La crise venezuelienne, révélatrice de la morale, d’un sursaut, ou des lâchetés en Europe

Pierre Mendes France :

“La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de moeurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire, c’est un code moral.“

Celles et ceux qui s’en éloignent commencent toujours par l’absence de morale.

Venezuela :
Les États Unis ont enlevé un chef d’état avec l’objectif de renverser les institutions, nommer une administration coloniale américaine, et augmenter les revenus des groupes du pétrole nord américain.
Mais les institutions formelles du pays continuent de fonctionner. La vice présidente confirmée en charge des affaires du Venezuela exige la libération du président et son épouse enlevés.
Rien n’indique que les États Unis aient pris le contrôle du Venezuela. Le „château de carte“ ne s’est pas encore effondré.
De plus, le président américain a explicitement exclu la figure de l’opposition venezuelienne – prix Nobel incongru de la paix – de la future solution gouvernementale si jamais le Venezuela devait connaître un changement politique qui n’a pas encore eu lieu. Trump semble vouloir traiter avec la vice présidente Rodriguez, qui, avec son frère, sont les deux piliers du tournant autoritaire du madurisme. Elle a été ministre du pétrole.
Trump utilise donc aussi la menace.
L’avion de Rodriguez a pu la ramener à Caracas. Rubio avait parlé avec elle avant de décoller. A t-elle promis de négocier en échange de sa sécurité, et dupé les américains? Ou va t’elle échanger maintien au pouvoir contre accords sur le pétrole?
Trump a aussi évoqué cette possibilité.
C’est à dire que Trump est prêt à laisser le système maduriste en place contre la privatisation du pétrole. Toute ton argumentation, qui est celle de Kallas, de Macron, des lâches issus du centrisme libéral européen, tombe.

La Chine exige la libération immédiate de Maduro.
Manifestement, l’opération n’avait même pas été suffisamment préparée diplomatiquement. Non, Trump n’a semble t’il pas fait de pacte à la Ribbentropp, Venezuela contre Taïwan.
La Chine a ses propres intérêts, et ils ne sont pas ceux de l’Europe. Mais la Chine fait un peu plus confiance à la science que les États Unis. Dictature effroyable notamment vis à vis des Oighours, la Chine se pose encore comme un élément de stabilité des institutions internationales – malgré ses ambitions affichées d’envahir Taïwan.

L’opération militaire a été un succès. Mais une victoire tactique ne suffit pas à faire une réussite strategique.

Or, si l’opération au Venezuela échoue, le divorce avec la base MAGA va s’accélérer. Ils n’aiment pas les losers.

Maduro quant à lui a été présenté aux procureurs de la lutte contre le narcotrafic, leur souhaitant „Good Night and happy New year“.

Les vrais réseaux du narcotrafic, eux, dorment tranquilles. Trump les protège.

Lâcheté

Il faut écouter Trump.

Il dit qu’une administration américaine remplacera Maduro. Pas qu’il rétablira une démocratie.

Il dit qu’il fera sanctionner les juges français s’ils condamnent selon la loi les détournements d’argent public du RN.

Il dit qu’il fera renverser les gouvernements démocratiquement élus du Mexique et de Colombie s’ils ne plient pas.

Il dit qu’il est seul juge de qui est légitime, ou autorisé à gouverner.

Il dit que nous avons perdu notre souveraineté.

Et le centre français l’applaudit. Même l’extrême droite a été un peu plus sévère que le centre.

Et Le Pen compte sur une puissance étrangère pour arriver au pouvoir. Patriotes de confettis.

Ah on se demandait comment ça se passe, la lâcheté – et bien on est aux travaux pratiques.

Le nécessaire sursaut européen

On remplace un arbitraire par un autre, l’objectif militaire est même pas dissimulé derrière des précautions oratoires, et les centristes se rallient au trumpisme.

Demain, si Trump juge que Le Pen condamnée entache la légitimité de l’élection de 2027, il pourra donc intervenir militairement pour nous mettre sous administration américaine.
Heureusement, notre sous sol n’a pas de pétrole.

Demain, Trump fera au Groenland une « Memel ». Il échangera le droit de le faire avec le droit de la Chine de reprendre le contrôle de Taïwan, et celui de la Russie de dépecer l’Ukraine.

Les libéraux se rallieront.

Un sursaut européen est indispensable. La direction actuelle en est incapable. Pourtant, il faut aller vite. Notre indépendance et notre souveraineté ne vont pas durer très longtemps dans la forme actuelle déjà fortement abîmée.

En 2026, il n’y aura pas de Midterms aux États Unis.
Et en 2027 nous ne serons plus libres.

C’est ça qui nous pends au nez.

Impeccable Natacha Polony, comme toujours

„Les attaques américaines sur le Venezuela et l’enlèvement de Maduro sont un coup de force illégal, injustifiable et dangereux. Voilà qui participe un peu plus aux désordres du monde.
Personne ne regrettera Nicolás Maduro, qui symbolisait un régime corrompu et prédateur ayant balayé tous les espoirs initiaux de la révolution bolivarienne d’Hugo Chávez. Mais l’opération états-unienne de changement de régime en cours est inacceptable. Donald Trump avait annoncé le retour de la doctrine Monroe, qui décrétait le continent américain entier comme la sphère d’influence exclusive des Etats-Unis ; il joint désormais le geste à la parole avec un coup de main tout aussi illégal que l’agression russe de l’Ukraine. La lutte contre le trafic de drogue n’est qu’une plaisanterie, venant d’un président qui a gracié il y a deux mois l’ancien président du Honduras, condamné pour narcotrafic. Mais tout était écrit dans la stratégie de sécurité, la NSS 2025, publiée il y a un mois.
Donald Trump incarne une rupture dans la politique américaine, mais pas autant que les atlantistes français sous influence « néocon » veulent nous le faire croire. Cette agression est tout aussi illégale que celle de l’Irak en 2003 ou de la Serbie en 1999, pour ne reprendre que les dernières d’une longue liste. C’est finalement le prétexte et la région concernée qui changent, rien de plus…
Face à cette réalité, la France devrait adopter une posture ferme et stable autour de deux principes. Cesser le « deux poids, deux mesures », d’abord : le droit international, notamment onusien, ne doit pas être interprété différemment selon les Etats concernés ni instrumentalisé. C’est la condition de la crédibilité de la parole de notre pays, déjà bien entamée par les positionnements hypocrites de ces dernières années et par des actions illégales comme le changement de régime en Libye en 2011. Ensuite, ne plus voir le monde en noir et blanc, mais en couleurs : le monde n’est pas divisé entre « gentils » et « méchants », c’est le théâtre de rapports de force entre des nations, dans lesquels la France doit prendre position pour la défense du droit international de l’ONU, de la paix et la stabilité internationales, mais aussi pour la poursuite de ses intérêts assumés.
Enfin, qui a lu la Stratégie Nationale de Sécurité américaine sait qu’elle officialise la vassalisation de l’Europe, éventuellement par l’ingérence électorale. Nous sommes prévenus.
Dans cette logique, la France devrait condamner lourdement l’ingérence illégale des Etats-unis au Venezuela, qui risque de déstabiliser le pays et ses voisins, et de provoquer des réactions de la part des autres puissances, à commencer par le Brésil, mais aussi le rival stratégique des Etats-Unis, la Chine.
Plus largement, la France devrait chercher à retrouver la stature que le Général de Gaulle avait su lui donner par sa parole stable, cohérente et surtout libre, y compris à l’égard de l’allié américain, comme en témoigne le discours de Phnom Penh de 1966, qui condamne sans fausse pudeur l’intervention de Washington au Vietnam. Les Etats ne respectent que les Etats souverains ayant un discours clair et franc, pas les vassaux ou les tartuffes.“ Natacha Polony, 3 janvier 2026

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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