Les sondages, c’est bien connu, ne sont légitimes que lorsqu’ils font plaisir.

Ce sondage du Figaro sera donc rejeté par beaucoup de monde.
Mais il dit une chose : Bardella écrase Mélenchon 70-30 en second tour.
Les insoumis ont ceci de profondément chrétiens qu’ils croient aux miracles de la révélation du saint Esprit – ce qu’ils appellent « la dynamique de campagne ».
On a vu ce que cela a donné à Paris et à Toulouse.
La réalité, c’est que la stratégie insoumise est un succès dans l’espace microscopique des jeux d’appareils de la gauche, et un échec total, cuisant, face au Rassemblement National.
Et c’est normal. Les insoumis parlent à des clientèles électorales mais ont abandonné le discours matérialiste et universaliste. La stratégie degagiste n’a pas été changée alors que la crise inflationniste de 2022-24 fait des questions économiques les moteurs des émotions.
« Mais on a fait hier un évènement sur la vie chère » : personne n’y croit. Ce n’est pas le cœur de la propagande électorale, de l’organisation politique, de la formation militante. C’est un point cosmétique marginal.
Alors, Glucksmann ne parle jamais d’économie, la gauche non insoumise parle de trop de sujets à la fois et noie les quelques idées économiques dans un patchwork confus et non crédible.
C’est pourquoi nous restons si faibles, tous !

L’extrême droite a théorisé depuis toujours l’idée d’une rareté des ressources. C’est pourquoi leur discours et leur agenda est celui de désigner les boucs émissaires n’ayant pas le droit à ces ressources : migrants, criminels assimilés aux migrants, oisifs, et des classes urbaines social-liberales dégénérées (les « wokes »). Le masculinisme est d’abord un discours économique de concentration des ressources par les hommes – les femmes sont « libres » mais dépendantes économiquement.
Le discours anti DEI prétend que les politiques anti-discriminations ont privé de leurs ressources économiques légitimes les hommes « de souche ».
Tout le discours raciste est d’abord un discours de concentration des ressources économiques, de création de rapport de domination économique, et d’exploitation de classes dominées en les privant des ressources qu’ils produisent.
C’est pourquoi, lorsque des crises inflationnistes se succèdent, c’est ce discours qui détermine la petite musique de fond de l’opinion.
Ce n’est pas en déconstruisant le discours raciste qu’on les bats – cela fait 50 ans qu’on essaie. Et les expériences d’avant 1940 ont démontré déjà que ça, ça ne marche pas.
C’est en construisant un discours crédible et alternatif d’explications des productions et distribution des richesses. Et en concentrant 90% de ses discours sur l’idée maîtresse.
Est-ce que les français sont capables de l’entendre ? Le débat sur la taxe Zucman était partiel, tronqué, trop fixé sur un outil unique – mais le principe de la taxe, malgré l’opposition de quasi tous les médias, est accepté par l’opinion en majorité.

Aux États-Unis, le principal argument qui fait sauter les indépendants et les républicains non Maga du trumpisme, c’est d’abord l’inflation et les difficultés économiques.
La guerre est en deuxième position, les abus de l’ICE, la corruption, les attaques contre l’état de droit, marginaux.
Ce qui ne veut pas dire ne parler qu’en statistiques.
En utilisant le ressentiment raciste, le RN traduit son discours économique de rareté des ressources et de néolibéralisme ciblé sur « les nationaux » dominant les futures classes exploitées en un contenu émotionnel fonctionnant sur les faits divers, l’insécurité, les thèmes culturels et sociaux.
C’est cette traduction qu’on doit rechercher.
Mais tactiquement, les appareils des partis de gauche actuels doivent entendre cette vérité : nous n’avons pas le début du commencement des instruments pour construire une candidature crédible sur le sujet qui va dominer la présidentielle : l’inflation.
Et Mélenchon est cramé définitivement. En refusant de renouveler, de « faire mieux », les insoumis bloquent 10% d’électorat de premier tour et empêchent toute coalition venue de notre camp d’espérer être au second tour.
Et ils n’ont rien à dire sur l’inflation. Si l’ennemi est le socialiste, l’inflation ne joue aucun rôle politique. C’est un accessoire cosmétique pour remplir un discours.
L’inflation va frapper les françaises et les français d’une manière inéluctable et modelisable dans les trois prochains mois.
Le gouvernement n’a rien prévu.
Les médias n’en parlent pas.






Les recettes de 2023-2025 ont fait payer aux classes dépendant du revenu du travail l’inflation de 2022-2024.
Le capital en France a accumulé 37 milliards de bénéfices indus sur la guerre en Ukraine. A aucun moment ces gains n’ont été discuté, thématisé, fiscalisé.
La grande distribution, partout en Europe, à augmenté ses marges sur les produits de consommation des classes populaires.
l’INSEE a publié hier une étude sur la pauvreté monétaire que l’OFCE a contractualisé sur la période 2005-2025.
Les travailleurs en France sont les grands perdants. Quelque soit leur origine, leur géographie, leur éducation religieuse, leur autres attributs d’identité, choisies ou imposées par le regard des autres.
Or, tout indique que la crise inflationniste de 2026 sera traitée de la même manière.
C’est ça, l’obsession.
Je m’en fout du débat sur la primaire. Je pensais que de tous les candidats déclarés François Ruffin était le seul convenable.
Parlons plutôt d’abord d’inflation. Et de classes dépendant du revenu du travail. Et des instruments pour combattre l’inflation au bénéfice des classes qui travaillent. Et de rééquilibrage de l’économie au profit du travail.
Si nous avions, plutôt que des débats tactiques d’appareil, de grandes conventions sur la doctrine économique, l’inflation au coeur – car c’est le danger immédiat – alors oui on aura la bonne méthode.
Et n’oublions pas : la crise environnementale est une crise inflationniste posant la question de la production et distribution des ressources économiques.
C’est la vague de fond qui pousse les vagues (guerre en Ukraine, en Iran) que nous voyons.
Alors soit nous épousons un discours, celui de l’extrême droite, de la pénurie des ressources et de la concentration de celles ci sur une catégorie désignée dominante, soit nous construisons un discours crédible permettant d’emmener les classes nombreuses vers une prospérité partagée dans la paix.
Le libéralisme est en échec. Il a choisi : dans le doute, mieux vaut la dictature et la corruption que le partage.
Là aussi cette leçon est ancienne, et toujours confirmée dans l’histoire.
Mais de nombreuses classes libérales ne sont pas criminelles et préfèrent la paix, l’harmonie sociale.
Présidentielle 2027 :
Le vote utile n’ira pas au premier à gauche pour se qualifier, mais au seul candidat perçu susceptible de battre le RN.
C’est donc les sondages de second tour, pas de premier tour, qui vont cristalliser le vote utile de premier tour.
En 2016, à peu près à cette période, c’est un sondage donnant Hollande battu par Le Pen qui a mis fin à l’hypothèse d’une candidature pour sa réélection.
Et l’écart était bien plus faible que l’écart actuel entre le supposé premier à gauche, Mélenchon, et Bardella.
A l’heure actuelle, le vote utile du « petit bourgeois de gauche » (expression de Mélenchon qui méprise profondément ses propres électeurs) ira au candidat de centre droit perçu comme susceptible de battre Bardella.
La priorité de la gauche doit être de :
- Mettre l’inflation au coeur de toutes ses réflexions, ses actions, ses campagnes, marteler le message du bouclier contre la vie chère dans tous les sujets, toutes les interventions, même quand le sujet c’est autre chose.
- Obtenir le retrait de candidature de Mélenchon pour recréer l’espace aujourd’hui absent d’un consensus susceptible de battre Bardella au second tour.
Dernière station avant la fin des démocraties électorales.



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