Le premier anniversaire du gouvernement Merz sur fond de record d’impopularité

Published on

in

Le chancelier allemand Friedrich Merz n’a pas pu célébrer le cœur léger sa première année de gouvernement
L’économie, qu’il voulait relancer pendant la campagne et son premier mois avec un plan d’investissement de 500 milliards, n’a rien vu.
Bien au contraire, le projet de budget déposé la semaine dernière est un classique plan de coupes et de serrage de ceinture.
Alors que la plus grande vulnérabilité de l’économie allemande, qui est en décroissance depuis plus de trois ans, c’est la demande intérieure, Merz prévoit de baisser la demande intérieure.
Alors que les crises internationales augmentent le prix des énergies fossiles, la ministre de l’énergie du cabinet Merz mène une guerre fiscale et réglementaire contre deux secteurs en croissance de l’économie allemande, deux secteurs qui remplissent des besoins de la demande intérieure : l’industrie des pompes à chaleur et du renouvelable.
Alors que les chocs inflationnistes sont payés par les consommateurs allemands, et d’une manière disproportionnée par les salariés, le gouvernement ne fait rien pour contrôler les prix ou compenser en pouvoir d’achat ces augmentations.
Alors que depuis trois ans la fierté et la source d’excédents commerciaux allemands, l’industrie, se casse la figure, Merz reste enfermé dans les cadres de pensée des années 2006 et refuse obstinément de relancer.

En 2022, face à la crise inflationniste provoquée par l’agression russe en Ukraine, le gouvernement Scholz avait annoncé relancer la demande de 60 milliards en mobilisant les fonds d’urgence du Covid.
C’est Merz qui avait fait condamner ce plan par le conseil d’état allemand, provoquant une crise budgétaire considérable, contribuant massivement à la récession allemande entre octobre 2022 et juin 2025.
La coalition Scholz n’avait pas pu surmonter ses nombreuses contradictions, et s’est effondré à l’instigation des libéraux, leur président, ministre des finances, sabotant le travail de son propre ministère.

Merz a promis dès son élection 500 milliards d’investissement et fait sauter,dans la constitution, le verrou de la “règle d’or”, limitant les capacités d’endettement de l’Etat.
Les conservateurs et les libéraux disent toujours qu’il faut une règle d’or constitutionnelle pour empêcher les politiques d’utiliser la dette au profit de cadeaux électoraux.
Les conservateurs et les libéraux pensent à eux-mêmes : Merz a en effet utilisé 86% des fonds débloqués non à l’investissement et à la relance de la demande intérieure, mais à des cadeaux fiscaux pour les classes donatrices de sa campagne.
La révélation du détournement du fonds d’investissement a fait un petit scandale.

Aujourd’hui, les allemands sont très en colère. Merz, avec 13% de popularité, est le chancelier le plus impopulaire de l’histoire de la République fédérale allemande.
L’extrême droite en a profité pour être maintenant dans les sondages 6 points devant la droite.
Les Linke et les Verts, les deux autres partis d’opposition, ont également progressé. Le SPD traîne dans les sondages à 12%.
La “grande coalition” de droite et de centre gauche ne fait plus que 35% des électeurs.

L’échec économique est patent.

Mais Merz est aussi un gaffeur, tant sur la scène intérieure que sur la scène internationale.
Il se ridiculise régulièrement, et cela n’aide en rien ce gouvernement.

À la colère s’ajoute donc aussi le ridicule.

Rien de tout cela n’est étonnant.
Depuis 23 ans, les élites politiques et économiques demandent aux allemands de se serrer la ceinture pour protéger les excédents commerciaux sans que le peuple allemand ne profite de ces mêmes excédents. Il n’y a jamais eu de récompense.

La droite et le centre droit français restent fascinés par un récit des “succès” de l’Allemagne qui au mieux étaient pertinents en 2019. Celles et ceux qui suivent mes écrits savent que la crise est antérieure, et que les politiques ont rarement trouvé le courage de changer de paradigme.
L’Allemagne avait eu la bonne intuition avec une relance keynésienne de sa demande et la protection de ses capacités de production pendant la crise financière de 2008, et aussi le courage d’une relance bazooka en 2021.

Mais ces deux moments exceptionnels n’ont pas ralenti un mouvement sans interruption de déclin pour les classes salariées.

La surproduction allemande avait besoin en 2022 soit d’une demande internationale forte, soit d’une reprise et adaptation à une forte demande intérieure. Les crises internationales, le changement de politique commerciale en Chine et aux États Unis, changent radicalement la donne de la demande internationale.


L’Allemagne a cependant perdu les concepts et les doctrines, les outils, les capacités humaines, pour relancer sa demande intérieure. La dernière chaire d’économie keynésienne a une université allemande avait été fermée en 2025.
Il y a de nouveaux économistes allemands et autrichiens professant un changement de paradigme d’inspiration keynésienne. Ils sont à l’étranger.
En Allemagne même, tout est verrouillé.

L’Allemagne est le cancre industriel des pays développés

Merz est donc depuis un an chancelier, et certains regrettent le chaos du gouvernement précédent.
Pour celui qui a toujours pensé être “le meilleur” quelle désillusion.

L’Europe devrait s’en inquiéter. La torpeur des consciences européennes, notamment dans les classes si prêtes à défendre l’idée de l’Union européenne, l’idée d’un fédéralisme européen, est sidérale.

Les contradictions profondes d’un système économique et institutionnel oubliant les progrès matériels et sociaux pour la majorité de ses populations explosent à la face d’élites persuadées d’être par nature “meilleures”.

L’échec de Merz c’est l’échec de l’aristocratie technocrate européenne.

Laisser un commentaire


Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

Abonnez vous

Recevez nos newsletter


En savoir plus sur Chronique Libre de l’Humanité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture