La crise mondiale et les 4 phases d’adaptation au changement non choisi
« C’est l’été ».

Hier, en France, un travailleur est mort de chaud sur son chantier. Une petite fille est morte de chaud en visitant Versailles.
Anecdotes tragiques.
Hier et aujourd’hui, les suites des très violents orages de la semaine dernière ont continué de perturber le trafic ferroviaire en Allemagne, accumulant les incidents suite aux arbres et branches effondrés sur les voies.
Hier, un front d’orage d’une extrême violence, stationnaire entre l’Alsace et les Flandres, a fortement perturbé le trafic aérien en Europe de l’ouest. Des centaines de vols ont été retardés ou annulés.
On estimera que l’orage est bien « punitif » juste avant « le départ en vacances ».
Ces phénomènes météorologiques répétés sont extra ordinaires.
Les normes techniques de nos infrastructures conçues il y a 50 ou 30 ans n’ont pas prévu de températures prolongées à plus de 35 degrés sur plusieurs semaines tous les ans, ni des orages d’une telle violence à des saisons incongrues.
Ces normes ont été prévues pour le climat ordinaire. Le climat est, chaque année, extraordinaire.
Les normes techniques démontrent également le décalage entre l’accélération des conséquences du changement climatique et nos capacités d’adaptation.
Certains disent « changeons notre consommation individuelle ! ».
Je l’ai très souvent critiqué.
En faisant de cette affaire une morale individuelle, on évacue la réflexion systémique, on épouse le cœur de l’idéologie néolibérale individualiste, et on substitue à la bigoterie chrétienne la bigoterie écologique.
Ce n’est n’est pas à la hauteur.
Les 4 phases de l’adaptation au changement non choisi: déni, colère, acceptation, action
L’extrême droite elle reste, dans les quatre phases d’adaptation au changement, à celle du déni, avec dans certaines franges la phase de la colère.
La phase du déni consiste à dire que le réchauffement est solaire, ou pire, que c’est une vue de l’esprit d’idéologies aux desseins sombres. Puisque le soleil nous réchauffe, nous n’avons aucune culpabilité.
Et oui, ils en sont resté, comme les franges néolibérales écologistes, à la bigoterie du péché originel, certes pour rejeter à confesse leur propre action.
Et donc, sans culpabilité, nulle urgence d’agir. L’adaptation se limite à acheter des climatiseurs et à construire des bassines, et expulser les migrants de plusieurs générations. D’après Trump, il faut expulser des citoyens américains. Et les donner à manger aux alligators.
Il n’y a dans la grande loi économique et budgétaire passée en début de semaine RIEN pour s’adapter alors même que Trump a accepté le récit du « réchauffement dû au soleil ».


Son administration a démantelé tous les services permettant de prédire, de prévenir, et de réparer les catastrophes naturelles.
Enfin, à rebours de 220 ans d’histoire souvent contradictoire en Amérique, Trump revient sur les libertés publiques et individuelles.
Une comparaison énergétique entre États Unis et Chine montre ainsi que les premiers misent sur les énergies fossiles pour s’adapter, les seconds, sur des énergies renouvelables ou sans émissions carbone.


La Chine accepte les résultats de la science. C’est un régime communiste s’appuyant sur le confucianisme. La raison et l’observation de la nature y restent des principes majeurs.
L’idéologie politique rejette l’individualisme et les libertés publiques – certes. Le système colonial appliqué aux minorités (Tibétains, Ouïghours pour les cas les plus connus) et le système répressif des libertés publiques et politiques sont intolérables.
Mais si l’Europe cherche un partenaire faisant confiance à la raison face au climat, il n’est pas outre Atlantique.
La phase de la colère consiste à réagir avec violence à la realisation de ce qui vient.
Une partie de l’extrême droite, la Russie de Poutine, le gouvernement d’israël, les bigoteries intégristes islamistes de plusieurs sectes differentes, réagissent aux changements globaux par la violence, le fantasme des guerres civiles, la guerre d’invasion des voisins, le genocide des Palestiniens.
Ce sont des réactions colériques, profondes parfois, toujours s’appuyant sur une métaphysique enchantée. Poutine compte sur l’église orthodoxe, Nethanyahou sur les intégristes judaïques genocidaires, les islamistes sur leurs écoles chiites ou sunites.
La phase suivante, c’est celle de l’acceptation d’une inéluctabilité du diagnostic. Le progrès réalisé, c’est reconnaître l’existence d’un gros problème. Le danger, c’est de tomber dans la torpeur, la tristesse, voire des formes de sidération.
C’est l’état actuel, intellectuel, symbolique, politique et budgétaire des élites politiques en Europe.
La sidération empêche toute action. La réalisation de l’ampleur des problèmes accumulés – l’adaptation au changement climatique devenu inévitable n’en est qu’une partie – est pourtant faite.
On a les rapports, ils ont été débattus.
Personne, à part à l’extrême droite restée soit dans le déni soit dans la colère, n’ignore l’ampleur des difficultés à venir.
Mais cette tristesse paralyse.
On découvre que tout ce qu’on a cru et bâti – l’ordoliberalisme du libre échange réglementé, avec démantèlement des systèmes de solidarité sociales et d’intervention publique, et liberté de circulation des capitaux et des personnes – était comme un régime alimentaire inadapté à un diabétique, une consommation exagérée d’alcool et de tabac à un cancéreux.
Ce n’est pas le comportement individuel qu’il faut changer – c’est l’ensemble du système de pensée et d’action.
L’Europe sidérée est paralysée et c’est notre drame.
Les pouvoirs dans le déni et dans la colère agissent. Leurs actions sont criminelles ou erratiques, stupides même, mais elles influencent le cours du monde.
L’Europe paralysée reste dans de vieux schémas : il faut baisser la dépense publique au nom de critères normatifs quasiment bibliques sans aucune relation aux réalités concrètes.
Il faut rester dans l’alliance atlantique lorsqu’une bonne partie du projet de Trump est anti européen.
Il faut continuer à soutenir « inconditionnellement » Israël lorsque le gouvernement actuel, rejeté par son peuple, est une trahison quotidienne au souvenir de la Shoah, et couvre de sang le titre ancien de « seule démocratie de la région ».
Il faut réglementer le marché mais le laisser libre. Les citoyens européens confondent ainsi l’obsession bureaucratique du neoliberalisme européen et « le trop d’état » lorsque l’Europe manque justement d’Etat architecte, et réglemente trop.
On reste sur un agenda de « compétitivité » dans le cadre du « marché globalisé », persuadé que « le commerce apporte la paix et la démocratie » (Wandel durch Handel) alors que toutes les régions du monde commerçant avec l’Europe renforcent des régimes autoritaires, théocratiques, illiberaux.
On en arrive au point que les élites économiques européennes les plus riches poussent le libéralisme dans les bras de l’extrême droite.
La phase de l’acceptation, avec sa potentielle torpeur, la tristesse, la nostalgie, la mélancolie, peut en effet entraîner une régression vers une forme subtile de déni : au lieu d’agir sur les solutions possibles, on va chercher des charlatans.
Les milliardaires français Sterin et Bollore sont des charlatans.
Les Peter Thiel, les Elon Musk, sont des charlatans.
La quatrième phase est celle de l’action résolue dans le cadre accepté de la réalité.
Cela peut être, pour un individu, acceptant le diagnostic, faire confiance à la chimiothérapie, ou, dans des cas plus avancés, planifier au mieux le temps qu’il reste en soins palliatifs. Nous ne sommes pas condamnés à subir la souffrance et la douleur comme expiation.
Pour des organisations que j’ai dirigé, des équipes que j’ai bâti dans ma carrière professionnelle, c’est commencer un processus de gestion du changement. Il requiert beaucoup de communication, d’échange et de dialogue, mais aussi des changements radicaux des manières de faire.
Au niveau politique européen il faut d’abord sortir des gaines mentales issues de l’après seconde guerre mondiale, et revenir aux théories les plus efficaces en gestion de crise existentielle.
En politique économique, c’est rejeter le néolibéralisme, qui est une méthode de cabotinage par beau temps sur un lac, pour revenir au keynesianisme.
En géopolitique et stratégie, c’est reconnaître les réalités des nouveaux acteurs du monde.
Si l’Europe souhaite continuer à suivre la science, et les préconisations sur le changement climatique et ses conséquences, il faudra s’éloigner des États Unis, des petromonarchies, et se rapprocher de la Chine.
Si l’Europe souhaite devenir la vitrine d’une démocratie sociale garantissant les libertés publiques, il faut reconstruire les services publics, les formes performatives de l’action publique, et construire une stratégie d’industries souveraines.
Ce sera un effort considérable.
Les alternatives ne sont pas joyeuses, et paresseuses seulement aux « décideurs » qui ne décident de rien.




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