Des historiens l’avaient déjà démontré – je pense à Mathiez et son analyse de la vie chère, ou à la grande enquête sur la « révolte française » recensant les émeutes entre 1660 et 1789.
Tocqueville en avait parfaitement conscience, il décrivait même la lutte des classes (à une époque où Marx était un émigré inconnu à Londres) dans son analyse de la fin de l’ancien régime.
Une étude très récente a été menée par des historiens, économistes et statisticiens.
La grande Révolution française est l’aboutissement d’un demi-siècle de révolte du peuple contre l’écrasement fiscal imposé par les nobles, le clergé, les grands propriétaires fonciers.
Ceux-ci en effet avaient, avec l’absolutisme, privatiser l’emploi de la recette fiscale à leur profit.
l’État, en menant des actions internationales désastreuses (colonisation américaine, puis guerre de sept ans perdue, soutien à la révolution américaine financée par la dette publique), puis en acceptant des réformes libre échangistes imposées par la banque de dernier ressort, le Royaume-Uni, était ruiné.
Il ruinait aussi l’industrie française.
Le grand accord de libre échange de 1786 a ainsi retardé la révolution industrielle en France de plusieurs décennies – sans la Révolution, cela aurait été bien pire.
L’étude statistique montre très bien comment le nombre d’émeutes augmentent avec l’augmentation de la pression fiscale locale sur le peuple.
L’étude de 1984 sur la « grande révolte » avait déjà identifié dans 80% des cas les sujets d’émeutes comme étant les impôts, les salaires trop bas, les prix insuffisants d’achat des céréales pour les paysans, la vie chère.
Certains historiens arrivaient à la conclusion que le paysan français de la seconde moitié du XVIIIeme vivait moins bien que ses aïeux 100 ans plus tôt, malgré les conséquences des guerres de religion et de la Fronde.
Les thèmes politiques et sociaux (liberté de culte, liberté d’expression, égalité devant la justice) sont très minoritaires dans les explosions de violence émeutiere les quarante années précédant 1789.
L’année 1789 et son explosion de violence n’est donc pas un épisode unique, singulier, ni aveugle. Il n’y a pas un coup de folie. La violence est d’abord celle d’un peuple furieux libérant une colère accumulée depuis plus de cinquante ans à l’égard des élites versaillaises et leurs représentations locales – nobles et religieux dispensés d’impôts.
Je cite :
« Taxes under France’s ancien régime (1750–89) fueled the spread of revolutionary sentiment; more heavily taxed districts were more likely to experience economic and political riots. »
Les auteurs disent ainsi démontrer que « la Grande Peur » est alimentée par ce refus fiscal.
L’abolition des privilèges en août 1789 n’est pas un épisode de libéralisme politique.
C’est une révolution de l’ordre économique et fiscal.
Tommaso Giommoni, Gabriel Loumeau, and Marco Tabellini, « Extractive Taxation and the French Revolution, » NBER Working Paper 34816 (2026), https://doi.org/10.3386/w34816




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