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Je ne connais pas de lien réel entre productivité et endettement public (en dehors des théories).
Il y a un lien entre taux d’intérêt et investissement.
L’émission de dette publique peut augmenter les taux obligataires et se répercuter sur les taux privés. C’est ce qu’il se passe alors que l’Allemagne augmente son émission de dette publique avec la fin de la règle d’or.
Cependant, ces investissements publics vont à la fois augmenter la demande intérieure et l’inflation.
Tant que les salaires suivent, l’impact social peut même être bénéfique, et l’inflation baisse l’endettement public.
Il n’y a qu’en France, « grâce » à Le Maire et Attal, que l’inflation des années 2022-24 n’a pas permis de baisser massivement la dette.
On peut favoriser l’investissement public avec la dette et orienter l’investissement privé avec l’impôt (impôt confiscatoire sur la rente, modèle des Etats Unis sous Eisenhower).
Les niveaux d’épargne des hauts revenus en Europe sont à des records historiques. Ils ne servent à rien : ni consommé, ni investi.
Or, la politique américaine déstabilise les marchés de capitaux et notamment les bourses aux États Unis.
C’est l’occasion pour l’Europe d’attirer capitaux et talents.
Pour cela, et c’est le point le plus important, il faut TRANSFORMER les fondations de notre économie, de la politique publique, et des choix géostratégiques et politiques.
La globalisation est finie.
L’Union Européenne doit se transformer d’une économie exportatrice à une économie vivant de son propre dynamisme intérieur.
Cela veut dire aussi passer d’une chaîne logistique globale à une chaîne logistique raccourcie, et correspondant aux alliances géopolitiques cohérentes avec les valeurs européennes.
Cela enfin implique des politiques publiques de soutien de la démographie, donc investissant sur l’égalité homme femme, l’éducation, la santé, la recherche.
En effet, la démographie reste dynamique lorsque les femmes ont autant de chances de se réaliser professionnellement que leurs partenaires. Les pays restrictifs, comme l’Allemagne ou l’Italie, ont connu l’effondrement démographique 50 ans avant la France.
La réalité, c’est que depuis 20 ans l’Europe est en surproduction, obligée d’écouler ses surplus sous forme d’excédents commerciaux, tout en refusant d’augmenter sa demande intérieure, c’est à dire les salaires et l’investissement.
Ce modèle est fini.
Cela veut dire relancer notre productivité.
Comment faire ?
Lisons non un livre de théorie d’économistes qui ne se sont jamais cogné le réel, mais les compte-rendus des instituts de statistiques.
Les Etats Unis ont écrasé d’une compétitivité très supérieure la zone européenne entre 2008 et 2024 tout en étant, au vue des critères de stabilité, bon pour une troïka, derniers de la classe en déficit public, déficit commercial et en taux d’endettement.
La Chine rattrape l’Europe en productivité en dépassant celle-ci en niveau de dette publique rapportée au PIB.
La politique de réduction massive des dépenses publiques de Trump est déjà en train de plonger et les marchés et l’économie réelle dans une crise profonde.
Elle confirme par un raisonnement par l’absurde que la productivité n’est pas « enchaînée » par la dépense publique.
D’ailleurs, Trump est en train de détruire la recherche fondamentale (notons que Sarkozy avait fait des dégâts similaires sur la recherche française).
C’est l’occasion pour l’Europe d’attirer des milliers de talents, à condition d’investir massivement dans la recherche publique.
Cette stratégie du choc aux États Unis est en train d’inspirer une opposition de plus en plus forte dans les bastions républicains, ce qui va poser la question du degré d’autoritarisme auquel est prêt le gouvernement Trump.
Certains pensent que JD Vance et Peter Thiel souhaitent un haut niveau de conflictualité sociale pour imposer la loi martiale et réaliser la promesse de Trump : « l’élection de 2024 sera la dernière élection ».
L’amour absolu de la liberté sans État signifie en pratique la fin de la démocratie et la tyrannie de quelques riches personnes.
Cette leçon est connue depuis l’Antiquité…
La productivité s’effondre en s’attaquant à la dette publique de la pire des manières : par la dépense.
C’est aussi ce que l’analyse de l’échec économique de Macron enseigne en France. Obnubilé par la dépense, baissant les recettes, détruisant les instruments sociaux d’absorption des crises, le macronisme n’a pas créé d’instruments d’investissement. Les énormes capitaux accumulés alimentent les revenus d’actionnaires hors de France, les dividendes ne sont pas réinvestis en France. C’est une perte sèche de capitaux.
Résultat : les recettes s’effondrent, les capacités productives aussi, les emplois à faible productivité, et bas salaires, se multiplient, fortement incités par des théories du marché du travail de théoriciens stupides.
La dépense publique élevée financée par l’emprunt, l’intervention de l’état, la propriété publique d’entreprises, est historiquement, depuis 1945, corrélé a de meilleures productivités dans les zones maîtresses de leur monnaie.
Cela suppose aussi le rétablissement d’un minimum de contrôle de la circulation des capitaux.
La dérégulation, les privatisations massives, la réduction des dépenses publiques et de la fiscalité sur les hauts revenus est corrélé avec une baisse de la productivité, un effet récessif contre productif entraînant un cercle vicieux (plus je baisse la dépense, plus je perd en recette, plus je suis en déficit, c’est le bilan Macron-Le Maire-Borne-Attal), des inégalités sociales, de l’instabilité politique pouvant aller jusqu’à la mort des démocraties.
l’Allemagne peut espérer un gain de productivité parce qu’elle a des emplois « productifs » c’est a dire qui produisent.
Malgré l’effondrement de son industrie depuis la fin de la globalisation, elle conserve un potentiel double de la France.
Mais elle doit le plus vite possible se transformer pour que son industrie alimente une demande intérieure, et en Europe. Ce qui suppose cesser de comprimer la demande en Europe.
L’économie de surproduction écoulée en excédents commerciaux « c’est fini », comme dit le patron de la droite bavaroise Markus Söder.
Une question cruciale, c’est : est-ce que Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, comprend cela ?
Est-ce qu’elle accompagne cette transformation en acceptant un rebond inflationniste (qui baissera la dette publique), ou agira t-elle contre la relance allemande (étouffant dans l’oeuf cette transformation et livrant l’Europe asphyxiée a la Russie).
La transformation nécessaire est par nature celle exigeant les méthodes du keynésianisme des années 1930-1950.
Ce sont celles qui ont permis la social démocratie de la reconstruction européenne, lançant les trente glorieuses.
Léon Blum tombe en 1938 face au sénat de droite – celui qui fournira les gros bataillons favorables aux pleins pouvoirs de Pétain deux ans plus tard – sur un plan de relance keynésien conçu par deux jeunes économistes, Boris Georges, qui venait d’écrire sur la relance de Roosevelt et traduisait Keynes, et Pierre Mendès France.
C’est ce socialisme là qui doit être notre boussole dans la transformation nécessaire de l’Union Européenne.



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