Face aux ténèbres partie 1/2

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Ce long article expose à la fois ma biographie professionnelle et familiale pour fonder un chemin de résistance face aux ténèbres.

Seconde partie ici : Face aux ténèbres, seconde partie

Introduction biographique 

J’ai, l’an dernier, 2024, passé l’équivalent de un mois aux États Unis, en quatre séjours, au Nevada, à New York, en Californie. J’ai aussi passé une semaine professionelle à Toronto, Canada. 

Conseiller d’entreprise à mon compte, mon principal client est un groupe de conseil en informatique canadien, fondé par deux roumains il y a vingt ans, avec un important centre de développement en Roumanie, et mon second client, une PME, développeur de logiciel professionnel, fondée par des Suisses et basée près de Zurich. 

Mais début 2024, j’étais encore cadre supérieur pour un groupe américain, Salesforce. 

Las Vegas, février 2024

En février 2024, je participais au grand séminaire de lancement de l’année fiscale des cadres supérieurs du géant de l’informatique professionnelle. 

Mon département, les équipes commerciales en charge du „Mittelstand“ allemand, avait été le second meilleur en croissance et en développement d‘Allemagne. 

Je dirigeais directement une équipe de 60 cadres et ingénieurs d’affaires, soutenus par un écosystème d’ingénieurs avant vente et de commerciaux spécialisés sur des briques technologiques spécifiques, de professionnels du marketing, de formation professionnelle, de gestion des campagnes et des analyses compétitives, de spécialistes métiers, de responsables des partenariats. 

L’ensemble de l’équipe sur le marché dont j’avais la charge devait rassembler ainsi près de 200 personnes. 

J’avais, en 2023, rencontré pas moins de 200 entreprises clientes et prospects, du fabricant en main familiale de liquides de nettoyage de bâtiment, 350 salariés à Munich, au fabricant de laque industrielle pour l’automobile champion de l’exportation, 6000 salariés dans le monde basé à Stuttgart, en passant par l’usine de fabrication de compteurs d’eau pour les réseaux, de Nuremberg, ou encore l’équipe informatique du magazine bien connu „der Spiegel“.

La tentation américaine 

En février 2024, l’un de mes mentors professionnels souhaitait que j’explore la possibilité de prendre un poste aux États Unis. 

Il s’agissait de reprendre l’organisation américaine des commerciaux juniors, la pépinière de talents interne. 

J’avais aidé à créer, structurer, et développer la pépinière en Europe en 2015, dirigeant juste après le Covid, entre Dublin et Munich, une organisation de près de 200 personnes, dont devaient sortir les futurs talents de Salesforce en Europe germanophone et centrale. 

Pendant une semaine à Las Vegas, en marge de l’événement en lui-même, je menais des entretiens avec les cadres américains. J’observais aussi depuis cette fenêtre très particulière les États Unis. 

Finalement, je me décidais contre un tel transfert. 

Je choisissais de quitter Salesforce pour créer une activité à mon compte de conseil stratégique pour les entreprises partenaires de l’écosystème Salesforce. 

La perte des valeurs morales 

J’avais aimé créé cette pépinière de talents, et aussi développer la transformation digitale des entreprises du Mittelstand, parce que je m’identifiais également avec les valeurs fondatrices de l’entreprise. 

Mais, avant même l’élection de Trump, celles-ci vacillaient. 

Alors que l’entreprise réussissait une transformation de sa stratégie commerciale et un bond en avant de ses technologies grâce à ses valeurs et l’extrême talent d’équipes diverses, soudées par un pacte de confiance, la direction devait se soumettre aux diktats idéologiques de nouveaux actionnaires proches de Musk et Peter Thiel. 

Ils avaient visé Salesforce pour des raison idéologiques autant que financières. 

Salesforce a été sans doute un pionnier de l’esprit du capitalisme de responsabilité sociale. 

Dès sa création au tournant du millénaire, les fondateurs Marc Benioff et Parker Harris ont décidé de mettre les valeurs au cœur du modèle d’affaire et de développement. 

L’une d’entre elles, c’est le fait de compléter la contribution fiscale à la société par une contribution volontaire, sous la forme de dons en argent, en moyens, en temps de travail des salariés, à la santé de la société. 

Une autre, c’était de mettre la confiance au cœur de toutes les interactions, entre salariés comme avec les clients. 

Une troisième, c’était de valoriser la diversité, avec des groupes internes d’alliés autour des thèmes majeurs de celle-ci. 

Le capitalisme responsable, ou « capitalisme démocratique »

L’idéologie du capitalisme responsable a de longues traditions. 

Elle puise en partie ses origines dans l’humanisme européen du XVIIeme siècle. Elle est aussi empreint des réflexions morales sur les devoirs que donne le fait d’être propriétaire. 

C’est au cœur par exemple de la constitution allemande de 1949 „la propriété privée donne des devoirs“, bien plus que des passe droits. 

En France, l’institut français des administrateurs, l‘IFA, dont je suis membre, défends également l’idée que le capitalisme doit être responsable socialement. La création de valeur, ce n’est pas que le dividende, que l’accumulation par un petit nombre. 

L’une des idées, c’est que sans responsabilité sociale, le capitalisme le plus extrême détruit la société et donc la valeur, et entraîne l’humanité dans la chute. 

Ne pas être dupe 

Politiquement, ma conception et mon analyse du capitalisme est bien plus critique que cette idéologie. 

En plus de la responsabilité sociale librement assumée, le capitalisme, en tant que moteur d’innovation, doit être encadré par la loi, et se soumettre à l‘Etat de droit, démocratique. Les accumulations de capital doivent avoir des limites, et l’impôt confiscatoire, sur le modèle des États Unis des années 50, est légitime. Les lois anti monopoles et les contrôles des relations commerciales comme de la circulation des capitaux doivent toujours faire passer l’intérêt commun sur la somme des intérêts particuliers. 

Les valeurs républicaines s’imposent aux valeurs capitalistes. 

La démocratie, fondée sur les compromis entre corps intermédiaires et classes sociales, modérée par l‘Etat au service du bien commun, s’impose aux intérêts particuliers et aux accumulations de fortune. 

Le riche n’est pas un privilégié, c’est un citoyen soumis à plus de devoirs que les autres. La souveraineté politique réside dans le plus grand nombre.

La sphère où se forme l’opinion publique doit être réglementée, la presse protégée dans sa liberté, et aussi tenue par la loi au devoir de véracité et de sincérité. Les concentrations industrielles de presse doivent être interdites. 

Je rêve bien sûr d’une société dépassant le capitalisme. 

Mais je sais aussi que les discours souvent assimilés à la gauche radicale assimilant capitalisme et État pour les combattre tous les deux ignorent que le capitalisme le plus extrême souhaite aussi dissoudre l’Etat. 

Le capitalisme libertarien, ou capitalisme féodal 

C’est ce qu’il se passe en ce moment aux États Unis. 

Le capitalisme qui a gagné la partie en inondant la sphère du débat public de contenus mensongers, trompeurs, manipulateurs, n’a pas lésiné sur les moyens. Des milliards ont été ainsi investis depuis les années 2010 dans une entreprise inouïe de sabotage de la démocratie américaine. 

Le but, c’est d’abattre à la tronçonneuse l‘Etat. 

L’objectif est aussi de se débarrasser du capitalisme socialement responsable.

Le tournant 

En 2022, Salesforce avait été l’objet d’un raid de fonds vautours et spéculatifs. Invités par d’anciens cadres dirigeants issus de l’écosystème autour de Pay Pal et Musk, ces fonds avaient pris pour cible les valeurs et la culture de diversité de l’entreprise. Marc Benioff avait sauvé de justesse sa tête. On avait vécu une brutale dégradation de la culture d’entreprise. 

La crise de la culture

À une vague de licenciements pour augmenter à court terme la rentabilité avait fait suite une vague de démissions volontaires.  

Historique de l’attaque des activistes

Marc Benioff s’était sauvé par la technologie : il avait eu l’intuition de sortir l’idée d’un lac de données permettant de fédérer de nombreuses sources dans les entreprises, qui serait activé par des agents mus par l’intelligence artificielle. Seulement deux mois après, ChatGPT explosait, et les investisseurs vautours devaient accepter, l’action reprenant un cours en forte croissance, de maintenir le fondateur au commande.

Cependant, le message idéologique avait été reçu 5/5. 

Marc Benioff a été, au début de sa carrière, comme son mentor, le fondateur du géant de l’infrastructure informatique Oracle, Larry Ellison, républicain. Mais en 2016, il soutenait Hillary Clinton. On parlait de lui comme potentiel conseiller économique de la potentielle présidente. 

Propriétaire du Times, il y signait régulièrement des articles défendant à la fois la diversité, la responsabilité sociale, et la défense des droits LGBTQI. 

Après 2022, on le vit rechercher de nouveau les conseils de Larry.

Fun fact : au moment de la relance de la franchise Iron Man en 2007, Oracle était partenaire de Marvel, et on dit que le personnage interprété par Robert Downing Jr. s’inspire de Ellison.

Benioff cependant n’est certainement pas l’équivalent de Spiderman, dont Iron Man serait le mentor. 

Lui-même d’ailleurs est plutôt fan de Star Wars.

Est-il passé, mû par la peur, du côté obscur de la force ? 

Depuis 2022, Benioff s’est rapproché à grande vitesse de Donald Trump. Il l’a soutenu, prenant une position très favorable au moment de son élection.

Marc Benioff soutiens Trump

En mars 2025, il a annoncé stopper le programme de diversité et de protection des minorités, se confirmant au chantage politique mené par la Maison Blanche. 

Salesforce abandonne sa culture de diversité

La mise au pas vers un fascisme ultra capitaliste 

Aujourd’hui, la police en charge de la lutte contre l’immigration clandestine a reçu une nouvelle mission : purger les migrants légaux aux opinions jugées contraires à l’occupant de la Maison Blanche, chaque opinion, exprimée par exemple sur Facebook, ou des réseaux sociaux, critique de Trump étant assimilé à de la traîtrise, voire du terrorisme. 

Un seul exemple parmi d’autres : un chercheur français expulsé pour ses opinions librement exprimées.

Au delà du fait que cela me rappelle les accents autoritaires du macronisme au moment des gilets jaunes – j’ai déjà souvent écrit sur les proximites idéologiques du macronisme et du trumpisme, leurs nuances sont marginales, sur des questions culturelles, et liées à leur géographie propre, mais non de nature philosophique ou politique – cela signifie que je serais aujourd’hui, si j’avais accepté le rôle aux États Unis, vivant dans la peur d’une incarcération et d’une déportation sans jugement ni protection d’un avocat. 

Je n’irais plus aux États Unis pendant que Trump y gouverne. Mes opinions, même publiées sous mon nom de plume, m’exposent à l’arrestation. 

Il y a malheureusement de nombreux exemples déjà réels de chercheurs ou de citoyens européens internés ou expulsés en raison de leurs prises de position. 

(à suivre)

Suite Ici

Une réponse à “Face aux ténèbres partie 1/2”

  1. […] Ceci est la seconde partie du texte « face aux ténèbres », première partie ici : Face aux ténèbres, première partie […]

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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