La pauvreté salariée , ferment de la crise sociale et politique universelle

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Cela peut paraître paradoxale, vu de France, de parler d’une crise. le taux de chômage allemand a baissé de 11,7% en 2005 à 5% en 2019 avant de remonter, entre Covid, inflation due à la guerre, et crise de la globalisation, à 6,3% en 2025.

L’Allemagne, depuis 2010, est ainsi mise en scène en modèle. Il faut faire « les difficiles réformes du marché du travail qu’à conduit un socialiste, Gerhardt Schröder, il y a plus de vingt ans ! »

Certes, mais dès 2003, le taux de pauvreté augmente. Il atteint en 2025 17% des allemands.

Lorsqu’on compare le niveau de précarité et de pauvreté selon l’indice européen, qui ne prends pas seulement les aspects monétaires en compte, l’Allemagne a un taux de pauvreté élevé en Europe, inchangé depuis … 2007.

La France, qui était bien mieux lotie en 2007, a rattrapé l’Allemagne en 2024.

En 2012, l’institut proche des syndicats SIW notait que les revenus du capital avaient augmenté depuis l’an 2000 deux fois plus vite que les revenus du travail, et, pire encore, que la majorité des salariés avaient des salaires en pouvoir d’achat réel inférieur à la moyenne de l’an 2000.

Depuis, j’ai documenté à quel point le marché du travail allemand ne rémunère pas le travail dans de nombreux articles de ce blog.

Les allemands vont renvoyer Schröder dès 2005. Angela Merkel continuera l’agenda du social démocrate, le couvrant de louanges rétrospectifs. Toutes ses coalitions seront battues dans les urnes – en 2009, en 2013, en 2017, en 2021.

Mais les blocages institutionnels de la société allemande empêcherons un changement de politique, alimentant un vote anti système à la gauche et à l’extrême droite.

En 2025, les votes anti système cumulent 35% des suffrages. L’extrême droite est devenue le premier parti d’Allemagne.

Nous n’aurions pas dû copier

Les doctes tenants de l’orthodoxie libérale « à la française » exposent à longueur de plateau combien la France est l’enfer, empêchant le capital de se déployer avec son État trop coûteux, et épuisant le travail d’impôts, qui seraient les seules causes des pertes de pouvoir d’achat.

C’est la base du « projet » que propose la coalition issue à la fois du Parti socialiste et du Parti UMP (droite républicaine) sous les auspices du Modem et des grandes richesses du pays, conduite par Emmanuel Macron en 2017.

Le financement des largesses fiscales qu’il prévoit – près de 60 milliards de baisses d’impôts supplémentaires pour les riches et les entreprises s’ajoutant à la pérennisation de celles du quinquennat précédent – est censé venir de … la baisse de 60 milliards des dépenses sociales, notamment d’assurance chômage, grâce au plein emploi.

Ce plan, c’est exactement ce que les « experts » français avaient retenu des politiques de « baisse du coût du travail » de l’Allemagne.

Il a été appliqué implacablement. Macron réalise ses promesses. Il fallait lire attentivement son projet pour comprendre ce qu’il allait faire.

Sa méthode est par ailleurs, comme celle de Schröder entre 2003 et 2005, celle de l’autoritarisme, sans concertation ni compromis avec les corps intermédiaires ou les syndicaux, sans même de vote à l’assemblée nationale.

A la différence de la constitution allemande, la constitution française et son mode de scrutin le permet. Même privé de majorité législative en 2022, la méthode persiste : l’imposition au forceps de la réforme des retraites continue de s’attaquer aux revenus du travail, sans concertation, ni vote. En 2024, la défaite aux législatives n’entraîne même pas d’alternance.

La désespérance allemande

Un sondage du mois d’août 2025 a mis l’extrême droite en tête en Allemagne.

Cette information, qui aurait déclenché des levers de boucliers en 1995, est acceptée avec indifférente, au mieux une inquiétude hypocrite.

La présidente du Bundestag est issue de l’aile la plus conservatrice de la CDU. Elle estime que l’opposition à gauche est pire que l’opposition à l’extrême droite, et l’équivalent allemand de Libération, aussi dommageable au débat public que des sites conspirationnistes racistes.

C’est l’autre conséquence du marché du travail : la droite, qui a porté pendant 16 ans la politique de réduction des revenus du travail et de baisse des investissements publics et privés pour protéger les exportations, a besoin de boucs émissaires pour écarter la responsabilité de l’échec.

Cette tactique est présente partout en Occident. C’est le moteur des succès de Farage et Boris Johnson, obtenant le Brexit.

C’est le moteur du succès de MAGA.

C’est l’aliment de la prise de pouvoir puis de la conservation de celui-ci de Orban, de Meloni, de Erdogan, et, sur les politiques économiques comparable, de Nethanayou.

A chaque fois que les centre gauche ont refusé d’assumer une rupture économique, de remettre au coeur la demande intérieure par l’investissement et le salaire, ils ont été balayés. C’est ce qui attend Starmer, dont la politique économique poursuit celle des conservateurs, et, sans surprise, fait monter l’extrême droite.

Beaucoup de voix, de droite à la gauche libérale en économie et conservatrice sur les mœurs, va dire : « mais non, Les gens ne sont pas si manipulables, il y a un vrai ressentiment à l’égard des migrants, de l’insécurité, des profiteurs du système social qui nous coûtent tant ».

l’Allemagne a fait le choix il y a plus de cinquante ans de délocaliser la reproduction biologique de la force de travail. Ce n’est pas un complot culturel, c’est une conséquence économique.

A partir du moment où la demande intérieure doit être limitée pour dégager de la compétitivité internationale, la croissance étant non recherchée dans le dynamisme intérieur mais le commerce international, faite des enfants est exorbitant.

La conséquence d’une économie mercantile d’exportations, c’est que les systèmes de retraite ne seront plus financés.

Dès lors, on vends des retraites complémentaires privées, on allonge la durée du temps de travail, et on ouvre régulièrement le marché du travail à une main d’oeuvre privée de droits civiques, soumise à la pression d’une expulsion, pour accepter des conditions de rémunération, de travail, de logement dégradés par rapports aux citoyennes et citoyens.

Ce n’est pas progressiste que de favoriser ce mouvement d’exploitation par le capital de sa position dominante face aux facteurs du travail.

Mais les gauches radicales comme les gauches gouvernementales sont également piégées par des murailles idéologiques dépassées.

La désespérance se mue en colère

Le mouvement du « Tea Party » préfigure le mouvement « MAGA » en donnant un véhicule à la colère sociale, sur le sujet du rejet des impôts.

Depuis, c’est la force du trumpisme, toutes les colères possibles ont été intégrées. La solution économique ne consiste d’ailleurs pas à développer les secteurs garantissant de bons emplois, mais à punir les catégories considérées comme responsables de la pauvreté salariale. Il est bien plus important de tirer les progressistes de leur rêve bourgeois de métropoles connectées dans la fosse où les politiques mercantiles ont plongé les classes ouvrières et productrices, que de sortir de la fosse.

La colère est ici la réaction au désespoir : on ne sortira plus de la fosse.

Il est impossible aujourd’hui de convaincre les jeunes générations empreintes de progressisme individualiste du primat des questions matérielles et sociales sur les questions d’identité.

Ce faisant, les courants radicaux pensent dans les mêmes catégories de boucs émissaires que les opposants néo -feodaux.

Le « blanc », le « riche », l’homme en tant que représentant universel du patriarcat, l’hétérosexualité comme oppression des sexualités non hétérosexuelles, sont ces boucs émissaires, qui de plus ignorent les histoires des constructions sociales oppressives.

Mais le coeur du problème n’est pas identitaires, et ne se résout pas dans « la déconstruction individuelle » – c’est à dire l’adaptation de « l’autocritique » des leninistes au vocabulaire progressiste.

Le fond de l’affaire reste toujours le même : quel type d’organisation sociale choisir pour arbitrer le partage entre travail, capital, production et échanges, services communs, services publics, et services gratuits, entre sécurité matérielle et liberté spirituelle.

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Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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