Les paradoxes américains, la stupidité européenne

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L’administration Biden a certes rétabli l’économie par une politique active de relance keynésienne.

Cependant, elle n’a pas su transférer le rétablissement économique en pouvoir d’achat.

La crise de l’inflation s’est accompagnée de la fin des programmes de soutien du pouvoir d’achat décidés pendant le COVID par… l’administration Trump.

La banque fédérale américaine a de plus augmenté les taux trop haut, trop vite, et baissé trop peu trop tard, aboutissant à une crise du refinancement hypothécaire pour les classes populaires rappellant les grandes heures des crises de 1987 et 2007.

Résultat : les américains ont voté pour le président qui dans leur souvenir avait concrètement soutenu le pouvoir d’achat.

On pourra toujours dire « c’est pas juste, les républicains ont bloqué les mesures prévues ».

Ce ne fut pas l’axe de la campagne Harris, qui en ciblant les républicains modérés, ciblait des bourgeois.

En réduisant les catégories populaires à leurs déterminant communautaire, la campagne Harris a de plus oublié le déterminant principal, de classe.

Enfin, l’erreur majeure fut de croire que le vote des femmes était tellement acquis que les votes sur les référendum rétablissant le droit d’avorter allaient automatiquement entraîner un vote démocrate.

Les référendums tenus le même jour que l’élection présidentielle sont des cinglants démentis aux stratégies démocrates, celles issues de l’agenda progressiste clintonien, traduit en France dans le rapport Terra Nova.

Ils sont également, vu les progrès des républicains dans des bastions démocrates, des cinglantes gifles aux militants de l’action identitaire (donc individualiste) évacuant les questions économiques et abandonnant les « classes fascistes ».

En cessant de définir un universalisme qui réunit, en découpant en genre, origine, religion plutôt qu’en classe économique et sociale, tant les « progressistes bourgeois » que les « gauchistes intersectionnels » ont échoué.

C’est que lire tout sous des déterminants individuels ne permet pas de relier des phénomènes économiques dramatiques collectifs.

Tous les américains sont effaré par la progression de la crise de la drogue dans les classes moyennes et et populaires. C’est le vice président de Trump qui en a fait l’objet d’un livre et un axe de campagne.

Tous les américains souffrent des pertes de pouvoir d’achat, et le discours d’auto satisfaction économique des démocrates était en contradiction avec les réalités économiques des américains.

Ils ont voté massivement pour les augmentations de salaires minimum soumis par référendum ou pour l’indemnisation des congés maladies.

Et ceci unit que l’on soit blanc ou racisé, femme ou « autre genre », chrétien ou musulman, latina ou wasp.

l’Europe devrait comprendre le message. Car elle fait, en économie, en pouvoir d’achat, bien pire que l’administration Biden !

Il n’y a aucune raison matérielle s’opposant à ce que l’extrême droite domine les exécutifs européens en 2027.

Aucune.

l’Europe n’a pas conduit de relance keynésienne au moment de la crise économique provoquée par la hausse des prix de l’énergie avec la guerre en Ukraine. Elle n’a pas fait grand chose pour baisser ces prix, ou pour faire cesser la guerre.

Elle a très vite détricoté les instruments de soutien du pouvoir d’achat et de l’investissement créés pendant le COVID.

La décision la plus stupide fut finalement en Allemagne celle de la droite saisissant le conseil d’état pour faire annuler 60 milliards d’investissement au nom de la règle d’or.

Cette même règle d’or est à l’origine de l’explosion de la coalition, et des élections anticipées à la fin de l’hiver.

Obsédée par l’idée stupide de devoir remplir des cadres juridiques formels plutôt que de s’occuper des Européens, les gouvernements des pays européens ont décidé en même temps en pleine crise de la demande une politique d’austérité budgétaire !

La dernière fois qu’on a vu des gouvernements combattre l’inflation et la perte de pouvoir d’achat en réduisant les dépenses publiques et les salaires, c’était entre 1930 et 1933.

Devinez qui a gagné les élections allemandes à la fin du processus ?

Gouvernement de coalition Droite, centre, technocrates et parti nazi, janvier 1933

Biden a sans doute sauver l’économie et Trump va en bénéficier. C’est aussi une extrême naïveté que de n’avoir pas, dans les deux premières années, gouverner radicalement contre l’agenda trumpiste. Pusillanimité institutionnelle et juridique, les démocrates laissent passer avec naïveté leurs fenêtres de tir.

On a vu ça aussi avec la social démocratie européenne.

Et pourtant, toutes les études scientifiques et les retours d’expériences pragmatiques existent pour définir d’autres politiques.

Le budget français a été profondément redessiné par les amendements de la gauche dans le sens qui seul peut sauver et l’économie, et le budget, et la démocratie.

A celles et ceux qui pensent tout subordonner à la question climatique : sans démocratie favorisant le débat rationnel et la science, vous n’avez aucune chance d’atteindre quoi que ce soit.

Mais sauver la démocratie, c’est pas prononcer des condamnations morales indignées ou jeter de la soupe sur des tableaux.

C’est s’occuper d’abord que les classes nombreuses soient gagnantes des arbitrages démocratiques.

Relisez un livre d’histoire de la démocratie grecque, des dernières décennies de la république romaine, ou celle de Weimar.

C’est la condition première avant de s’occuper du climat.

D’ailleurs, l’extrême droite américaine lit attentivement tout ce qui s’écrit sur l’histoire de Rome, à laquelle s’identifie les États Unis.

A celles et ceux pendant que l’avenir du monde est à Gaza : oui, la guerre menée par le criminel de guerre Nethanyahou et ses alliés, à l’idéologie génocidaire, messianiques, est atroce et révoltante, inacceptable.

Mais dix jours après l’attaque terroriste islamiste du Hamas, les deux tiers des français refusaient dans un sondage de prendre partie : ils s’en foutent.

L’Insee l’a rappelé dans un tweet à des médias reprenant les chiffres des augmentations nominales de salaire des français : en 2022 et 2023 les français ont perdu en salaire réel.

Le Conseil économique, social et environnemental l’a souligné dans tous ses rapports sur l’état de la France : les questions matérielles, incluant la sécurité des personnes, sont au premier plan des préoccupations des français.

L’extrême droite gagne parce que la démocratie est perdante aux classes nombreuses.

Une réponse à « Les paradoxes américains, la stupidité européenne »

  1. Avatar de Mathias Weidenberg

    Pour ajouter à ceci :
    Le seul État qui a refusé par référendum l’augmentation du smic a mis Harris en tête.
    Partout où le droit d’avorter a été rétabli par référendum, où le smic a été augmenté, où les congés maladie rémunérés ont été votés, ont voté Trump.
    Harris paye les insuffisances du ticket que nous avions analysé en 2020 déjà, où Biden avait fait le score que les sondages prévoyaient pour „n’importe qui sauf Trump“.
    Ce n’était pas de l’adhésion, parce que Biden ne prévoyait pas de protéger le pouvoir d’achat.
    Il a mené une politique agressive de relance efficace, mais trop lente et pas assez soucieuse des classes populaires, qui n’ont fait que retrouver le niveau de 2019, qui était déjà médiocre.
    Or Harris n’avait rien à dire sur le pouvoir d’achat. Car dire quelque chose, c’était s’attaquer aux doctrines libérales mercantiles que le parti démocrate ne veut pas remettre en cause.
    Trump lui dit quelque chose : fermer les frontières aux personnes et aux marchandises pour refaire produire aux États Unis par les américains. C’est l’inverse des traités de libre échange.
    Les américains semblent faire confiance à leurs instruments démocratiques pour contre balancer les pouvoirs de l’extrême droite. Le projet 2025 de renversement de l’ordre démocratique ne semble pas aussi mobilisateur que la marmite à faire chauffer.
    Harris a échoué par une campagne de milieux, de morale, de culture, et non d’économie, de matériel, de concret. En cherchant les „républicains modérés“ elle n’a pas garantie les classes populaires immigrées.
    Biden avait un projet d’équité économique : l’annulation de la dette des diplômés.
    Il n’avait pas de projet d’annulation de la dette immobilière des classes populaires alors que les taux trop haut élevés de la Banque centrale américaine jetaient hors de leurs maisons des centaines de milliers de classes populaires.
    Harris n’avait ni bouclier tarifaire, ni subvention pour les classes populaires pour plus que compenser l’inflation.
    Les femmes sont allées voter. Elles ont voté pour le droit à décider de leur corps aux référendum, et pour leur pouvoir d’achat en votant Trump.
    L’échec du parti démocrate, on le savait dès la défaite de Clinton en 2016, est sur l’économie.
    Le progressisme libre echangiste qui a donné au centre gauche sa doctrine de base, et qui a été adaptée par les différentes variantes du gauchisme en rupture avec le marxisme dans des variantes communautaires, échoue.
    Gaza n’a joué aucun rôle dans le résultat final. Les américains n’ont jamais élus leur président sur les questions internationales, sauf guerre où l’armée américaine est directement impliquée.
    Par contre, l’inflation et l’appauvrissement des classes populaires est le tombeau des démocraties grecques, romaines, et européennes dans l’histoire.
    La leçon ne rentre pas dans les têtes des progressistes : le culturel pour remplacer le matériel ne fonctionne qu’auprès d’une minorité peut-être sur motivée à militer, mais incapable de gagner.
    La campagne des républicains fut médiocre sur le terrain. Elle gagne quand même.
    C’est un peu comparable aux législatives de ma circonscription: tant que l’étiquette a gauche sera LFI, même avec dix fois plus de militants mobilisés, l’étiquette en face passera au second tour. Car cela ne joue pas sur les grands ensembles.
    Et le grand ensemble des français de l’étranger en Allemagne a plus de 45 ans, et n’est pas insoumis.
    Et bien aux État Unis, une femme Latina ouvrière est d’abord ouvrière. Car elle voudra d’abord assurer l’avenir de ses enfants. Donc son vote ira d’abord à celui qui promets l’amélioration matérielle de sa condition sociale, même si d’autre composants – Latina, femme – exposent à des vexations. Après tout, des vexations, il y en a déjà de toute façon.
    Harris n’avait pas de projet, et surtout, les démocrates n’ont pas voulu cliver sur le sujet fondamental : le pouvoir d’achat.
    Encore une fois, ils se sont trompés de campagne.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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