Le choix c’est entre une plateforme de réforme productive et le libéralisme nationaliste de droite.
2017 : j’analyse à partir de l’évolution du Bundestag une tendance des parlements européens à se « weimariser ».
La Weimarisation des parlements, c’est la multiplication des partis, le tripartisme voire quadripartisme, avec des partis à gauche exclus de l’arc gouvernemental et des partis à l’extrême droite en forte croissance.
J’avais écrit une mise au point de ce concept en 2021, publié sur la Gauche Républicaine et Socialiste

Les logiques de grande coalition deviennent en leur sein plus difficiles, plus violentes.
En janvier 2018 j’avais rappelé pourquoi, à mon sens, le marchisme allait amener une weimarisation en France.

2025 : nous nous approchons du moment von Papen en France, où, par refus de la moindre concession sur la politique économique, sur l’assurance chômage, sur les retraites, le centre et la droite décident de s’allier à l’extrême droite.
Dans beaucoup d’autres pays, et parfois même au parlement européen, ce mouvement von Papen a déjà eu lieu. C’est l’Italie, c’est les Pays Bas. Même en Allemagne, en janvier, Merz a été tenté de le faire.
L’essentiel du débat menant à cette weimarisation, cette fragmentation politique et ce rejet de tout compromis social des partis les plus bourgeois, quitte à jeter leur prétendu libéralisme à la poubelle, est économique.
Les thèmes de campagne identitaires des extrêmes droites leur ont permises de construire des récits explicatifs du monde, et produire des moyens d’agir sur ce monde, lorsque les gauches ont épuisées leurs récits, ne les ont pas repensés face aux changements du monde.
Mais ces sujets de bataille culturelle ne sont pas ceux sur lesquels se structurent la weimarisation.
C’est sur les questions économiques, productives, de salaires certes, mais surtout de destin des nations dans la production humaine et leur transformation face aux changements de la Nature que se joue le clivage.
D’ailleurs, l’échec des démocrates face à Trump est d’abord économique et social. Le plan de relance de Biden n’a pas su réarmer les classes productives perdantes de la globalisation heureuse, elle-même période finie dès avant la crise pandémique.
Les droites européennes ont tout subordonnées au mercantilisme. La gauche social-démocrate s’est malheureusement également perdue dans le ralliement à la globalisation, l’illusion de la supériorité du service et du « travail intellectuel » sur la production.
C’est ce qui explique leur choix de batailles culturelles plutôt que de maintenir un lien avec les forces productives, tant ouvrières que patronales.
Or, ce sont justement les emplois de services qui sont le plus exposés par la nouvelle automatisation du travail – l’intelligence artificielle.
Et en même temps, l’Europe n’a pas préparé son infrastructure numérique à produire cette automatisation.
Les conséquences sont considérables dans la compétition entre classes, entre capitalistes eux-mêmes et entre nations.
Le conflit pour la nouvelle hégémonie commerciale se joue entre les États-Unis ultra nationalistes – et en voie de dictature autoritaire – et la Chine ultra nationaliste – et déjà dictature.
La différence pour nous, c’est que Trump s’appuie sur les religieux extrémistes lorsque la Chine communiste continue de construire sa prospérité sur la science et la raison.
De tout cela, personne ne parle dans le débat public français, qui mélange pre-weimarisation et extrême médiocrité, oui même stupidité, de ses dirigeants politiques, le chef de l’état y ajoutant sans doute une incapacité psychologique à exercer sa fonction.
Un historien français a permis de rompre le plafond de verre de la réflexion sur les moteurs des basculements autoritaires de l’Europe le siècle précédent. Il n’y a pas eu que l’Allemagne, mais aussi la Roumanie, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Hongrie, etc. Etc. Etc
Grâce à Chapoutot, l’idée de la weimarisation n’est plus une idée « biscornue » (oui, je sais) d’un chef d’entreprise français en Allemagne, mais un outil conceptionel pertinent, repris médiatiquement.
Bon, on aurait pu sans doute penser plus tôt l’action possible pour sortir des cercles vicieux, mais faisons avec ce succès idéologique.
Aujourd’hui, il nous faut revenir à cette priorité : comment se battre maintenant.
Le tripartisme français s’achève. Les sondages prévoient tous un affrontement bloc contre bloc.
Nous n’avons pas à gauche à nous préoccuper de ce que le centre peut dire. Libre à eux de se déclarer antifascistes, ou préférer le maintien de la réforme des retraites avec Bardella à Matignon.
Nous devons, enfin, nous préoccuper de l’argument au fond contre les programmes du RN.
Le choix de la probable législative ne porte pas sur les arbitrages d’élégances au sein des gauches, en vue de la présidentielle.
Le choix c’est soit une plateforme de réforme productive de gauche, ou une plateforme de libéralisme nationaliste de droite.
Nous devons argumenter point par point sur les programmes.
Et c’est pourquoi l’enjeu n’est pas l’ampleur du rassemblement des gauches – on s’en fout d’où on met LFI – mais de l’ampleur du rassemblement possible sur notre plateforme politique et sa défense face à la plateforme politique du RN.
Donc, il faut écouter et lire leurs déclarations.
Il y a donc deux enjeux :
- Une plateforme simple – pas 600 points
- Une contre argumentation point par point sur les propositions du RN.
Après, centre et droites se déciderons en conscience.



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