Mobiliser l’épargne européenne pour l’industrie

Published on

in

,

L’article ci-joint tiré de Les Échos fait de bons constats, c’est à dire sur l’échec des droites et des centres en Europe depuis la crise financière de 2008.

Il reste bien sûr très faible sur les solutions, car ses auteurs sont incapables de changer de paradigme.

Je m’explique :
En ressortant aux conclusions du rapport Draghi – qui lui aussi a constaté l’échec de la combinaison restriction budgétaire et politique de l’offre fiscale en Europe (la règle d’or) – on n’a pas l’ombre d’une réponse concrète.

La phrase décisive est celle-ci :  » Flécher l’épargne européenne vers l’industrie européenne plutôt que vers la dette américaine. »

l’Europe a accumulé depuis la crise financière de 2008 un excès d’épargne considérable. l’Allemagne en particulier est responsable d’une bonne partie de cette accumulation en combinant baisse de la demande (salaires réels en baisse, hausse de la pauvreté, retard d’investissement public) et excédents commerciaux largement supérieur au cadre de Maastricht.
Alors qu’entre 2001 et 2006 l’Allemagne a connu un solde net positif en investissement, elle était encore en déficit commercial et budgetaire. C’est logique.

Depuis, l’épargne allemande a surtout financé des économies hors d’Europe (Russie, Turquie, Chine, Etats Unis) pour des rendements d’ailleurs médiocres, la comparaison des rendements des investissements allemands comparé aux britannique ou américains montre une grande faiblesse des retours.

Notons au passage que l’idéologie libre échangiste du commerce moteur de la démocratisation des sociétés a échoué en Russie, en Turquie, en Chine, et … Aux Etats Unis.
C’est l’échec de « Wandel durch Handel ».

Les économies nations qui attirent l’épargne internationale, et notamment celle en excès en Europe, ce sont là où des entreprises et des institutions émettent des obligations (de la dette).
C’est pourquoi les USA attirent un tiers de l’épargne européenne.

Draghi a correctement évalué le besoin de rattrapage d’investissement en Europe à 5 points de PIB pendant 10 ans.
C’est énorme.
La bonne nouvelle : l’excès d’épargne européenne signifie que nous avons la capacité d’investissement.

Il n’y a pas de problème de financement en Europe.

La mauvaise nouvelle pour nos néolibéraux : on ne mobilise l’épargne que par deux outils :
La dette (l’épargne pour être prêtée doit bien avoir un titre de dette)
L’impôt.

C’est d’ailleurs le sens de la fin de la règle d’or en Allemagne : donner au pays les moyens d’emprunter pour mobiliser l’épargne.

La France de Macron se vante d’être championne en Europe des investissements étrangers.
C’est la conséquence logique de nos déficits et notre endettement.
Mais c’est là que notre politique est absurde : nous sommes incapables de construire une politique industrielle alors même que nous avons les instruments pour attirer l’épargne.
Résultat : notre dette alimente la rémunération du capital et non nos besoins d’investissement.
La fiscalité est ici très incitative pour rémunérer le capital et réduire les emplois hautement qualifiés pour maximiser les crédits d’impôts.
Le CICE et ses déclinaisons ont été des catastrophes budgétaires créant des effets secondaires désastreux.

Les deux grands blocages en Europe à mobiliser l’épargne par la dette sont les critère de Maastricht et le traité budgétaire européen de 2012 – ratifié à l’initiative de Hollande sous les ordres de Cazeneuve, contre les promesses de la campagne présidentielle.
C’est le traité « Merkozy » que le directeur des finances d’Obama qualifiait en 2011 de « stupide ».

La règle d’or européenne empêche structurellement de mobiliser l’épargne par la dette.

Il ne reste donc que l’impôt.

Or, tous les néolibéraux, de Draghi à Attal, de Merz à Bayrou, de Von der Leyen à Meloni refusent l’impôt comme outil politique et financier.

C’est le paradoxe , ou la paralysie, stupide, résultat des contradictions profondes des doctrines en échec ayant dominé les politiques économiques en Europe depuis 1992 au moins.

Résultat :
L’épargne européenne abondante et excédentaire finance les Gafam américains, la politique industrielle chinoise, et des états autoritaires, opposés à l’universalisme humaniste.

Je plaide sur mon blog pour un changement de paradigme.

Cela suppose de comprendre que l’épargne ne devient pas par magie de l’investissement.
Le véhicule de transmission, c’est le titre de dette.

Je suis un spécialiste du Mittelstand allemand, conduisant ces entreprises dans leur transformation numérique.

La structure du financement est différente, mais surtout il y a un plus grand tissu dans lesquels ces Mittelstand se déploient.
Mais les familles propriétaires ont de plus en plus la tentation de vendre à des chinois ou des américains pour placer sur des marchés obligataires hors d’Europe.

Tant que nous ne ferons pas des obligations européennes (la mutualisation des dettes que l’Allemagne a tant rejeté pour pouvoir s’enrichir sur l’appauvrissement de ses « partenaires » européens et qui ont poussé l’Irlande, les pays bas, la Belgique a devenir des mini paradis fiscaux) et tant que l’investissement public ne créera pas la demande remplissant les carnets de commande, on n’y arrivera pas.

On a besoin d’une politique de relance keynésienne de l’investissement, appuyé sur des outils obligataires européens, et des lois fiscales desintivisant l’investissement hors d’Europe.
Cette structure, qui suppose la dénonciation du TSCG et d’arracher la compétence en traités commerciaux à la commission – incompétente – doit permettre à chaque État de déterminer sa politique industrielle et sociale sans se soucier d’emprunter en son propre nom.

Et il faut démonter le paradis fiscal irlandais qui fausse toutes les statistiques européennes et prive les grands pays de recettes fiscales.

La France a démantelé les outils théoriques et pratiques pour le soutien des TPE et PME et Bercy travaille pour la concentration au niveau des TGE.
Détruire cette logique est très difficile – Montebourg a échoué avec ses émissaires industriels, mais le paradigme général était fondamentalement opposé à sa vision, et encore plus sous Valls.

Mais le financement fiscal sans conditions de l’offre a échoué partout en Europe sans régler les problèmes gigantesques de déséquilibres entre excédents et déficits.

Croire que la solution sera micro économique est une erreur.
Il faut lancer une mécanique structurelle fondamentalement différente.

Beaucoup de hauts fonctionnaires vont devoir apprendre que leur doctrine est dépassée.

Ils sont l’armée française en 1939.

2 réponses à « Mobiliser l’épargne européenne pour l’industrie »

  1. […] Je reviendrai plus tard sur le rôle de la guerre de 7 ans (1757-64) dans notre histoire contemporaine.Mais voyant Bayrou parcourir les plateaux, soutenu par les Échos et plusieurs officines libérales, une lanterne à la main, cherchant les milliards perdus de la dette publique, j’ai pensé à Soubise.Car ce sont les mêmes, les uns inspirant par leurs articles les politiques fiscales des autres, qui sont responsables depuis les 8 dernières années de notre misère budgétaire.« Où diable sont mes milliards ? Les avez-vous vu par hasard?Je les avais pourtant laissés là ! Mais que vois-je, seraient-ce eux posés là ? Ah non, ce sont les briques des milliardaires, ces pauvres mendiants à qui j’ai évité la misère ! »Il nous faut changer radicalement de politique économique et fiscale.Plutôt que de confier encore une lanterne aux myopes taupes du libéralisme français, réfléchissez comment utiliser cette pensée : https://librechronique.net/2025/05/18/investir-lepargne-europeenne-dans-lindustrie-comment-faire/ […]

  2. […] exemple ici : Mobilisons l’épargne européenne pour reindustrialiser ou là dans mes conclusions Un changement de paradigme, […]

Laisser un commentaire


Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

Abonnez vous

Recevez nos newsletter


En savoir plus sur Chronique Libre de l’Humanité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture