Le génie des prévisions technocratiques libérales, c’est qu’elles servent l’intérêt d’un petit nombre, tout en se plantant constamment.
En 1963, un rapport très officiel prévoyait, vue la croissance démographique, le raccourcissement du service militaire avec la fin de la guerre d’Algérie, l’arrivée d’un million de réfugiés européens fuyant l’indépendance algérienne, et la croissance industrielle, la fin de l’immigration du travail en France.
Pourtant, l’immigration du travail va s’accélérer entre 1963 et 1973, date à laquelle les premiers décrets et lois limitant l’immigration sont décidés.
L’immigration se tasse jusqu’en 2000, et c’est après l’ouverture des frontières à l’intérieur de l’espace de Schengen que la France retrouve un solde migratoire positif, relativement faible comparé à l’Allemagne, le Royaume Uni ou la Pologne.
En 1993, en pleine crise monétaire et économique, Balladur et son ministre du budget, Sarkozy, décident d’utiliser les caisses de retraite comme correcteurs budgétaires. C’est la première des 7 grandes réformes allongeant la durée de cotisation et durcissant les modes de calculs.
Ils suscitent de nombreux rapports, qui alimenterons aussi leur discours de réduction des moyens pour l’éducation nationale (et l’aspiration à plus de sélection), prévoyant sur trente ans une catastrophe démographique française sur le modèle allemand.
C’est exactement l’inverse qui va se produire : la démographie française, au lieu de chuter pour se rapprocher de l’allemande, va rester dynamique et excédentaire jusqu’en 2023.
La démographie allemande négative depuis 1975 oblige ce pays à importer de la main d’œuvre continuellement, y compris par la réunification et la vitrification de l’économie est-allemande amenant ses cadres qualifiés à partir à l’ouest, l’amenant à repousser l’âge de départ à la retraite à 67 ans, mais aussi, lui fait économiser entre 1975 et 2025 l’équivalent de 2000 milliards de dépenses sociales, privées et publiques, correspondant aux besoins pour accoucher, élever, éduquer les enfants qui ne sont pas nés. Ce coût, ce sont d’autres pays, d’émigration, qui les ont payés. Et ces 2000 milliards correspondent au montant des excédents commerciaux allemands entre 2009 et 2020. Le pays avait les moyens – ou bien est ce par son refus de créer une société favorable aux projets de vie avec enfants que l’Allemagne fut compétitive? L’alliance mercantile avec les pires dictatures de la globalisation afin de produire avec de la pollution exportée en Chine, à des coûts énergétiques très bas grâce à l’accord pétrolier et gazier avec la Russie, a aussi contribué à la “réussite du modèle allemand”, qui est en train de s’effondrer.

Mais donc nos compères de droite, qui vont dominer les idéologies des politiques publiques pendant 30 ans, font créer des rapports alarmistes sur la démographie française.
Depuis 1993, la France a “produit” près de 200 000 enfants par an en excédents de ses décès. Sa population active, au lieu de s’effondrer, n’a cessé de progresser.
C’est un problème pour nos technocrates, qui pensaient pouvoir imiter le modèle démographique allemand et ainsi économiser 2000 milliards de coûts sociaux, publics et privés, en crèches, écoles, centres pédiatriques, aires de jeu, enseignants, personnels soignants, aides sociaux, etc. C’est la cause du sous investissement chronique de nos services publics.
Certains disent “oui mais on a le record mondial de prélèvements obligatoires, on a le record mondial du part des dépenses publiques rapportées au PIB, le record européen de la dette publique”.
Ah mais c’est que nos technocrates libéraux, de Balladur à Macron en passant par Le Maire, Moscovici, Fillon, Fabius, Borne ou Philippe, sans oublier Les amis de Bayrou, sont aussi nuls en économie privée.
En France, l’histoire nous enseigne que la part des dépenses publiques rapportées au PIB diminuent lorsque ce PIB progresse plus vite que ces dépenses.
L’histoire nous enseigne aussi qu’à chaque fois qu’on a coupé dans les dépenses publiques pour tenter de baisser ce rapport, on a obtenu l’inverse : l’effet récessif de ces coupes ralentit encore plus le PIB, alors que de nombreuses dépenses publiques ne sont pas dynamiques, mais statiques.
L’histoire enfin nous enseigne qu’à chaque fois que la part des prélèvements obligatoire dans notre pays a progressé brutalement, c’est en réponse à des crises d’ampleur mondiales mettant en jeu la survie même de notre nation.
Je disais entre 2017 et 2019 qu’il serait de bien meilleur politique de tout faire pour prévenir et empêcher le retour de ces crises existentielles mondiales pour réduire la part du public dans l’économie française que toutes les économies de bouts de chandelle et les souffrances imposées aux fonctionnaires ces 40 dernières années. Si la santé publique avait été au cœur des réflexions, comme la lutte contre les déséquilibres géopolitiques et énergétiques, on aurait peut-être évites les crises de 2020-2022.
Car ces crises existentielles mondiales, on les retrouve dans les courbes de nos dépenses publiques : elles s’appellent la première guerre mondiale, la crise de 1929 et surtout le retour trop tôt aux politiques d’équilibre budgétaire en 1932-35 empêchant la reprise, la seconde guerre mondiale, la crise pétrolière et financière de 1973-79, la crise financière de 2008 et surtout la récession européenne causée par un retour bien trop tôt aux politiques d’équilibre budgétaire de 2011-2013, et finalement, la crise économique induite par la pandémie du Covid et la guerre d’agression russe en Ukraine, et son corrolaire, l’explosion des prix de l’énergie, puis l’inflation par cupidité des actionnaires.
Mais nos technocrates libéraux, en théorisant “l’entreprise sans usine” et la victoire des emplois du tertiaire, en voulant l’extrême concentration dans la distribution, l’agriculture, les médias, l’industrie, et la délocalisation des emplois industriels, ont créé une économie française à faible productivité.
Or, pour que le PIB progresse plus vite que la courbe, statique, des dépenses publiques, il faut que les emplois gagnent en productivité. En remplaçant des emplois d’ouvriers qualifiés hautement rémunérés par des emplois de chauffeurs livreurs précarisés, on a réduit le potentiel de productivité en France.

Nos libéraux technocrates ont bien saisi confusément que leur propre cadre de référence ne marchait pas. Ils ont alors inventé la notion de “coût du travail” comme “frein à la compétitivité” et la nécessité de “chocs de compétitivité” pour retrouver une croissance forte du PIB, et rééquilibrer le commerce extérieur.
Entre 1998 et 2002, le solde commercial français est en excédent. La balance des paiements est excédentaire. La France peut financer des investissements publics importants notamment parce qu’elle produit et vends plus que ce qu’elle consomme. En terme “privé”, la France fait du bénéfice. Elle est encore en équilibre en 2005.
Grâce à la conduite libérale technocratique de l’économie, la France en 2023 a un déficit commercial abyssal de 100 milliards.
C’est cela la faillite française, mais elle a rien à voir avec l’évolution des dépenses publiques!
Par contre, elle a à voir avec l’effondrement des recettes, et les choix, législatifs, budgétaires, politiques, économiques, fait pendant la période.
En refusant de construire un nombre suffisant d’écoles, de centres pédiatriques et médicaux, d’embaucher, les libéraux ont bien sûr réduit la demande intérieure.
En proclamant, notamment suite à une offensive idéologique dans les années 2010 comparant la France au “modèle allemand” sans parler de démographie ni de gaz naturel russe, que les coûts du travail étaient l’origine du déficit commercial, les libéraux ont poussé à une baisse générale des salaires, que ce soit en augmentant la durée de travail effective dans la semaine ou dans la vie, en baissant les cotisations pour pouvoir baisser les prestations d’assurance chômage, maladie, et retraites.
À cette déflation des salaires qui a de fait ralenti la demande intérieure se sont ajoutés deux instruments à la fois économiques et idéologiques.
Le premier, c’est l’idée que si la France relance la demande, c’est à dire augmente les salaires et le pouvoir d’achat, les français (le peuple ignorant) va se jeter sur les biens de consommation produits à l’étranger. Le fait que la France ne produit plus grand chose puisque l’idée était d’avoir des entreprises sans usines est pourtant ce que nos libéraux désiraient.
Le deuxième instrument, qui contribue directement aux déficits publics, à l’augmentation de la dette, ce sont les baisses de recettes fiscales par l’intermédiaire des centaines de milliards de subventions aux entreprises.
Du CICE, un échec complet sur ses objectifs définis dans la loi de 2013, aux différents cadeaux fiscaux de Macron, on en est à près de 200 milliards de coûts budgétaires cumulés.

Et bien ces 200 milliards, en l’absence de gain de productivité, et donc, l’absence de bénéfices nets de l’économie française, ont été entièrement absorbés par la rémunération des propriétaires des grandes entreprises du CAC40, par le biais de dividendes et de rachats d’actions, et d’augmentation des salaires des 1% salariés du privé les mieux payés (+30% en dix ans). Or, 40% des bénéficiaires de ces transfers directs du budget de l’état aux actionnaires sont des fonds étrangers, Nicolas Sarkozy ayant en son temps accéléré l’internationalisation financière tant de la dette publique que du capital des entreprises du CAC40.
Si la productivité stagne, le capital se rémunère forcément ailleurs. Il a siphonné l’argent public sans jamais être tenu au moindre contrôle, à la moindre conditionnalité. Rappellons ici que c’est Cazeneuve qui avait refusé de conditionner le CICE dans un échange brutal avec Jérôme Guedj en 2013.
11 ans plus tard, cette décision idéologique libérale aura coûté à elle seule 60 milliards. Macron y ajoutera près de 140 milliards tout seul.
Et pourtant, le patronat français, comme entre 1929 et 1936, refusera d’investir, de réarmer la production industrielle française. Le taux de l’industrie dans le PIB est passé de presque 20% lorsque notre commerce extérieur était excédentaire il y a presque 25 ans à moins de 8% aujourd’hui.
Or, si la productivité ne peut pas augmenter, la croissance française ne tiens plus qu’à son dynamisme démographique, et aux dépenses publiques nécessaires.
Mais je vous l’ai dit au début : depuis 1993, nos technocrates libéraux rêvent d’une démographie à l’allemande, où on a pas besoin d’autant de crèches, d’écoles, de collèges, de cliniques pédiatriques, où l’allongement de la durée de travail avant la retraite réduit également les besoins en maisons de retraite, et ne nécessite qu’un investissement en cimetières et crematoires.

Alors depuis 1993 tout est fait pour transformer la société, la culture, la République française, pour que l’on soit dégoûté de faire des enfants.
L’égoïsme et l’individualisme, le manque de civilité, le communautarisme et le repli identitaire contribuent à baisser la démographie, qui pourrait devenir déficitaire en 2025. – 30 ans plus tard que les prévisions des démographes ayant justifié la reforme des retraites de 1993.
Macron aura, en embrassant un mode de gouvernement brutal et violent, anxiogène, confus et plein de contradictions, et par lors imprévisible donc peu propice à planifier une famille, crée en 6 ans une société hostile à la vie, à l’avenir, à l’enfance.
Il est donc logique qu’il souhaite aller jusqu’au bout de sa brutalité en menant la société française dans une guerre.
Mais c’est là où il a oublié que sa mission est, malgré un PIB croissant peu, malgré l’absence de gain de productivité, de générer des profits maximaux pour les propriétaires de capitaux.
C’est pour cela que de plus en plus, les classes économiques qui soutenaient les libéraux technocrates se tournent aujourd’hui vers l’extrême droite, de préférence libertaire, idéalement chrétienne.
Il ne s’agit nullement de bataille culturelle, mais une guerre matérielle pour siphonner les revenus nationaux.
Voilà les raisons pour lesquelles je continue de me battre politiquement: contre cette vision morbide, choisissant le néant sur la vie, et l’argent contre l’espoir.



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