L’échec économique européen : Comparaison avec les États-Unis

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Le moteur économique de l’Union Européenne entre 2009 et 2019, l’Allemagne, n’a depuis plus connu de croissance. Le PiB est en 2024 au niveau de 2019. L’industrie s’effondre. Cette semaine, un institut a prédit la troisième année de récession pour ce pays d’affilée.

En Janvier dernier, la droite allemande a poussé au Bundestag un texte sur l’immigration, comme si ce sujet était l’urgence économique de l’heure, pour le faire voter par l’extrême droite et les libéraux. C’est la première fois que le cordon républicain isolant l’extrême droite allemande depuis son retour au Bundestag en 2017 se fissure. C’est Friedrich Merz, un ancien du fonds d’investissement vautour Black Rock, qui a décidé, en pleine campagne électorale, de jouer cette carte.

Depuis, il est chancelier.

Retailleau a retenu la leçon.

Les manifestations se sont multipliées devant le siège de la CDU. L’ancien president du consistoire des juifs d’Allemagne a démissionné de ce parti, l’ancienne chancelière Merkel a critiqué le parti.

Pendant ce temps, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, dont de nombreuses fédérations régionales sont tenus par d’anciens militants neonazis, progresse dans les sondages à 22%, faisant plus que doubler son score par rapport à 2017 et 2021.

Madame von der Leyen ne s’est pas distanciée de son camarade de parti Merz. Elle a déjà mené des actions avec une partie de l’extrême droite européenne depuis sa nomination pour un second mandat.

Celui-ci est d’ailleurs déjà dominé par une pratique autoritaire de son pouvoir, le mépris profond pour la France, une vision idéologique des problèmes, une absence totale de décence et de morale, et la mise en place de réformes libérales néfastes et stupides pour l’économie. Elle s’apprête à rentrer dans l’histoire au côté du chancelier Brüning, cet idéologue de l’équilibre budgétaire qui en pleine crise économique de 1929 décida de rompre avec le centre gauche, de diriger sans majorité parlementaire, de couper les crédits et les salaires, aggravant encore la crise, et favorisant la montée du parti nazi, marginal en 1929.

L’échec économique et social, l’échec culturel, l’échec politique

L’Union Européenne connaît en 2025 des perspectives de croissance médiocres. Les instituts les plus pessimistes prévoient une stagnation. Les causes de cette crise sont connues : les prix de l’énergie sont trop hauts, la demande intérieure des ménages et des entreprises trop basse.

Les européens n’ont pas assez d’argent pour consommer. Ceux qui ont de l’argent l’épargnent, au lieu de consommer. Leur épargne n’est pas investie en Europe, elle est investie à l’étranger, ne créant aucune demande en Europe.

Les européens qui n’ont pas d’argent pour consommer ont vu l’envolée des prix de leurs logements, de leur transport, et la dégradation de leur service public. Leur qualité de vie se dégrade depuis que l’Europe est en excédent commercial.

La banque centrale européenne a, d’après tous les analystes, monté les taux d’intérêts trop haut, les y a maintenu trop longtemps, et les baisse trop peu, trop lentement.

un an, l’ancien patron de la banque centrale européenne Mario Draghi a présenté un rapport sur la perte de productivité européenne, et le décrochage économique de l’Europe depuis 2010. Il y conclue que l’Europe manque d’investissements. Il y fait aussi, prisonnier de son idéologie, des recommandation de dérégulation sauvage et de privatisation de service public n’adressant pas les déséquilibres réels de l’économie européenne.,

Madame von der Leyen, avec le soutien de l’extrême droite, pousse uniquement le chapitre des dérégulations, imitant Elon Musk et un « trumpisme light ». Elle conclut, sans demander aux chefs de gouvernement ni au parlement, des accords de libre échange prolongeant le mercantilisme européen.

Face à un mur de béton, au lieu de tourner le bus scolaire où se trouvent les états européens pour le contourner, elle accélère. Pourtant, le bus est déjà ratatiné comme un accordéon, et le mur, sans une égratignure, a plusieurs traces d’impact.

L’erreur est humaine, la répéter diabolique.

Les États Unis ont mené au sortir de la crise de 2020 une politique très différente de l’européenne. Voilà une économie qui a depuis 2010 laisser loin derrière l’Europe, et qui génère d’énormes capacités d’investissement et d’innovations.

Pourtant, le déficit public américain, c’est 6,3% du produit intérieur brut.

Pourtant, la dette publique, c’est 123% du PIB.

Pourtant, le déficit commercial, c’est l’équivalent de 3% du PIB.

D’après les doctrines économiques européennes, les États Unis auraient dû être mis sous “troïka”, et mener une politique de réduction drastique des salaires pour “rétablir ses comptes”, car voyez vous, sinon, le monde s’effondrera, la confiance partira, le croque mitaine apparaîtra, et Dracula dominera.

La crise américaine est une crise des inégalités économiques, et non sociales ou culturelles.

Les inégalités sociales s’y aggravent, et la prise de pouvoir médiatique et politique des oligarques s’accompagne d’une dégradation du débat public, le succès des populistes nationalistes, sur des agendas de boucs émissaires.

La bourgeoisie démocrate, incapable de s’unir aux syndicalistes et aux classes populaires car cela signifierait augmenter leurs impôts et réduire leurs privilèges économiques, est incapable de défendre la démocratie. Trump est en train de mettre en place une politique de “mise au pas”, de “Gleichschaltung”, de l’ensemble de l’état et de la société. C’est un coup d’état aux apparences de légalité. Ceux qui pensent pouvoir corriger ces effets en 2026 se trompent : les élections de 2026, au mieux, ressemblerons à celles de Mars 1933 en Allemagne.

Les démocrates ont été incapables, en 2023 et en 2024, de prendre des mesures concrètes de soutien du pouvoir d’achat des américains. La politique de la banque centrale, la “Fed”, a joue un grand rôle en privant de l’accès au crédit à la consommation et au crédit immobilier des millions d’américains. Or, l’accès au crédit est aux États Unis le principal stabilisateur social en crise. Joe Biden, qui conservait des éléments de keynesianisme, a été remplacé par Kamala Harris pour mener une campagne sur des sujets societaux et culturels uniquement.

L’électeur américain a ainsi voté dans de nombreux États à la fois pour l’augmentation des salaires minimums, des aides sociales, et pour le droit à l’avortement, et en même temps, pour Trump, dont la principale promesse est de garantir le retour de la prospérité pour tous les américains – “les vrais américains”.

Les pertes de voix de Harris dans des électorats populaires, et divers, s’accompagne du maintien de la mobilisation des bases sociologiques trumpistes. La guerre culturelle approfondit les clivages et empêche de reconquérir l’électorat populaire passé à Trump en 2016.

Malgré ces énormes défis politiques, et les conséquences pour l’Europe, l’économie américaine est en bien meilleure position en faisant l’inverse de l’Union Européenne : soutien de la demande par la dette publique et l’investissement, transfers des gains économiques en investissement privé, innovation par la recherche publique monétisée par le privé.

C’est bien pour cela que les bourses américaines ont repris, aprés le choc des annonces protectionnistes, le chemin d’une forte croissance. L’incompétence trumoiste aura sans doute réussi à tuer la croissance en 2025 – mais quelle résilience en comparaison avec l’Europe!

L’obsession européenne de la compétitivité est comme la mononucléose, ou l’anorexie : une maladie

Il est temps de changer de paradigmes.

C’est la démocratie qui est en jeu.

Comme disaient les ouvriers parisiens en juin 1848: « Vive la Sociale ».

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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