La timide réforme fiscale allemande révolte une minorité de patrons – à tort

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Cet article commente les réactions rapportées dans l’article suivant de Les Échos En Allemagne le taux d’imposition des plus aisés va augmenter à 47% au grand dam des PME

(illustration : mon analyse dans le numéro 3 de Revue l’Audace de la crise d’investissement allemande)

Franchement, lorsque je parle de l’incapacité des élites européennes, dont les allemandes et les françaises sont représentatives dans tous leurs clichés, à changer de paradigme face à un monde bouleversé, on en voit un nouvel exemple ici.

Non, les PME ne seront pas touchées, et cette imposition n’a rien à voir avec la crise d’investissement en Allemagne.

Je vous renvoie par exemple à mon article dans La Revue l’Audace sur comment l’Allemagne chute.

J’en ai parlé ici il y a cinq jours : le privilège des très riches allemands

Quelques faits

L’Allemagne baisse de 10 milliards l’impôt des classes salariées et augmente de 2 petits points l’impôt des très riche à plus de 23 000 euros PAR MOIS.

Les réactions
Des syndicats de gens très riches – gagnant plus de 300 000 euros de revenu fiscal par an, une fois enlevé les outils les plus classiques de réduction de ce revenu fiscal de référence que connaît tout stagiaire en conseil fiscal – crient sur tous les toits que c’est « l’industrie qu’on assassine » en remontant un peu cette imposition.
Rendez vous compte : le taux d’imposition pour leur part de revenu au dessus de 280 000 passe de 45% à 47%. C’est 2 petits points.

De quoi parle t-on

Cette classe est très réduite.
Seulement 1% des allemands ont un revenu fiscal au dessus de 200 000 euros. Et la plupart d’entre eux sont en dessous de 280 000.

La moyenne des revenus fiscaux de référence en Allemagne est cinq fois inférieure à ce montant.

De combien de ménages fiscaux parlons nous ?
C’est 120 000 ménages concentrant presque 7% de l’ensemble des revenus en Allemagne, c’est à dire beaucoup, qui vont payer ces 2 petits points de plus.

En France, on a une situation comparable : environ 160 000 salariés du privés gagnant plus de 8000 euros par mois – leur moyenne est plutôt vers 14 000 euros – concentrent 8% de la masse salariale privée (et leur part du gâteau a augmenté de 30% depuis la crise financière. C’est à dire que leurs salaires ont absorbé l’essentiel des augmentations de salaires nettes hors inflation.)

Il y a en Allemagne 3,4 millions d’entreprises de moins de 500 salariés.
D’après l’un des syndicats patronaux criant au meurtre, au vol, à la ruine de l’économie allemande, même si ces 120 000 personnes appartenaient à cette catégorie d’entrepreneurs, ce serait seulement 4% des entreprises qui verraient leur chef payer marginalement un peu plus d’impôts.

Il faut reconnaître qu’une bonne partie de ces 120 000 ménages fiscaux sont également des salariés : cadres dirigeants dans la technologie, la pharmaceutique, l’industrie des très grandes entreprises, patrons de cliniques privées, et rarement l’entrepreneur individuel ou le patron de PME.

En réalité, le tissu industriel et économique allemand vit EN DESSOUS de 280 000 euros de revenus fiscaux.
Notons que les super riches – les quelques milliers de personnes concentrant 20% du patrimoine en Allemagne, essentiellement des héritiers sur plusieurs générations, réussissent en général à maintenir leur revenu fiscal en dessous des 280 000 euros.

Alors, pourquoi ces cris d’orfraies ?

En 1998, le conseil d’Etat allemand a déclaré inconstitutionnel la règle d’imposition des très hauts patrimoines. Il a demandé au législateur – les parlementaires – de proposer une règle réformée.
Cela n’a jamais eu lieu. Le gouvernement de gauche SPD-Vert n’a pas été capable de proposer une règle, tout occupé avec sa « politique de l’offre » à accélérer la concentration des richesses en Allemagne.
Depuis 1998, toutes les réformes fiscales ont tabassé les classes populaires et moyennes, et réduit l’imposition des très riches en patrimoine et en revenus.

Dans le même temps, les riches épargnants allemands ont évité d’investir.
J’ai suffisamment écrit sur cet effondrement de l’investissement en Allemagne et en Europe en comparaison de l’accumulation d’épargne et de la croissance des investissements partout ailleurs, de préférence des dictatures.
J’ai déjà démontré combien les allemands profitant des excédents commerciaux en haut de la chaîne n’ont pas investi à la hauteur de ces excédents – et comment leurs investissements internationaux en comparaison internationale ont un rendement catastrophique. C’est, d’après les chercheurs (allemands) qui se sont penchés sur la question, « un niveau de troisième division pendant de les investisseurs britanniques et américains sont en ligue des champions ».
L’Allemagne est tellement connue pour sa médiocrité en investissement que même le film « le loup de Wall Street » y fait référence.

Dans le même temps, les gouvernements, depuis 2003 et les réformes Harz de l’assurance chômage, ont matraqué les classes salariées.

C’est encore le cas en 2026.

Alors que le gouvernement Merz prétends relancer par l’investissement, il a annoncé une série de réformes antisociales à la fin du printemps, repoussant l’âge de retraite des carrières pénibles et de ceux ayant déjà cotisé 45 ans, reformant le minimum social, réduisant les aides pour les familles devant face à une grande dépendance (handicap ou vieillesse), etc. Etc. Etc.

42% des ménages ont ainsi annoncé vouloir réduire leur consommation face à ces réformes et l’inflation.

Lars Klingbeil, le vice chancelier SPD, a annoncé 10 milliards de réduction des impôts pour les classes populaires et salariées.
C’est la première fois que cela arrive – de manière très faible, et en reprenant dans les budgets sociaux ce qu’on donne en fiscalité – et c’est ça que tous les syndicats patronaux trouvent scandaleux.

La ministre de l’économie Reiche (CDU) fait une guerre impitoyable aux industries allemandes performantes des secteurs de la transition énergétique. L’Allemagne est leader sur les pompes à chaleur, les éoliennes, et d’autres techniques novatrices. Elle attaque ces secteurs pour protéger son industrie d’origine – l’énergie fossile – et ses donateurs – l’automobile.

Elle critique bien sûr la réforme, car elle voulait bien sûr « de l’offre », baisser encore plus les impôts des très riches.

L’exemple automobile

L’automobile allemande est en crise depuis 5 ans, et tout le monde s’accorde à dire que c’est de la faute de ses dirigeants. Peu d’investissement, une concentration sur les grosses berlines à forte marge pour l’exportation, des investissements considérables en Chine que l’on peut considérer perdus, et une impreparation totale face au marché des voitures électriques.
C’est Tesla qui a investi – plus que Volkswagen ! – dans une usine pres de Berlin.
Le choc chinois frappe une industrie qui en même temps, annonce fermer des usines et supprimer des dizaines de milliers d’emplois tout en consacrant 20% de ses bénéfices … au rachat d’actions pour rémunérer ses actionnaires.
L’augmentation du taux d’imposition des cadres dirigeants médiocres n’aura aucun impact sur cette crise structurelle.


C’est ça la crise des anciens paradigmes allemands.

Le patronat allemand est très mal représenté.
La plupart des patrons d’industrie du Mittelstand que je rencontre dans ma carrière ne gagnent pas des sommes astronomiques, sont profondément attachés à leurs régions, conçoivent leur rôle également sous l’angle de la responsabilité sociale, et sont très mal servis par des lobbyistes de quelques très grandes entreprises.

Mais le MEDEF est également très peu représentatif.

Le rejet des réformes antisociales du gouvernement Merz
Le décrochage des salaires en Allemagne
L’impôt sur les dons augmente fortement alors que ce mécanisme est utilisé pour éviter les impôts sur les successions, les patrimoines et les très hauts revenus

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Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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