Le neo-libéralisme – progressiste, conservateur, mercantile ou atlantiste – est mort. Mais ses élites sont encore en place et n’arrivent pas à comprendre l’ampleur des transformations.
J’ai dit avec constance depuis dix ans maintenant que:

1. Le neóliberalisme, dans ses versions allemandes ou ses interprétations françaises, allait pousser les peuples européens à l’extrême droite.
2. Le néolibéralisme et ses règles fixées dans les traités est une doctrine de cabotinage sur un lac par beau temps, inadapté à un monde plein de tempêtes. C’est la thèse en filigrane de ce livre remarquable publié il y a 9 ans de Coralie Delaume, décédée bien trop tôt, et David Cayla : la fin de l’Union européenne – qui constate que les règles étant impraticables, tout le monde les contourne ou négocie des passe-droits. La fiction d’un ensemble avec des règles cohérentes et partagées est idéologique, non réelle. Même sur les valeurs, déjà, le consensus n’existait pas.
3. Les camps du néolibéralisme, en désaccord entre eux sur des nuances d’adaptation justifiant, dans la compétition pour les postes, des clivages artificiels, est aussi en Europe un camp atlantiste. Il est donc pour ces deux raisons censitaire dans son esprit, et non attaché à la souveraineté du peuple.
4. Les autoproclamés « fédéralistes » ne le sont pas: l’apparition d’une conscience européenne d’elle-même dépassant les classes bourgeoises heureuses est un risque et un danger. Les institutions restent dés lors intergouvernementales : c’est une organisation proche de « l’Europe des Nations » de la droite conservatrice nationaliste, où le droit européen joue un mauvais rôle d’arbitre dans une logique de transaction favorable aux pays de tradition juridique contractuelle et défavorable aux pays de tradition juridique latine.
5. L’ensemble ne tiens que dans le rêve irréel d »une « fin de l’histoire ». Tant que rien ne change, en théorie, il y aurait un équilibre.
Mais la vie c’est le mouvement. Parménide en avait conscience il y a 2500 ans.
6. C’est que les europhiles atlantistes ne connaissent ni l’histoire, ni la culture, ni la philosophie – ou plutôt, comme des marqueurs sociologiques des classes de la globalisation heureuse, et non comme des instruments pour comprendre et agir sur le monde. Ils sont donc condamnés à être toujours surpris.
7. Les populismes sont des réponses logiques aux crises des néolibéralismes. David Cayla justement a consacré quelques ouvrages à ces évolutions. Ils dépassent le néolibéralisme mais n’offrent pas de modes de résolution des contradictions profondes entre classes sociales – au sein des Nations comme au niveau mondial.
8. Les élites des grandes puissances continentales – Etats Unis, Chine, Inde, Russie – ont abolis les régles internationales de l’après guerre. L’ONU et le système international, activement saboté par les néolibéraux au nom du mercantilisme, ont été de fait liquidés.
On est de retour à la « société des Nations » de 1930.
9. Les élites européennes sont occupées par les questions de partage des miettes en internalisant profondément l’inéluictabilité de notre colonisation.
Notons á ce sujet que la victoire idéologique des théses intersectionalistes américaines dans les avant garde gauchistes a désarmé idéologiquement une bonne partie de la critique du néoliberalisme, oscillant entre individualisme communautaire, ce qui est profondément néolibéral, moralisme déconnecté des structures économiques, et culpabilité en cherche de rédemption d’un colonialisme que les peuples européens n’ont jamais voulu. Ce sont leurs élites qui les ont emmené dans ces aventures.
10. Le sursaut que j’attends est donc celui d’un spasme de survie, au fond d’un lac, pour rejoindre la surface.




Le campisme anachronique des extrêmes droites et gauche
Je vois des gens, en réflexe campiste, manquer complètement ce qu’il se passe.
Trump n’a pas renversé le régime de la révolution bolivarienne. Il a enlevé son président comme un otage qu’une puissance coloniale emmène pour se garantir la coopération des autorités locales.
Il a encore dit dans un interview à la presse aujourd’hui : il n’est pas question de permettre aux opposants en exil de revenir. « Nous n’avons même pas besoin d’aller jusque là. Tout ce que nous voulons, c’est régler le pétrole« .
Les insoumis criant au martyre de Maduro, comme les centristes criant au triomphe de Machado se trompent par réflexe campiste.
De même, ceux qui attaquent les insoumis, qui défendent Maduro, et ceux qui attaque nt les centristes, qui rêvent de Machado, manquent le point suivant.
Trump n’a pas besoin d’argumentation morale ou idéologique pour agir. Il ne prétend même plus défendre la démocratie.
Il paraît d’ailleurs que Machado a perdu son soutien en … acceptant le Nobel de la paix. Trump pense sérieusement que si Machado l’avait refusé et offert à Trump, Trump l’aurait eu.
Il agit selon les intérêts économiques des puissances qui ont financé son accession au pouvoir, ses pressions intérieures – la base Maga se divise sur Epstein, la crise du pouvoir d’achat existe toujours, la croissance en trompe l’oeil est alimentée aux trois quart par le renchérissement des assurances médicales – et son objectif le plus immédiat, empêcher les midterm d’avoir lieu.
Il est, disent certains, en mode transactionnel.
C’est-à-dire qu’il fait des négociations quand il respecte, et écrase quand il pense avoir un rapport de force hégémonique.
Pas besoin d’idéologie là dedans.
Et tout, dans ses actes et pensées, montre qu’il n’a aucun respect pour l’Union Européenne, ses Nations, et nos intérêts.
Les Britanniques s’accrochent encore à l’Otan dans l’affaire. Le jour où un commando US s’emparera des Malouines – si on y trouve du pétrole – on verra.
En tout cas, ce matin, le gouvernement Labour de Starmer refuse de condamner à l’avance une annexion américaine du Groenland.
Macron est une serpillière alors même que Vance, Hegseth, Besset, Miller et Musk roulent pour le RN.
D’ailleurs, ils ne croient pas une seule seconde que le RN défendra les intérêts nationaux français. Sinon, ils ne miseraient pas sur eux. Le but est bien d’avoir des alliés appliquant les intérêts économiques américains.
Bien sûr, l’idéologie conservatrice machiste et bigote de Maga trouve des alliés sociétaux au RN. Mais en fin de compte, Trump veut surtout l’argent.
Le centre européiste mercantile, dans son conservatisme ordoliberal allemand ou son progressisme libre echangiste social démocrate, est un échec total.
Il a été incapable de repenser ses paradigmes entre 2020 et 2024 et se retrouve aussi éberlué en 2026 qu’en 2017.
Ils sont aussi incapables de changer de paradigme économique alors que les structures de l’économie mondiale sont très différentes en 2026 qu’en 2017 – ou qu’en 2012 (traité budgétaire européen) 2008 (traité rejeté par trois pays imposé quand même) ou 1992 (les critères de Maastricht).
l’Europe a t’elle la possibilité de réagir ou faut-il une crise encore plus violente, encore plus existentielle ?
Tant les insoumis (et leurs amis européens) les centristes de gauche et de droite, que l’extrême droite, n’ont de proposition de réaction pour notre continent.
C’est pusillanimité, myopie, et hors sujet.
La médiocrité oblige à se souhaiter un nouveau paysage politique sans ces gens qui font la politique en Europe depuis 30 ans.



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