a pas aidé la campagne du nouveau front populaire.
Conscient du problème d’étiquette, la profession de foi NFP faisait la part belle à l’unité des gauches plurielles, au caractère local de la campagne. Le ministère envoya une profession de foi non validé par la candidate, avec Melenchon en grand dessus.

Mais même cette péripétie ne peut expliquer le retard pris au premier tour : ce matériel de premier tour fut livré surtout après le vote du premier tour…

On peut donc regretter que la campagne n’est pas sue épouser la sociologie démographique de la circonscription. D’autres diront que diversité et mixité jouent une rôle plus important.

Si on écarte donc les facteurs liés à la mobilisation et ceux aux facteurs sociologiques, il reste l’étiquette.

Dans la troisième circonscription comme dans la quatrième, au Royaume Uni-pays nordique comme au Benelux, les deux candidates NFP sont passées très près de la victoire : à 350 voix près pour l’écologiste et 150 voix près pour la socialiste. Ce sont des écarts faibles, ouvrant la voie à des contestations, et donnant l’espoir d’une conquête à la dissolution de 2025.

Malheureusement, malgré le triplement de la participation dans la septième circonscription, l’étiquette insoumise ne permettra jamais d’ébranler le Modem.

L’effet d’étiquette dépasse les corrections locales. C’est injuste, car la candidate Asma est une personne de grande qualité, plus écologiste qu’insoumise.
Mais l’étiquette est un fardeau empêchant de rassembler au second tour les 10% d’électeurs anti-insoumis votant pourtant contre les macronistes aux européennes ou au premier tour.

Revenons en France.

Les tour et les faubourgs, ou les quartiers ?
Une polémique absurde s’est levée pendant la campagne au sein des insoumis entre des « purgés » et les loyalistes. L’enjeuorte sur trois éléments stratégiques :

  1. Quel degré de démocratie interne peut supporter une organisation conçue exclusivement pour remporter la présidentielle, donc organisée autour de la figure dominante du présidentiable – l’effet bobinette que je critique depuis 2012.
  2. Quelle stratégie électorale sera la plus efficace, tant en moyens qu’en temps, pour assurer cette victoire, supposée automatique une fois passée le premier tour ?
    Il s’affronte ici plusieurs théories:
    celle de la rupture par le clivage, notamment illustrée par Manuel Bompard dans une vidéo souvent distribuée pour justifier le « bruit et la fureur », et annonçant une pratique radicale dans l’exercice du pouvoir conditionnée par la violence même des clivages portés avant la prise de pouvoir,
    Celle d’une réconciliation des territoires et des quartiers, nécessitant de prendre à bras le corps les géographies où la gauche disparaît depuis 2012, pour les reconquérir maison individuelle par maison individuelle,
    Celle d’un message universaliste de la République seul gage d’émancipation, mais s’appuyant sur une alliance des classes bourgeoises liées à la dépense publique et les classes populaires dépendant de la redistribution sociale.

L’analyse marxiste des rapports de production et des classes sociales en decoulant est devenu dans ce contexte extrêmement marginal, selon la vision qu’avec une industrie à seulement 10% du PIB il n’y a plus de classe ouvrière consciente d’elle même.
L’atomisation individualiste libérale renverrait les individus non à leur classe mais à des composants essentialistes de leur identité ou de leur communauté – genre, religion, langue, couleur de peau, identité migrée ou non.

Pourtant, l’analyse matérielle continue de donner des clés d’interprétation.
L’Insee a produit son rapport sur la pauvreté en 2022. Elle est supérieure à … 1996.
Cette évolution est en partie corrigée par la redistribution, qui est en France plus élevée en proportion que dans les autres pays européens.
Mais l’analyse des inégalités de revenus confirme ce que l’analyse des 14% des français pauvres – un français sur sept – laisse supposer : la distribution des richesses produites est de plus en plus inégalitaire, la disparition de l’industrie au profit de secteur de services accélère la concentration vers le haut des patrimoines et des revenus. La perte de la production a des conséquences sociales, géographiques, et culturelles importantes.
Les gauches, qu’elles aient gouvernées entre 2012 ou 2017 ou non, n’adressent pas les sujets liés à la perte d’identité culturelle conséquente à la perte d’identité productive. Si les classes productives n’existent pas, la culture productive n’a pas rang politique. On va donc s’intéresser à d’autres classes, dont la concentration géographique de plus promets une mobilisation électorale plus efficace à moindre investissement en temps et en personnes.

La France Insoumise avait en 2017 une belle opportunité territoriale. C’est l’un des éléments que les insoumis ont toujours refusé d’entendre lorsque, en 2018 et 2019, nous les avons rejoints dans une coalition électorale. Le vote Melenchon de premier tour est ancré dans des territoires où en 2024 le RN est largement en tête. Pour un Ruffin, combien de Hénin Beaumont?
Il semble ici que la douleur narcissique du présidentiable, battu sèchement par Marine Le Pen, joue un rôle.
Mais il y a aussi un autre sujet.
Le week-end du 8 décembre 2018, je suis, avec les membres de l’aile gauche du Parti socialiste venant de le quitter, à Bordeaux pour le congrès d’investiture des candidats insoumis aux Européennes. Sans que nous le comprenions vraiment, vu le caractère particulièrement opaque du fonctionnement insoumis, une purge est en cours.
Au même moment, c’est le week-end décisif de « l’acte 1 » des Gilets Jaunes. Je suis frappé alors du peu d’écho du mouvement dans la salle. On ne thématise pas la grande insurrection populaire. On est même surpris de l’ampleur de la mobilisation. Nous avions alors des militants sur les ronds points, nous demandons à rejoindre le cortège bordelais. Mais il y avait dans la salle l’idée que cette insurrection populaire était moins importante que la chorégraphie d’une journée d’investiture écartant une partie universaliste du Parti de Gauche de la direction du mouvement.
Le 8 décembre, c’est le week-end où les Gilets Jaunes ont failli prendre l’Élysée.
C’est aussi le week-end qui fait tant trembler l’établissement qu’il lâche des dizaines de milliards dans la foulée.
2019, c’est la seule année, d’après l’Insee, où la pauvreté baisse significativement sous Macron.
L’insurrection des ronds points a arraché avec ses mains arrachées et des yeux crevés la seule amélioration matérielle pour les classes populaires, et non par l’aumône, mais par le salaire, entre 2004 et 2024.

La répression fut féroce. La violence terrible des années Macron est aussi un profond traumatisme, aussi violent qu’une guerre civile.

Après la parenthèse du Covid, où Macron démontra se soucier comme d’une vieille chaussette de santé publique, des classes travailleuses, des libertés publiques, on vécut un nouveau mouvement social d’envergure où encore une fois le rôle des partis politiques en général, et de la gauche en particulier, fut marginal. C’est pourtant dans les divergences de tactique parlementaire et dans le cavalier seul des insoumis à l’assemblée nationale que meurt la coalition électorale de la NUPES.
Entre temps, LFI a fait deux choix dramatiques, à mon avis perdant, mais il y a plein de théoriciens pour nous expliquer que « mais si ça va marcher, et de toute façon si on prends le pouvoir pour pas gouverner radicalement ça sera à rien de prendre le pouvoir » – ce qui laisse sous entendre que pour prouver une théorie juste, certains insoumis préfèrent Bardella à Matignon.

Tant entre 2018 et 2021 qu’entre 2022 et maintenant, LFI ne mène aucune stratégie de conquête géographique.
Est-ce que le fonctionnement présidentialiste exclue de fait l’apparition de dirigeants locaux devant leur légitimité non au chef mais à leur propre personne en emportant des municipales et des départementales?
Le RN a su surmonter cet écueil et construit ses succès électoraux sur l’implantation de plus en plus locale.
Certes, aux législatives de 2024, c’est le vote d’étiquette qui a joué à plein.

Mais on est frappé de l’absence de stratégie locale. C’est un obstacle pour toute la gauche.

Cette faiblesse s’accompagne de diversions inutiles. Les moyens mobilisés pour tenter de faire battre – en vain – les purgés de 2024 ont manqué pour sauver des sortants insoumis.
LFI est ainsi le parti, en 2024, à gauche, qui réussit l’exploit de perdre des sièges en net. Son groupe parlementaire est plus petit en 2024 qu’en 2022. Le Parti socialiste et ses alliés pourrait le dépasser en nombre.
La performance électorale de l’étiquette insoumis fut médiocre tant face au RN que face à Ensemble. De plus, la sur représentation de LFI dans les désistements s’explique aussi par la mauvaise performance relative de ses candidats au premier tour, non qualifiés comme deuxième ou premier, mais en troisième position.
Mais dès les municipales et les cantonales du quinquennat précédent apparaissait une impasse stratégique de LFI. Celle-ci d’ailleurs lui coûta l’alliance avec notre parti, ainsi que le choix idéologique de tourner le dos à l’universalisme des lumières pour une lecture essentialiste des rapports de force.

La révélation de la campagne 2024, c’est Marine Tondelier, présidente des écologistes, élue d’opposition depuis 2014 face au RN à Hénin Beaumont. Elle a réussie à ringardiser tant Olivier Faure que Jean Luc Melenchon. Dans les débats, seul Manuel Bompard fit une bonne performance rhétorique comparable. Elle représente la difficulté de l’entreprise de reconquête électorale. Son livre sur les énormes pressions du RN dans son travail d’élue d’opposition illustre que la lutte contre le RN n’est pas la fête joyeuse promise par les « groupes d’action » à l’esprit positif. C’est une bataille permanente.
Au local.

Les péripéties parlementaires à compter du 18 juillet serons intéressantes. Mais Macron, président irresponsable dont la psychologie vulnérable rends incapable d’assurer sa fonction – oui, la question de sa démission, comme le disait de Villepin hier, va se poser au plus tard en 2025 – reste maître de la nomination à Matignon, suivant la lettre de la constitution, et non son esprit ou la tradition républicaine.

En tout état de cause, l’élection de 2024 et sa participation massive permets de comprendre une chose : pour la gauche il n’y a pas trente six chemins pour conquérir le pouvoir.

Soit la gauche réussit à conquérir une partie de l’électorat populaire votant actuellement RN – et qui n’est pas pur et innocent, au regard de l’idéologie antiraciste – soit la gauche doit conquérir une part importante de l’électorat europhile et paisible macroniste.
Évidemment, reconstruire une alliance du cœur de la gauche, à 30%, de 5 points de plus issus des classes populaires ouvrières et employées des zones périurbaines, et 5 points de classes libérales bourgeoises a conscience sociale, pour atteindre 40% dès les premiers tours, nécessite d’autres instruments politiques, d’autres personnels, d’autres énoncés que ceux actuels.

Mais Melenchon a prouvé en 2017 pouvoir convaincre les 5 points populaires. Il perds 2022 car il perds trop justement dans ces couches là par rapport à 2017 – un électorat passé en 2022 à l’abstention, en 2024 au RN.
Le PS avec place publique a démontré pouvoir reconquérir les 5 points des classes bourgeoises ayant votées Macron en 2017, sans pouvoir les retenir en 2024 aux législatives dès le premier tour.

Ci-joint, quelques images illustratives de mon propos.

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Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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