Le drame des subventions aux « bullshit jobs”

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C’est un sujet que j’ai souvent abordé et qui commence à enfin sortir.

Je renvoie à cet entretien de mon ami Guillaume Duval sur Xerfi Les subventions aux bas salaires


C’était l’une des conséquences possibles que nous avions thématisé lorsque, premiers frondeurs, nous nous opposions dès fin 2012 au futur CICE.

Le problème, c’est que l’accélération de ce dispositif a fait passé la subvention des emplois à bas salaires, faible productivité et faible qualifications de 20 milliards en 2013 à 62 milliards en 2024.

Ce coût est soi disant justifié par « la baisse du chômage ».

En réalité, le chômage a baissé en France selon une courbe très moyenne commune à l’ensemble de l’UE.

Par contre, cette politique a créé un effet d’éviction : les entreprises françaises délocalisent les emplois à haute technicité et hauts salaires et transforment la France en un pays de manutentionnaires, de caristes, de salariés du service dans la distribution.

On subventionne le groupe Mulliez, pas la production, ni l’innovation, ni les secteurs compétitifs, pour un coût exorbitant.

Le plus rageant, c’est que la pensée outil, la pensée gadget, s’est de nouveau imposée au débat avec la taxe Zucman (4 milliards de recettes attendues).

Mais l’idéologie de la subvention des bas salaires continue de faire des ravages tant à droite – c’est l’unique outil de pouvoir d’achat du RN et du LR – qu’à gauche – c’était l’un des gadgets proposé par le PS par le biais de la CSG.

L’éviction des emplois bien payés de l’industrie par des emplois de merde du service (il n’y a pas de mot technique meilleur) est pourtant l’un des moteurs du déclassement social, économique et culturel des territoires et des classes ouvrières.

Contrairement aux visions misérabilistes d’une intelligentsia urbaine, l’emploi ouvrier technicien paye plus qu’un emploi d’universitaire.

Aujourd’hui, les patrons de l’industrie ont raison lorsqu’ils disent qu’ils ne voient pas les aides aux entreprises : elles sont construites pour éviter l’industrie.
Et elles ont raison de se plaindre du coût de leurs emplois : pour compenser la subvention des emplois de merde (là encore, il n’y a pas d’autre terme technique, c’est même la traduction littérale de « bullshit job », expression consacrée par la littérature scientifique depuis Graeber) on fait surcotiser les emplois techniques et productifs.

Il faut changer de paradigmes.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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