De l’audace !

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Aujourd’hui, nous nous rassemblons, direction de la Gauche Républicaine & Socialiste, à l’Assemblée nationale à l’invitation de Emmanuel Maurel pour parler de résistance à la montée des fascistes, et retrouver le chemin d’une gauche d’action, voulant exercer le pouvoir, transformer l’économie pour augmenter les revenus du travail, reconstruire l’efficacité de l’Etat, y compris la sécurité.

Et comment nous rassembler.

En présence de Pierre Joxe.

David Cayla Ingrid Degrott Marie-Noëlle Lienemann Frédéric Faravel Laurent, Sophie et tant d’autres

J’ai fait une intervention, trop longue, et dont je vous épargne l’essentiel du propos, destiné d’ailleurs à nos débats et donc à être contredite et modifiée.

Mais l’analyse du texte suivant est le fil rouge fondant les propositions politiques que j’ai pu formuler.

Libéralisme, démocratie, et l’Etat social

Chef d’entreprise depuis 24 ans en Allemagne, dans le numérique, avec des organisations de 50 à 200 salariés vendant au Mittelstand et aux grandes entreprises, je crois parler d’une position d’expertise dans la pratique entrepreneuriale. J’ai aussi une formation d’historien, et souhaite remettre du contexte dans le débat entre libéralisme et démocratie.

Les libéraux prétendent que seul le libéralisme garantit la démocratie, et que la conception étatique des démocrates socialistes conduit de force à l’autoritarisme.

Le libéralisme français, celui de Say, Bastiat, Pellegrino Rossi, Guizot, Alphonse Blanqui (le frêre du révolutionnaire était un libéral, qui a inventé le concept de « révolution industrielle » dans un ouvrage d’économie politique paru en 1837) s’est développé et connu sa première application dans des régimes despotiques, sans suffrage universel ni liberté d’expression, que le peuple français a renversé deux fois (1830, 1848) les armes à la main.
Ces libéraux se sont opposés en 1841 à la loi limitant le temps de travail des enfants – contre le christianisme social de Montalembert ou l’utilitarisme militaire de Vuillermé. Ce sont eux – avec également Tocqueville qui le formule dans son histoire de la chute de l’ancien régime – qui inventent le concept de „lutte des classes“. 
Karl Marx découvrira le concept pendant son séjour en France entre 1840 et 1844, alors qu’il n’est encore qu’un philosophe post-Hégelien. 
A l’époque, ces libéraux sont en lutte philosophique avec deux autres courants de pensée économique: les protectionnistes autour de Adolphe Thiers, héritiers des colbertistes et des physiocrates, et les interventionnistes bonapartistes autour de Louis Napoléon, défendant l’idée que le pouvoir autocratique « éclairé » est le seul capable de résoudre la contradiction entre travail et capital, par la redistribution sociale et la conquête impérialiste.
Ce modèle économique est aussi au coeur du projet social de Bismarck en Prusse, puis, après 1871, en Allemagne unifiée. 
La Chine de Xi Jin prolonge cette idée: la prospérité sans liberté politique.

Ces courants libéraux cependant savaient également que le marché seul était toxique à la démocratie sans des intermédiaires garantissant la prospérité partagée: c’est par exemple le modèle de « l’économie sociale de marché » en Allemagne, mis en place par le chrétien démocrate Adenauer.


L’article 14 de la loi fondamentale spécifie d’ailleurs que « la propriété donne des devoirs » supplémentaires quant au bien-être de la Nation. 
C’est aussi le sens des structures mises en place par le conseil national de la Résistance en France, rassemblant libéraux du MRP, gaullistes, radicaux résistants, socio-démocrates et communistes.
La liberté du marché doit s’accompagner des instruments de partage de la prospérité équitablement entre capital et travail.
Le préambule de la constitution de la quatrième république est repris dans le bloc constitutionnel de la cinquième par les gaullistes : c’est ce préambule qui constitutionnalise la sécurité sociale, le droit au travail, et la retraite solidaire entre classes et générations.
Ces deux modèles sont conçus comme les compromis nécessaires pour que les classes populaires et petites bourgeoises ne se détournent plus de la démocratie comme elles l’avaient fait entre 1920 et 1940 en Europe, avec le soutien des plus grands propriétaires de capital. 

Car l’économie de marché sans dimension sociale devient rapidement un modèle féodal, l’accumulation du capital par les processus de concurrence entrainant des monopoles privés trop puissants. 
Cette leçon était déjà au coeur des crises économiques des années 1890-1907. Elle entraîne déjà des législations anti monopoles (on les appelle des lois « anti-trust ») aux Etats Unis et dans certains pays d’Europe.

L’économie de marché capitaliste s’est déployée dans des régimes dictatoriaux comme dans des régimes démocratiques. 

Aucune de ces philosophies libérales ne prévoient la démocratie universelle.
Elles ont toutes horreur de l’idée de donner à tout le peuple – y compris les travailleurs journaliers, les travailleurs nomades, les pauvres sans propriétés – des droits politiques. 
Les plus extrêmes des libéraux de l’époque sont même opposés à l’idée de bienfaisance et de charité, distorsions des logiques d’attribution optimale des ressources par le marché.

Si l’on revient à notre époque, force est de constater que le régime politique le plus efficace dans l’économie de marché globalisé, c’est un régime autocratique continuant de se revendiquer comme une dictature communiste: la Chine. 

L’échec mercantile du libéralisme européen, ferment du néofascisme européen

C’est d’ailleurs l’une des causes de la crise actuelle européenne, crise à laquelle l’héritage d’Angela Merkel porte une lourde responsabilité: l’échec du néo-mercantilisme allemand.
Je le vois tous les jours dans mes négociations avec les « champions de l’exportation » du Mittelstand industriel allemand. 
Au moment où les prix de l’énergie ont commencé à asphyxier l’industrie allemande – celle-ci s’étant rendue dépendante du gaz naturel russe abondant et pas cher, Merkel dit dans ses mémoires ne « rien regretter » à sa décision de créer cette dépendance énergétique juste après l’annexion de la Crimée parce que « le gaz russe était alors le moins cher » – les marchés d’exportation notamment chinois ont commencé à se fermer, pendant que la concurrence de produits chinois supplantait les produits industriels allemands ailleurs dans le monde. 
La demande intérieure maintenue comprimée ne peut pas prendre le relais.

Pendant la période, les investissements sortants de l’Allemagne ont privilégié des régimes autocratiques sur les partenaires européens, favorisant la demande de la Chine, de la Turquie, de la Russie.
Ce mercantilisme était censé porter une dimension évangélique démocratique « Wandel duch Handel » – le changement par le commerce. 


Le commerce n’a pas entrainé la démocratisation des régimes autoritaires – au contraire!

Entre 2007 et 2023, l’Allemagne a été dans une surproduction massive, et n’a rien fait pour stimuler sa demande intérieure.
Ce sont 6 points de PIB chaque année qui ont été exportés sans augmenter la demande intérieure.
Dans le même temps, des économies nationales comme la France, qui cesse d’être en équilibre commercial en 2005, doivent s’endetter pour couvrir la différence entre leur revenus d’exportation et leurs besoins importés. 
La demande intérieure française a ainsi contribué à hauteur de 400 milliards entre 2005 à 2024 à absorber la surproduction allemande, s’endettant de ce montant (dette publique et privée). 
L’Allemagne a privilégié pendant la période l’augmentation des investissements hors de l’UE. Le montant des investissements directs de l’Allemagne à l’étranger ont été pendant ces 25 ans doubles du montant des investissements étranger en Allemagne. Ils s’accélèrent même en 2023 (102 milliards de FDI sortants pour 30 milliards de FDI entrants d’après l’OCDE).
Ces investissements vont principalement maintenant vers les Etats Unis, pendant que les entreprises allemandes se désinvestissent de la Chine et de la Russie. Mais cette masse de capitaux ne vont ni dans l’investissement en Allemagne, ni en Europe. 
La demande intérieure en reste déprimée, la croissance atone, entraînant un effondrement des recettes fiscales et l’augmentation des déficits – comme en France.
Depuis 2019, le PIB allemand n’a plus progressé: 5 années de stagnation du PIB. 
2023 et 2024 ont été deux années de récession consécutives.
Tous les instituts ont en novembre divisés par deux leur prévisions pour 2025, à +0,4% seulement. 
Tous les grands groupes ont déjà préparés leurs plans de licenciement massifs pour 2025, les négociations avec les représentants du personnel sont en cours. Volkswagen a été le premier (35 000 postes supprimés). 
La crise économique s’est aussi traduite par une crise politique, avec le chancelier Scholz obligé de limoger son ministre des finances Lindner (FDP, parti allié de Renaissance au parlement européen) pour sabotage du travail gouvernemental. 

Depuis, la coalition s’est effondrée, des élections anticipées ont mis au pouvoir un chancelier de droite soutenu par le SPD et acceptant de remettre en cause la règle d’or.

L’extrême droite allemande est redevenue le premier parti dans les sondages

Il faut dire une chose aussi des taux d’intérêts. 
L’inflation de 2022-2023 est due à un choc externe – comme en 1973 et en 1979 – et non à une surchauffe de l’économie.
La BCE, en s’alignant sur la FED américaine, a provoquée une récession de longue durée et qui va continuer de se déployer sans politique active de relance. 
Les taux hauts sont aussi d’ailleurs une des raisons de la défaite des démocrates face à Trump – comme en 1979.

La crise économique actuelle est à l’aboutissement d’un cycle où d’après les instituts de statistique en Europe entre 30 et 35% des citoyens n’ont rien vu de la prospérité des années 2009-2020, et sont aux premières loges de la crise depuis le Covid. Le pouvoir d’achat stagne pour les 3 déciles du bas en Allemagne au niveau de … 1996.

Les salaires en France ne permettent plus d’augmenter le pouvoir d’achat, stagnant depuis 15 ans alors que les revenus du capital augmentent fortement.

C’est un moment « Baudin » – je reviens à l’histoire. 
Après la répression des ouvriers français de juin 1848, révoltés contre la fin d’une assurance chômage, la seconde république voit le président élu au suffrage universel sans majorité parlementaire. Il décide un putsch militaire. Le député libéral Baudin sera tué en s’y opposant, échouant à convaincre les ouvriers parisiens de défendre en 1851 une République qui les avait laissé tomber en juin 48.
On pourrait parler aussi d’une „weimarisation“ européenne, en référence à l’Allemagne entre 1929 et 1933.

Défendre un modèle européen de démocratie et d’économie sociale de marché suppose de se reconcentrer sur la demande intérieure.
Nous avons besoin de plans de relance keynésien par l’investissement public.

Sans cela, notre décadence, et glissement vers des pouvoirs autoritaires, c’est la leçon de l’histoire, sera inéluctable.

Mais ce plan doit s’accompagner d’un volet social. C’est le grand tabou de la pensée économique européenne.
Les alternatives sont connues: le libertarisme sans Etat – et sans démocratie – du capitalisme monopolistique à la Musk, et l’autoritarisme nationaliste, protectionniste ou non, à la Trump, RN ou AfD.

Et nous devons retrouver un discours de mobilisation nationale, de concorde républicaine, et de changer les choses par l’action gouvernementale.

Soyons audacieux!

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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