L’ami François Ruffin a rappelé aujourd’hui le décalage entre les promesses des riches en temps de crise et la réalité des concessions matérielles faites aux classes populaires une fois la crise finie : aucune.
Les riches se sont enrichis.
https://x.com/i/status/2033975637044518928

Je pensais exactement à cela en lisant aujourd’hui Plutarque, la vie des grands hommes, et notamment celle consacrée à Coriolan.

Je vous mets en parallèle les données du problème, et le discours des riches sénateurs romains d’un côté, du riche Macron de l’autre.
François rappelle que le confinement commence il y a pile six ans.
Il rappelle ce que l’on a promis aux salariés « essentiels » et travailleurs en première ligne : « Macron promet en mars 2020 (…) des embauches, des lits supplémentaires, des salaires revalorisés » et en réalité ce sera « un budget réduit, 2000 lits supprimés ».
Macron parle des salariés « qu’on rémunéré si mal » sur lesquels repose la société. Il promet des hausses de salaires, ils auront une perte de pouvoir d’achat avec l’inflation et une perte de pouvoir d’achat différé avec la réforme des retraites.
Macron regrette avoir « déléguer notre alimentation, notre capacité à soigner » mais conclut d’autres traités de libre échange et perd les capacités industrielle pharmaceutiques essentielles.
François Ruffin s’élève alors en tribun du peuple pour promette s’occuper des sept millions de salariés des classes populaires.
Justement, Plutarque raconte, dans les premières années de Coriolan, l’épisode de la première grève documentée de l’histoire européenne.


Le prince du sénat romain, un certain Marcus Valerius, joue le rôle de Macron. Il a promis au peuple des laboureurs, des journaliers, des hommes libres et pauvres « que les riches les traiteraient plus doucement » s’ils acceptaient de se mobiliser et combattre.
A l’époque, l’homme libre devait fournir son équipement : les hommes du peuple s’endettent pour s’équiper. Les riches aristocrates font commerce des armes et des équipements.
On se bats, bien, et l’ennemi est repoussé.
A peine la paix revenue « ce qui avaient un peu de chose en étaient privés par les usuriers (les banquiers), et ce qui n’avaient rien étaient saisi au corps (mis en esclavage pour dette). »
Plutarque ajoute « qu’ils montraient leurs blessures (…) et qu’ils n’étaient traités en rien plus humainement » par le Sénat, qui les laissaient être emmenés pour être vendus en esclavage.
Le peuple décide alors de cesser le travail, quitter Rome et se rassembler sur une colline « où on peut tout aussi bien mourir qu’à Rome ».
Les sénateurs au départ ne veulent pas céder, à l’invitation de Marcus Valerius, droit dans ses bottes.
Finalement, le vieux Agrippa vient donner au peuple de Rome le premier discours theorisant…
Le ruissellement économique.
Il n’utilise pas l’image du ruissellement, mais celle de la … Digestion.
Oui, dit-il, ce sont les bras et les jambes qui produisent et marchent, mais c’est le ventre qui reçoit le premier la nourriture, et, comme les riches du Sénat, concourre à une redistribution optimale vers les bras et les jambes.
Bon, le discours est promis à 2500 ans de succès de propagande justifiant des inégalités inacceptables, mais en réalité, le peuple reçoit cinq tribuns chargés de les représenter en négociation permanente avec le Sénat, réduisant donc son pouvoir.
Marcus Valerius fait la gueule, mais un général romain, Marcius, a l’idée d’utiliser le peuple content pour aller envahir le territoire des Volsques et piller la ville de Corioles.
Victorieux il y reçoit ce surnom, Coriolan.
Et je me dis que la lutte des classes est bien un moteur d’explication de l’histoire très antérieur à la révolution industrielle.



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