
Tel un collégien courant vers sa maison, le cahier de correspondance rempli des commentaires du professeur principal, ou la lycéenne fouillant les listes à la recherche de son nom pour les résultats d’un bac, les éditorialistes des médias en main privée industrielle et les partisans idéologiques du président Macron ont attendu leur “note”.

Ils ne sont plus des écoliers pourtant.
Les agences de notation étaient autrefois des acteurs nécessaires pour comparer les niveaux de risque des dettes publiques, et aider les acheteurs de dette à évaluer tant leur chance de retour – le paiement des intérêts devenant une rente pour le créancier – que leur perspective de récupérer un jour le principal – ce qui est rarement l’objectif, les acheteurs de dette publique sont des institutions et des entreprises spécialisées et non des riches particuliers devant vendre leur capital en fin de vie pour financer un Ehpad et de lourds traitements médicaux.
Les États ont ceci de particulier qu’ils sont, à l’échelle humaine, immortels. C’est à dire qu’il est impossible que la dette s’efface suite à un décès sans descendance.
Le pire qu’il puisse arriver à un acheteur de dette publique, si c’est une personne physique, c’est la liquidation physique: le royaume de France a régulièrement éliminé sur des bûchers ou par expulsion/expropriation ses créanciers, et ce bien avant Philippe le Bel, le prétendu “saint” Louis, l’un des inventeurs de l’antisemitisme francais, pratiquait l’affaire.
L’histoire est pleine de moments où les détenteurs physiques d’obligations se retrouvent exterminés et expropriés, avec ou sans prétexte racialiste.
Pour les institutions, la question est financière: quelle probabilité d’une grande stabilité dans la rente que je perçois et dans le maintien de la valeur du capital que j’ai immobilisé.
Si je prête 100 euros à un État me payant 3 euros d’intérêt annuel sur 30 ans, et cet État est considéré “sûr”, en fait, c’est comme un compte courant rémunéré. Je peux, institution financière ou fonds de pension ou banque privée, écrire mes 100 euros comme actif et emprunter moi même 100 euros que je peux placer sur des choses plus risquées – bulle spéculative immobilière, spéculation sur les prix du blé, du gaz, du pétrole, spéculation sur les startups ou la bourse.
En fait, les règles issues de la crise bancaire de 2008 – les banques n’ont jamais remboursées l’argent public employé pour sauver l’économie – permettent non d’emprunter 100 euros pour 100 euros “sûr”, mais jusqu’à 2500 euros selon les statuts…
Les notes de la dette publique ne servent qu’à donner des éléments de comparaison et de calcul quant à cet élément de levier.
Si j’ai 100 euros de dette d’un pays mal noté, je vais sans doute récupérer une rente plus élevée, ce pays ayant des plus haut taux, disons 15 euros par an.
Mais je ne pourrais pas lever 2500 euros, mais peut-être seulement 500 avec, car le risque d’un accident – restructuration de la dette par le FMI – pourrait réduire le montant de mon titre de dette.
Le problème, c’est que les agences de notation notent aussi les entreprises financières, et n’ont RIEN vu venir en 2008.
Elles ont été de plus souvent les acteurs de crises de dette publique qu’elles ont provoquées sans que les critères objectifs le justifiait, testant dès 2010 la solidité de l’Euro en s’alliant avec des fonds spéculatifs.
La crédibilité des notes est nulle.
De plus, les risques et les incertitudes géopolitiques, climatiques, politiques, mettent le niveau de risque pour les investisseurs à des niveaux physiques: si 100 milliards de valeur immobilière sur les côtes de Floride et de Louisianne doivent être dépréciées pour cause de montée des eaux, on comprend que l’enjeu est un peu différent qu’un trou temporaire de 10 milliards dans le budget d’un État.
L’annonce de S&P n’a pas entraîné de dégradation massive et immédiate des conditions d’emprunt de l’Etat français.
C’est logique : en 2024, même avec un endettement à 112% du PIB, la France paye deux fois moins d’intérêt qu’en 1984, avec seulement 62% d’endettement rapporté au PIB.
Les taux se sont effondrés depuis, et la dette publique n’est pas recherchée pour sa rémunération mais pour sa pérennité.
Or, la France dans l’Euro ne fera jamais « faillite ».
C’est un problème pour ces mauvais patriotes, ces traitres au peuple français, qui pullulent sur les plateaux et les gouvernements, dans Renaissance, chez LR, au RN et même encore au PS.

Alors on fait semblant que l’affaire serait grave, on proclame, comme Fillon irresponsable en 2010, « la faillite », on invente des « cessation de paiement futur », on fait peur en dégradant l’image de la France sur les marchés financiers.

Cette attitude vise une chose : liquider la sécurité sociale pour la privatiser aux mêmes industriels propriétaires de journaux et de télévisions.
C’était déjà écrit explicitement dans le projet Macron de 2017, je renvoie à mes décryptages de mars 17.
Mais ils ont besoin d’un choc.
Alors, s’en foutant des français comme de la France, on mets en scène une crise financière qui n’existe pas.

Seule la République sociale peut nous sortir de cette course stupide à l’abîme.



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