Il y a des paroles idéologiques révélant à quel point la pensée stratégique d’une gauche pourtant un temps efficace pour stopper l’hémorragie électorale révèle des failles béantes dans la réflexion.
Ainsi, j’entends des voix faisant une équivalence entre « classes populaires », « populations racisées » et « minorité musulmane », voire plaçant le conflit entre « enfants de colonisés contre enfants de colonisateurs ».
Il y a en France 60% d’ouvriers et employés. Un certain nombre d’indépendants gonflent le chiffre d’un sous prolétariat auto-exploité dans une économie de services.
Il y a en France, d’après une statistique ethnique de l’université de Laval (Canada) 80 % de français originaires de régions faisant partie de l’espace géographique et historique français, et encore 8% issus de migrations européennes. Environ 12% de Français ont dans leurs origines des traces du passé colonial, ou des récentes migrations.
Seulement 8% des français se déclarent élevés dans la religion musulmane, et 6% d’entre eux se disent athées, 42% non pratiquants, et 82% « fiers d’être français ».
Cela fait donc beaucoup de français de classes populaires sans passé colonisé ni relation à un fait religieux minoritaire.

La réalité des classes populaires françaises dans leur immense majorité, c’est que la colonisation a dégradé leurs conditions historiques de vie en France. Beaucoup d’ailleurs se sont opposés aux opérations impérialistes de l’élite économique et politique. Y compris dans les campagnes, les paysans qui voulaient vivre de la betterave et de sa transformation en sucre ont dû contre leur intérêt et volonté laisser la place sur les marchés au sucre de canne issu de propriétés esclavagistes.
La flotte de navires négriers français encore active jusqu’en 1848 – le parlement faillit, pour défendre deux équipages de cette traite, exiger du gouvernement Guizot de faire une guerre navale aux britanniques en 1841 – était vu comme l’instrument de puissance dans le libre échange de cette première industrialisation et dès lors un instrument pour briser les communautés ouvrières qui s’étaient rebellées en 1830, 1832, 1834.
D’ailleurs, l’aventure algérienne, démarrée dès sous l’absolutiste Charles X, vise bien à créer un espace économique où l’on rêve de deporter les républicains et les socialistes.
Jamais les classes populaires françaises n’adhérerons aux rêves coloniaux des élites, qui n’arriverons jamais à les peupler. Contrairement à la colonisation britannique, qui sut s’appuyer sur l’appauvrissement dramatique de communautés entières, les poussant à l’exil, et peuplant les territoires conquis lointains, la France n’a jamais émigrée, ni aux Amériques, ni aux colonies.
Les classes populaires françaises ne portent pas le poids et la culpabilité de la colonisation parce qu’elles furent au première loge d’une colonisation à l’intérieur des frontières historiques, avec l’exode rural vers des villes industrielles où les communautés disparaissaient, le patron voulant les briser pour disposer d’une force de travail malléable.
Par conséquent, les classes populaires françaises dans leur grande majorité s’en foutent des enjeux coloniaux. Ce n’est pas leur affaire historique.
Et une bonne partie des classes populaires françaises issues de populations colonisées aussi s’en foutent.
Dès lors, lorsque la gauche fait sa rentrée sur des questions decoloniales, sur l’identification de la classe populaire à la classe des discriminations raciales et religieuses, elle ne parle qu’à 5% de la classe populaire française.
Et c’est ce qu’on retrouve dans le vote des classes populaires.
Alors que l’abstention fut plus forte dans les classes populaires que dans les autres classes, c’est à dire, que les français de classes populaires n’ont pas trouvé en 2022 de partis ou candidats les représentants, pour ceux qui ont voté, 42% des classes défavorisées ont voté à l’extrême droite – et seulement 41% à gauche – les classes se disant populaires ne votant qu’à 38% à gauche, 32% à l’extrême droite, et 30% pour l’axe Macron-LR.
Mais l’on parle ici de bien petits chiffres – 62% des employés, 69% des ouvriers se sont abstenus aux législatives !
Oui, la classe populaire française est abandonnée. Elle n’est pas au cœur des mobilisations politiques puisque le personnel politique est majoritairement élu dans un type très particulier de classes populaires qui est sur représentée dans les discours et les actions.
Tant que la gauche ne parlera pas aux 65% de 60% des français – cela fait 40% de la population – qui ne vit ni en région parisienne – ou également en région parisienne mais pas forcément dans le quotidien incarné par un rappeur médiatique – ni en ghetto, la gauche n’aura aucune perspective majoritaire.
Les français ont peur de devoir renoncer à leur pouvoir d’achat, à leur rêves d’avenir, à leur santé, du changement climatique dont les effets sont déjà douloureux, et déciderons en 2027 soit en fonction de la manipulation de leurs peurs, soit si un mouvement authentiquement populaire leur parle d’avenir et d’espoir, de réconciliation et de projet commun, incluant toutes les classes populaires, y compris les descendants des canuts, les héritiers des communards, des vignerons du midi, des mineurs des années 30 et 50, des ouvriers de la fonte et de l’aluminium, des ouvriers agricoles et de l’agro-alimentaire, de ces classes populaires dispersées partout en France, et partageant la conscience d’être reliée à cette Nation.
On peut faire peur.
On peut aussi exalter.
La promesse de notre grande révolution n’est pas morte, et sera délivrée par une république purifiée de son culte plébiscitaire, de son libéralisme égoïste, de ses corruptions.
C’est ça l’enjeu.



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