Flux et reflux

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Je viens de lire un article du Spiegel sur une petite révolution idéologique.
J’en tire quelque analyse pour l’Europe.

Les socio-libéraux au sein du SPD sont appelés les “Seeheimer” du nom d’un lac où ils se réunissent chaque année.
Ils ont longtemps dominé le SPD en s’alliant avec des groupes plus ou moins opportunistes. Schröder finit son mandat avec des Seeheimer. Gabriel, Steinbrück, Steinmeier, Scholz sont tous proches de ce cercle. Pour Scholz, cela va même plus loin : longtemps, le président du courant fut un député de Hambourg, condamné depuis pour corruption et fraude électorale, qui organisa la totale loyauté du parti au futur chancelier, maire de Hambourg.

Ils ont été toujours sur la ligne de la “règle d’or”. Lorsque Merkel, à trois reprises, a gouverné en coalition avec le SPD, ce sont surtout les gens de ce courant qui ont tenté de bloquer tout débat économique sérieux au sein du SPD. Lorsque Merkel refuse à la France en novembre 2015 d’exclure les dépenses sécuritaires face au terrorisme islamiste du pacte budgétaire, ce cercle applaudit.

Et bien les représentants de ce cercle annoncent en pleine crise sociale due à l’inflation, et une transformation de l’économie nécessitant d’énormes investissements publics, qu’ils sont enfin prêts à financer quelque chose avec de l’emprunt.
C’est un changement de paradigme proche de celui fait par l’église reconnaissant que la terre tourne autour du soleil…

Effrayés de voir ce qu’il se passe avec leurs frères idéologiques dans les autres pays fondateur de l’Union Européenne, en Italie, aux Pays Bas, peut-être en France ce week-end, le courant responsable de l’abandon de la démocratie par les classes populaires en organisant l’abandon des classes populaires par la social démocratie a un réflexe de survie.
Oui, il faut financer “des logements qu’on peut se payer”, “des infrastructures partout sur le territoire” et “plus de moyens pour la protection civile comme pour la sécurité des citoyens” avec une réforme fiscale et de l’emprunt.
Leur programme est très modéré.
Pourtant, le même programme, porté par la gauche grecque en 2015 ou la gauche française en 2024, fut désigné comme “extrémiste et irresponsable”, et combattu avec l’extrême injustice médiatique et politique des classes dominantes.

Mais c’est le signe que le tremblement de terre du côté occidental du Rhin est en train d’ébranler – bien tard – ceux qui par leur myopie sociale l’ont provoqué.

C’est sur cette question d’ailleurs d’orientation fondamentale du nouveau budget que la coalition gauche plurielle-libéraux pourrait tomber à la fin de l’été.
Le libéral Lindner est persuadé qu’il est plus important de défendre les revenus de ses riches donateurs plutôt que de préparer le pays à une transformation massive. Myope, il ne voit que le risque pour le portefeuille des très riches, sans voir que cette transformation pourrait relancer l’économie européenne, et engager le difficile processus de réconciliation des classes populaires et de la démocratie.
La droite allemande hésite encore entre un populisme de bouc émissaire à la Boris Johnson et un ultra-libéralisme à la Milei, entre l’alliance avec des partis extrémistes et l’alliance au centre.
L’extrême droite est en embuscade, observant la France et l’Italie pour adapter leur méthode de conquête du pouvoir.
Le seul parti qui a réussi à stopper la progression de l’AfD dans les territoires, c’est l’alliance de Wagenknecht, qui cependant pose des problèmes sur les alliances géopolitiques. Néanmoins, la droite régionale de Thüringen et de Saxe envisage de s’allier avec ce parti pour éviter des gouvernements régionaux de l’extrême droite.
Les élections sont en septembre.

La facture sociale du mercantilisme merkellien, au cœur des politiques européennes de 2005 à 2020, en crise depuis le Covid, est présentée dans tous les pays d’Europe.
C’est, comme certaines voix dont je suis le prévoyaient déjà il y a plus de 12 ans, la participation au pouvoir des extrême droites partout en Europe.

Le seul contre exemple, c’est sans doute le pays où la cupidité myope des conservateurs est allée la plus loin, alliée à une presse hystérique diabolisant bien plus sûrement la gauche que les extrême droites.
J’étais salarié en Grande Bretagne quand le modéré Miliband perdit face à Cameron. Quel barrage de feu médiatique il avait subi!
Cameron savait cependant que les oppositions à ses politiques austeritaires lui coûterait le soutien populaire. Il avait lancé des 2013 une campagne xénophobe contre les citoyens européens, cherchant des boucs émissaires pour sa politique sociale. Il lança le référendum du Brexit avec la même déconnexion du réel que l’Elysee en 2024 dès sa victoire législative, voulant aussi empêcher la réconciliation du Labour et des classes populaires que risquait de réussir Corbyn.
Il perdit ce référendum. Drôle de campagne : taper sur l’UE comme source de tous les maux tout en demandant à y rester…
Le Brexit a fait diversion, le corbynisme s’est abîmé dans la complaisance à lantisemitisme minoritaire des gauchistes, et la Grande Bretagne a perdu 8 ans. Jeudi prochain, les sondages prévoient enfin la défaite de ce parti corrompu, incompétent, et irresponsable des conservateurs, après une dissolution prononcée par leur premier ministre.
Le Labour devrait emporter plus de 400 sièges, et une confortable majorité.

Vous pouvez lire cet article dans le nouvel exemplaire du magazine, dont je vous mets la page de couverture pour que vous ne vous vous trompiez pas à votre kiosque, en Allemagne, ou en France, où souvent le nouvel exemplaire est rangé derrière l’ancien.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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