La Nation, Nicolas et l’impôt

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La Nation enchaînée par "ses élites".

La Nation, Nicolas et l’impôt

Une caricature représentant deux aristocrates, l'un souriant et l'autre en train de tenir un homme âgé, avec des éléments de la paysannerie en arrière-plan, symbolisant la lutte des classes au cours de la Révolution française.

Il y a parfois un débat assimilant la « France » institutionnelle, telle que les classes aristocratiques et ecclésiastiques attachées aux dynasties se proclamant « roi de France » la définisse, et la Nation française.

Pourtant, le consensus des contemporains comme des historiens immédiats, c’est que la Révolution française, en mettant fin à la domination monarchique, aristocratique et religieuse de minorités accumulant le capital foncier et les revenus fiscaux, est la forge créatrice de la Nation.
Celle-ci est républicaine, tumultueuse jusqu’à la violence, généreuse aussi, contradictoire en somme.

La Nation commence à naître en s’opposant aux impôts indirects.

Les grandes dates mettant fin à la féodalité – Juillet 1789, le 4 août 1789 – ne sont pas des dates éthérées de proclamation d’une « liberté » théorique.

Illustration satirique représentant trois figures portant des costumes d'époque, affichant des slogans politiques. L'une des figures porte une échelle, symbolisant la justice, tandis qu'une autre tient une épée et un animal suspendu, suggérant une satire sur le pouvoir et la Nation.

Il s’agit en premier lieu d’une gigantesque révolution fiscale, et d’un changement profond des structures de la propriété foncière.

En arrachant aux mains privés – les fermiers généraux et autres officiers tirant des rentes des missions qu’ils ont achetés au Roi – l’organisation de l’administration, ces journées fondent également l’Etat comme le modérateur des intérêts contradictoires au sein de la Nation au nom du bien public – la République.

Les propriétaires de juin 1789 perdent leur propriété foncière, leur concessions privées.
Même la richesse financière leur est arrachée, avec la création des assignats.
La Révolution française doit faire face dés ses débuts à une résistance violente de classes très riches dont on arrache pas seulement le pouvoir politique, mais aussi la richesse.
Les émigrés nobles, pauvres hères à Londres ou Vienne, n’aurons plus qu’un instinct de revanche, trahissant la Nation, et, une fois revenus au pouvoir, la pillant.

C’est la révolution économique la plus profonde de notre histoire. En s’attaquant aux privilèges fiscaux, la Révolution mets fin au féodalisme.

La liberté n’est possible que parce que cette révolution fiscale a lieu.

Des décennies d’historiographie d’inspiration libérale, suivant les travaux d’un ancien marxiste choisissant une lecture néolibérale critique de la Révolution pour proclamer son hégémonie académique et sa carrière de mandarin (il fera expulser toutes les autres écoles historiques de la Révolution des chaires académiques et contrôler la production éditoriale avec un réseau d’alliés partageant ses conceptions libérales, on parle de monsieur Furet et ses amis), ont tenté de dissimuler cette vérité initiale.

La violence de l’Ancien Régime est également systématiquement occultée.
Dans un travail remarquable – et oublié – coordonné par Jean Nicolas, l’historiographie a ainsi documenté entre 1661 et 1789 prés de 9000 rébellions populaires en France.
C’est une émeute populaire tous les cinq jours.

Le premier sujet de préoccupation des français en colère, c’est l’impôt, le second, le pouvoir d’achat.

Les sujets de bataille culturelle qui intéressent tant les élites françaises de l’époque – la religion, la Fronde – c’est même pas 10% des émeutes.

1661 est bien sûr une date qui me tiens à coeur. C’est en effet la date à laquelle pour la première fois un document mentionne l’existence d’une famille du nom de « Poydeseau », nom qui ensuite se fixera comme « Pouydesseau ». Jean, né vers 1640, a prononcé ce nom difficile à écrire en gascon, créant le nom de famille. Il n’y a pas de traces de Pouydesseau avant en France.

En 1661 une émeute à Bordeaux rassemble 1500 artisans de différents métiers dont celle des mariniers – la famille Pouydesseau fait partie des mariniers et charpentiers de navires pour le trafic fluvial sur la Garonne, depuis le port du passage d’Agen. Les émeutiers s’en prennent aux bourgeois, aux négociants, qui ont privatisés la collecte de l’impôt sur le commerce et les activités artisanales – alors qu’ils sont souvent aussi les donneurs d’ordre.
Les affrontements entre classes en concurrence entrainent la mort de 4 personnes, les gendarmes tuent également un émeutier, il y a de nombreux blessés.

Alexis de Tocqueville décrit dans son histoire de la chute de l’Ancien Régime la montée d’une lutte entre classes qui ne trouve plus de modération ni de forums de pacification avec la progression de l’absolutisme et de la centralisation administrative.
La fin des parlements régionaux et la progressive marginalisation. des corps intermédiaires locaux suppriment les leiux où les émeutiers pouvaient trouver les structures de compromis sociaux ramenant l’ordre.

En 1789, il ne reste plus qu’une seul adresse à qui exprimer la colère: le roi.
En 1793, incapable de comprendre cette colère accumulée, ni de changer ses propres paradigmes de pensée, il y perds la tête.

La Révolution a choisie de construire une Nation dans la République, avec une promesse sociale et de justice fiscale.

La récupération des opportunistes, financés par les esclavagistes, a violé cette promesse, pour la remplacer par une aventure impérialiste en Europe aboutissant à une France rabougrie, redonnée à des Bourbons n’ayant rien appris, occupée militairement pendant trois ans.

Nous sommes alors, en tant que Nation, passés d’une culture de la rébellion à une culture de la Révolution: 1830, 1848, celle avortée dans le sang de 1871, 1944.
La République sociale et la décolonisation parachèvent cette évolution.

Depuis le second mandat de Jacques Chirac, les présidents accélèrent la destruction des instruments du social, amoindrissent les corps intermédiaires et les outils de modération, réforment plus vite que leur ombre (et n’importe comment) l’Etat et les régions pour créer encore plus de distance.
Dans le même temps, les classes qui dominent la propriété immobiliére, le capital financier, et contrôlent la perception de l’impôt font peser tous les efforts sur le peuple, sur la Nation.

Certains aiment à s’imaginer que les français regrettent le roi, d’où la popularité de la fonction présidentielle. C’est des billevesées (je reste poli).
Tant que le chef de l’Etat emploie sa légitimité issue du suffrage universel pour s’établir au dessus des partis comme l’un des forums de conciliation des intérêts contradictoires de la Nation, il conserve sa légitimité.
Dés lors qu’il impose cette sanction électorale pour empêcher tout compromis social et national, il perds cette légitimité. Le peuple a ainsi voulu aller « le chercher » en décembre 2018.

Le 10 septembre 2025 entrera t-il dans notre histoire comme une « nouvelle journée de septembre »?
Ou cette nouvelle émeute fiscale du peuple contre les élites, en partie portée par le mouvement « Nicolas paye », subira t-il le délitement de manipulations politiciennes trop évidentes?

La République nait le 21 septembre, c’est aussi la Saint Mathieu (oui, ce n’est pas une coïncidence.)

Le mois de septembre 2025 sera sans doute un des mois les plus cruciaux pour notre Nation.

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Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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