L’Orage et la Nation

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Ce gouvernement, comme d’ailleurs les Litanies d’éditorialistes de télévision et les élites politiques et économiques de notre pays, sont fixés sur des problèmes secondaires lorsqu’un problème majeur menace toute la Nation.

Je fait référence à cette annonce lue dans Les Échos



La crise économique déclenchée par les États-Unis et Israël va nous frapper cet été et cet automne.

Le gouvernement, les médiatiques experts et les élites économiques refusent de le voir.

La paralysie du lapin dans les feux d’automobiles
C’est ce moment cognitif où face à l’inadaptation totale des modes de pensée, des paradigmes et des systèmes idéologiques face à un réel profondément instable, le cerveau ferme tout. On fait comme si rien ne se passait.

Les idéologies modernes sont des impasses
Le néolibéralisme, je l’ai expliqué de très nombreuses fois, est une idéologie pour beau temps.
Il ne pense pas aux tempêtes, pire, il les pensent impossibles.
Or, la condition vivante est en soi une tempête permanente.

Le libertarisme lui pense la tempête comme le seul ordre acceptable, et théorise en y ajoutant une dimension religieuse la hiérarchie des humains entre eux, avec une minorité profitant de la tempête quitte à jeter par dessus bord la majorité.
C’est la justification de « prédestination », qu’elles soient bibliques, raciales ou de castes, qu’on retrouve tant dans le christianisme messianique, le kahanisme, l’hindouisme brahmanique, le racisme suprémaciste.

Il existe des discours célébrant mon la vie mais la mort : intégrisme islamiste, sectes diverses promettant que c’est mieux d’être mort que d’être vivant.

L’ordre de l’après guerre
Nos grands parents ont construit des mécanismes, des règles, des systèmes économiques et sociaux fondés sur des formes de coopération à la sortie d’une des pires tempêtes de notre histoire, la seconde guerre mondiale.

Nos parents et une partie de nous même ont systématiquement démantelé les instruments censés garantir que « plus jamais » une telle tempête ne reviendrait.

Surprise : la tempête gronde et revient.

Ce n’est pas nouveau dans l’histoire.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».

L’une des citations de Jean Jaurès les plus reprises – sans contexte, et souvent, sans y réfléchir – porte l’idée que le capitalisme finit toujours par faire la guerre.

On y a vu une condamnation d’ordre moral, un engagement pieux pour la paix, un prêche un peu convenu, mais bien écrit.

Le discours dans lequel Jaurès prononce cette phrase date de 1895.
On est presque vingt ans avant la première guerre mondiale.
Jaurès n’est pas à l’époque le patron du socialisme français. « Socialiste républicain », il travaille à l’assemblée nationale avec Jules Guesde, le premier marxiste de France. Mais Jaurès n’est pas encore marxiste : il apprendra l’allemand pour lire les textes en langue originale plus tard.

Pourtant ce discours dit la chose suivante :

« Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir ; tant que cette classe privilégiée, pour se préserver contre tous les sursauts possibles de la masse, s’appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines armées de métier des républiques oligarchiques ; tant que le césarisme pourra profiter de cette rivalité profonde des classes pour les duper et les dominer l’une par l’autre, écrasant au moyen du peuple aigri les libertés parlementaires de la bourgeoisie, écrasant ensuite, au moyen de la bourgeoisie gorgée d’affaires, le réveil républicain du peuple ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. C’est de la division profonde des classes et des intérêts dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations. « 

Affaiblir le sens des réflexions
Je me souviens, il y a un peu moins de dix ans, avoir eu des échanges avec un ancien député socialiste de l’aile social-liberale (l’aile droite) qui voulait convaincre que le Marx de 1844 et le Jaurès de 1888 étaient … Socioliberaux, et que le socialisme n’était en réalité qu’un prêche moral et démocratique. Il voulait me convaincre (ou convaincre sa mauvaise conscience ?) que la politique menée par les socioliberaux français entre 2012 et 2017 avait été « authentiquement » socialiste, alors que le marxisme de la lutte des classes, le Guesdisme, conduisaient par force au léninisme et aux crimes stalinistes, maoïstes.

Mais c’est faux. La grande trahison du social libéralisme, de « la gauche raisonnable », dont de nombreux élus et cadres rejoindront le macronisme, c’est d’avoir épousé les idéologies de la compétitivité, de la concurrence, du marché.

Dans un texte de 1888, Jaurès, alors jeune député républicain, décrit avec acuité la brutalité de la concentration des entreprises, comment les petites exploitations agricoles sont ruinées par les dettes, comment les petits commerces sont rachetés par les grands magasins, comment les artisans, les patrons de PME et PMI, sont poussés à la vente aux grandes entreprises, devenant à leur tour salariés de ces groupes.
Il décrit ce qu’il appelle, il y a presque 140 ans, le « grand déclassement ».

On retrouve des phénomènes comparables à l’œuvre aujourd’hui.

En 1895, il écrit après deux grandes crises : la crise morale du scandale de corruption du Panama – qui fait tomber entre autre le radical, ancien extrémiste, Clémenceau, et la crise financière de 1893.
Ce sont ces crises qui provoquent en France un agenda de « franc fort » et de concentration économique.
Aux États-Unis, c’est l’époque des « barons brigands », précurseurs de nos techno-miliardaires, qui tentent de transformer la République américaine en un régime oligarchique en s’appuyant sur des entreprises monopolistiques et des alliances capitalistes échappant aux contrôles de l’impôt et de la loi.
C’est un conservateur qui fera voter les lois de lutte contre les monopoles et les alliances dominantes.

Le gouvernement français, les éditorialistes, les élites se trompent lorsqu’elles croient que la tempête sera combattue en appauvrissant le peuple français.

Nous avons besoin d’un appel à la Nation.

Nous avons besoin de Danton, de Jaurès, de de Gaulle, et de Blum, Keynes, Mendès.

Pas des petits boutiquiers des comptes publics.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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