Élections régionales du Baden Württemberg

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Quelques observations rapides, je publie un article pour le site de La Revue l’Audace plus complet cette semaine.

En illustration : évolution du vote des ouvriers pour le SPD dans la région.

La coalition sortante Ecologistes-conservateurs gouverne la région depuis 2016. C’est en 2011 que les écologistes avaient remporté la région, illustrant l’échec politique du merkellisme. Celle-ci n’a pu durer aussi longtemps que par la pusillanimité du SPD, qui n’a jamais osé la faire chuter.

L’enjeu des élections portait sur le nom du futur ministre président. Cem Özdemir, représentant de l’aile libérale bourgeoise des écologistes, l’emporte de peu. Il sera le second président de région allemande issu de l’immigration après David McAllister et le premier d’origine turque.

La CDU progresse mais a la sensation d’une lourde défaite : il y a deux mois, les sondages les mettaient dix points devant. La médiocrité du candidat Hagel et l’échec en cours de Merz ont fait perdre leur avance aux conservateurs.

Sans doute, la guerre en Iran, qui rend absurde et suicidaire la politique énergétique et économique de Merz et de Katarina Reiche, la ministre en charge, ont également joué un rôle.

Les résultats politiques
15% de l’électorat n’est pas représenté au parlement.
Deux coalitions possibles :
Vert-Droite, la coalition sortante, et Droite – Extrême droite.

Premières estimations, confirmées quasiment par le résultat

Pourquoi cette région, plus riche d’Allemagne, bastion historique des libéraux du FDP (qui disparaissent), où le SPD a été remplacé par les écologistes (fraction pragmatique – libérale en économie) avec 4 % de chômage choisit à 18% l’extrême droite ?

Le SPD perd 200 000 voix. A 5,5% il reste dans le parlement régional de Stuttgart de justesse.

Si 115 000 ont alimenté le vote utile pour les verts, 30 000 sont allées directement à l’extrême droite.

Le premier parti des classes sociales sur lesquelles la social-démocratie avait construit ses coalitions majoritaires est aujourd’hui l’AfD.

Cette évolution était prévisible. Elle était inscrite dès la GroKo de 2013.

l’AfD a cependant déçu, le candidat choisissant, contre l’avis du parti, de visiter les États Unis dans la phase ultime de la campagne, a créé une crise interne.

l’AfD est également comme le RN devenu expert en népotisme et en utilisation de l’argent public pour alimenter la famille avec des emplois de collaborateurs d’élus fictifs. Le scandale choque, même si en Allemagne la loi est beaucoup plus complaisante à la corruption qu’en France.

Et puis, on s’inquiète des échecs économiques et politiques de MAGA : le pétrole surgit à 100 dollars le baril. La fraction libertarienne est affaibli, ce qui favorise les fractions poutinistes et celles néo-nazis.

Il n’en reste pas moins que le rejet de la démocratie libérale atteint aussi la région la plus prospère.

C’est que la crise industrielle est arrivée dans le « Ländl ».

Transfer de voix des écologistes entre 2021 et 2026
Transfer des voix des conservateurs

Le très riche Baden-Württemberg, avec 4% de chômage, et un PIB par habitant de 57000 euros (41% plus élevé que le PIB par habitant français), confirme une évolution que j’ai observé déjà pendant la GroKo 2013-2017.

La radicalisation du vote des classes populaires et moyennes venues de la gauche vers l’extrême droite passe d’abord par un « sas » où il est encore possible de renverser le vote.

Hier, aux élections régionales, la participation a fortement progressé par rapport à 2021.

Le premier parti a convaincre des abstentionnistes de 2021, c’est l’extrême droite.

Dans le même temps, le score du SPD et de l’AfD en 2026, c’est l’équivalent du score du SPD seul en 2016.
La plus forte transformation politique, c’est le cycle qui voit des électeurs bourgeois du SPD rejoindre les verts, parfois, en étant déçu, rejoindre les conservateurs ou l’AfD, et un électorat populaire choisissant l’abstention ou un vote d’un parti « exotique » (en 2010, le parti pirate, en 2016 les « freue Wähler ») avant de voter AfD.

Le maintien des conservateurs allemands à un haut niveau est en partie expliqué par le fait qu’en proportion, la base chrétienne démocrate n’est pas passée à l’AfD. Et c’est pour cela qu’une alliance serait suicidaire pour la CDU.

L’AfD a fédéré un électorat profondément défiant d’une démocratie libérale qui prétend être experte en prospérité (l’excédent budgétaire ! L’excédent commercial !) alors que cette apparente prospérité n’atteint jamais les classes nombreuses (revenu disponible net en forte baisse avec la hausse des coûts de logement, de chauffage, de transport, taux de pauvreté très élevé avec une perte nette de pouvoir d’achat des revenus salariés).

Les boucs émissaires sont alors nombreux : les récipiendaires des aides sociales, les allemands d’origine étrangère et les immigrés, les conspirations des élites (grand Reset), les gauches, les juifs.

Le groupe de presse Springer a d’ailleurs décidé de ne plus s’ancrer dans l’aile conservatrice la plus traditionnelle de la CDU mais de vouloir porter au pouvoir un libertarisme populiste et nationaliste sur le modèle de Trump et Milei, acceptant le risque de favoriser avec l’AfD un parti ouvertement recyclant les cadres et militants du néo nazisme post-reunification.

Il fait pression pour de premières alliances droite – extrême droite.

Mais l’AfD est un parti plus radical que le RN ou même MAGA. Il n’est pas prêt à se « dediaboliser ».
Au contraire, toute l’histoire du parti, depuis sa création en 2013 en modèle proche de l’UPR français (le parti de Asselineau), c’est le succès par la radicalisation à droite.

L’AfD anti euro faisait difficilement 5%. Une première radicalisation anti démocratie représentative lui a donné des succès régionaux, suivi par la victoire des cadres proches du RN et de Orban, portant le parti à 10%. Depuis que les ailes les plus proches des mouvements néonazi l’ont emporté en Allemagne de l’Est, le parti y fait des scores entre 30 et 40%. Au niveau Ouest, cette radicalisation est également efficace en terme de propagande électorale.
Les 18% de hier soir en sont la preuve.

Et je repense aux réflexions de Marx sur le « prolétariat en guenille » qui est instrumentalisé par les capitalismes pour attaquer le prolétariat « conscient de lui-même ».

Transfer des voix de l’extrême droite

La crise du SPD trouve ses racines en partie dans l’effondrement de sa base sociale suite aux grandes coalitions avec la CDU.

L’incapacité de l’aile droite du SPD, dominant la coalition en 2021, ayant verrouiller les structures en 2025 avec Lars Klingbeil, à se remettre en cause et à travailler sérieusement à un nouveau départ depuis l’opposition est en train de tuer une composante essentielle, électoralement, pour empêcher la victoire de l’extrême droite. Le SPD gouverne depuis 2013.

Ils m’ont rien appris de l’échec des démocrates aile clintonienne face à Trump, du parti démocrate italien, ou de la déchéance du PS français.

Transfer du SPD
Le vote ouvrier quitte le SPD. L’AfD est le premier parti ouvrier
Évolution du vote dans la région depuis 1952.

Il y a, dans la weimarisation des parlements que j’observe depuis plus de dix ans, deux phénomènes :
L’un, c’est l’émiettement, le second, la polarisation.
15% des suffrages exprimés ce soir dans les élections régionales de Stuttgart n’ont pas de représentation parlementaire parce que les électeurs, en connaissance du système électoral, ont choisi des partis sans perspective d’être représentés. C’est à dire : le niveau de défiance est tel, que l’électeur, 1 sur six, choisit l’opposition non parlementaire.

Un électeur sur 3 vote en défiance de la démocratie libérale.

Un dernier mot : les libéraux du FDP – les alliés de Macron au niveau européen – payent cher leur sabotage de la coalition gouvernementale entre 2021 et 2024 et leur choix, depuis 2025, de faire la course à l’échalote avec l’AfD.

Le FDP a choisi le Mileisme et perd ses électeurs traditionnels de la bourgeoisie libérale démocrate.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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