La stratégie économique et budgétaire de la majorité sortante échoue.
Ils osent poser des principes de censure préalable, mais ce sont leurs politiques qui ont achevées de liquider l’industrie en France, dégradées la situation des chefs d’entreprises de petite taille, poussées des millions d’actifs dans la précarité permanente, baissées le pouvoir d’achat des classes populaires, et en même temps, asséchées les recettes fiscales de l‘Etat, dégradées la qualité des services publics, réduits considerablement le revenu, mais aussi le prestige des métiers de la fonction publique.
Et budgetairement, la facture est là: dette record, déficit incontrolable, procédure en infraction lancée par l‘Union Européenne.
La dernière preuve de cet échec, c’est l’appel à l’aide de l’organisme proposant une assurance chômage privée aux chefs d‘entreprises non salariés. Au passage, les défaillances d’entreprises sont réparties à un niveau record.
Pourtant, Les Échos et les autres journaux économiques, les autres médias, ne tiennent jamais comptables de leurs échecs les politiques de la majorité sortante.
C’est que les propriétaires de presse sont les gagnants de cette politique. Ils sont souvent aussi patrons de grands groupes concentrant les marques et les activités, donneurs d’ordres incontournables des PME et des PMI. C’est à dire que leur politique d’achats sont aussi responsables des disparitions des emplois dont parle cet article, dans leur stratégie d’entreprises exacerbée autour de la marge et du dividende.
Je suis administrateur de sociétés, essentiellement des PME de la haute technologie. Je suis membre de l’association des administrateurs de sociétés de France. Il y a un débat récurrent sur comment créer non seulement de la valeur financière, mais aussi de la valeur sociale. Le patronat encore d’inspiration chrétienne sociale, chrétienne démocrate, est modérée dans le processus d’accumulation du capital en cours.
Mais il est très minoritaire.
Il y a aussi un patronat social démocrate, il se fait purger, nomination par nomination, concentration par concentration.
La radicalisation du capitalisme contemporain se vit aussi dans ces débats d’administrateurs.
La haine des écologistes par exemple est le résultat, partout en Europe, je l’observe en particulier en France et en Allemagne chez les administrateurs, à une formidable opération de communication négative des droites et des libéraux.
Une des réformes bureaucratiques qui épuise les chefs d’entreprise, c’est celle imposant la documentation des empreintes sociales et environnementales de l’entreprise. Mais elle a été votée dans cette forme par des pouvoirs où les libéraux siègent. Souvent, la droite européenne conservatrice a tenue à des procédures tatillonnes. C’est la conséquence d’une idéologie du marché où celui-ci a besoin de règles pour être ce moteur d’organisation efficient des sociétés. C’est la conséquence non d’une contrainte écologiste, idéologique venue des partis verts, mais d’une contrainte néolibérale, idéologique en effet, mais de l’idéologie du néolibéralisme le plus orthodoxe.
Car le néolibéralisme et la „science économique orthodoxe“ sont dominés par les catégories juridiques, et non la méthode scientifique.
Alors les échecs en cours des politiques économiques, budgétaires, et des principes régissant l’appareil législatif et juridique mis en place en Europe et en France depuis 50 ans auraient dû bien sûr, dans un contexte de démocratie saine et réelle, où les oppositions contrôlent, où les alternances corrigent les excès des uns par les réformes inverses des autres, entraîné un débat critique tant au sein des forces politiques néolibérales qu‘au sein de la science économique orthodoxe. Mais les positions hégémoniques, politiques ou académiques, empêchent de telles réflexions critiques.
Le gaullisme naît sur les décombres des droites françaises des années 30. La lecture de la presse des années 30, des livres des contemporains sur ce qui s’est passé jusqu’à la défaite de 1940 et l’occupation, montrent à quel point les droites françaises, enracinées dans la détestation de la république, le mépris et la haine des classes ouvrières et salariées organisées en syndicats et partis de gauche, hysterisent le débat public, empêchent l’échange d’arguments, multiplient les procédés rhetoriques d’amalgames et de boucs émissaires, inventent et diffament à coup de fake news.
Rien de tout ce que nous vivons n’est nouveau. Les sociétés européennes ont aussi connues de tels points de bascule dans le passé. Ce qui relativise l’importance monocausale – c’est les traités, c’est le référendum de 2005 non respecté, c’est la monnaie, c’est le Covid, c’est les cryptomonnaies. Ces facteurs existent, ils n’expliquent pas tout, et n’expliquent pas la dimension globale du problème.
Alors, on est loin en apparence de l’article des Échos ?
C’est aussi un enseignement de mon expérience, chef d’organisations à 200 salariés sur plusieurs pays, ou administrateur de société.
On ne peut pas développer de point de vue sur la situation de l’entreprise que l’on dirige, sur la stratégie financière, humaine, et commerciale de celle ci, sans avoir un point de vue sur le contexte du marché et des ensembles géographiques où cette entreprise agit.
C’est politique de diriger une entreprise, parce qu’il s’agit d’une organisation humaine.
J’ai un profil commercial, toute ma vie j’ai vendu des technologies complexes, la transformation numérique, les innovations et gains de productivité permises par les logiciels et les systèmes d’information.
J’ai recruté, formé, des centaines de professionnels aux métiers de la vente et de la direction des ventes.
J’ai appris, directeur gérant de SARL en Allemagne, les autres dimensions de la gestion d’entreprise. Dans les entreprises corporate, c’est à dire les grands groupes internationaux, j’ai aussi beaucoup observé les intrigues politiques internes, les coups bas, les manœuvres pour accroître son pouvoir, même au détriment de l’efficacité de l’entreprise, de l’atteignement des objectifs, ou de la santé morale et mentale des collaborateurs.
Ma logique professionnelle n’est pas financière. La vente implique de maîtriser les concepts de la rentabilité financière, mais, surtout quand il s’agit d’investissement à plusieurs millions sur plusieurs années, il y a de très nombreux aspects humains à gérer. Tous les jours, il faut réfléchir à son propre leadership, aux personnalités des collaborateurs, des clients, des partenaires. C’est ce qui m’a plu dans ce métier : la combinaison des aventures humaines et des données technologiques et métiers à maîtriser. On ne gagne jamais un budget seulement sur une courbe financière parfaite. Sans la confiance, c’est à dire une relation entre personnes, rien ne se fait.
Cette dimension humaine manque à de très nombreux modèles des économistes néolibéraux. Elle manque à l’essentiel des stratégies économiques des pays européens. Les calculateurs financiers sont remplis de présomptions et de préjugés faux, aboutissant à des mesures stupides, votées sans accepter d’amendements ou de corrections, et où l’évaluation a posteriori est confiée à des cabinets de communication, pour dissimuler l’ampleur des dégâts.
La majorité sortante a plombé le budget de l‘Etat toute seule. Elle avait prévu un déficit, elle a refusée un débat budgétaire et les correctifs tant de sa majorité que de ses oppositions avec une adoption en 49.3. Son rapporteur, un incompétent sectaire, n’a rien contrôlé.
En mars 2024, Bruno Le Maire et Gabriel Attal ont découverts un trou inattendu de 0,5 points de PIB.
Cette gestion catastrophique a coûté une dégradation de la note de la dette publique. Ceci n’a pas eu de grands effets sur le taux de cette dette, c’est grâce à la solidité de l’euro dans la crise précédente, en 2008, dont les responsables – les banques, les détenteurs de capitaux – n’ont jamais payé la facture.
Mais l‘Union Européenne a déclenchée une procédure contre la France.
C’est cela le bilan de ces gens qui aujourd’hui, avec un registre rhétorique de la haine, rejettent l’idée d’un gouvernement NFP comme une catastrophe budgétaire, un fardeau fiscal, une bombe atomique communiste, que des ministres insoumis soient nommés ou non.
C’est bien sûr absolument outrancier, et stupide. L’incapacité totale à se remettre en cause face aux faits était déjà l’une des constantes qui m’avait fait quitté le Parti socialiste fin 2015 de fait, début 2016 juridiquement. Beaucoup des cadres socialistes de l’époque sont membres, avec les équivalents venus du sarkozisme, de la majorité sortante.
Même le socle du front républicain ne les rattache plus à une conscience collective democratique. Ils échouent, et au lieu de eux mêmes revoir leurs copies, de eux mêmes changer de direction, ils répondent au réel contraire par la violence des mots et le sectarisme le plus insultant.
On constate ainsi que les députés de la majorité sortant, dont la moitié doivent leur sièges face au RN au désistement de la gauche, préfèrent encore une majorité relative dépendante du RN pour survivre.
On connaît de la sociologie critique, ce fut théorisé notamment par Bourdieu, qui est mort en 2002, la définition de la bourgeoisie comme la classe qui ne vote jamais contre ses intérêts matériels et dont l’obsession, jusqu’à la haine de la démocratie et de la cohésion sociale, c’est de se retrancher de l’impôt.
La psychologie de la haute bourgeoisie, c’est celle d’une mémoire historique d’une profonde injustice : pendant des siècles, la minorité héréditaire des nobles et celle des ecclésiaste a pu s’affranchir de payer l’impôt. Les hauts bourgeois les ont toujours jalousés. Le symbole le plus élevé de l’anoblissement social, dès lors, c’est l’optimisation fiscale jusqu’à ne plus en payer.
La haine du NFP s’explique par un programme qui va supprimer les niches fiscales, les crédits d’impôts exorbitants sans effets réels, et rétablir de la justice fiscale. Car la crise budgétaire ne pourra être surmonté sans augmenter les recettes, et pour cela il faut une relance keynésienne, pour augmenter le PIB et mécaniquement les recettes, et une réforme de la fiscalité et des crédits d’impôts aux riches et aux entreprises.
L’essentiel des aides aux entreprises n’aident pas celles dont notre économie a le plus besoin. Elles n’aident pas à maintenir de l’emploi. Elles n’aident pas à protéger notre souveraineté industrielle. Elles n’aident pas à développer les technologies du futures. La Startup nation a connu quelques progrès en attractivité des investissements internationaux, attractivité profondément dégradée par une dissolution incompréhensible à l’international et une crise institutionnelle qui dure depuis maintenant plus de 40 jours.
Ajoutons à cela que les effets de loupe ne dissimulent pas les énormes pertes de substance dans les territoires.
La méthode de la majorité sortante n’associe pas les collectivités, notamment lorsqu’elles ne sont pas du même bord. C’est une gestion myope, sectaire, et sans effet d’échelle et d’entraînement. Ils veulent toujours garder le contrôle. L’objectif devrait être de créer des écosystèmes si sains que justement ils perdent le contrôle.
La multiplication des échelons de direction bureaucratique est aussi un indice de la médiocrité profonde de l’idéologie de l’action de la majorité sortante : la méfiance permanente.
Les organisations les plus efficaces dans ma carrière avaient plusieurs points communs : c’étaient des aventures humaines exaltantes, et l’un de mes axes était d’organiser ma perte de contrôle au profit de la délégation non des tâches administratives mais du pouvoir de décision. „just do it“ au sens de „la vision est commune, l’exécution c’est vous qui l’organisez, je m’occupe des ressources requises, et prenez des initiatives“.
Le macronisme est une méthode du contrôle permanent, non pour contrôler les choses, mais à chaque niveau, pour couvrir son cul – il n’y a pas d’autre expression.
Et c’est pourquoi le macronisme ne pouvait qu’échouer, et face à son échec, choisir l’autoritarisme.
Nous verrons mardi le résultat des courses. Le NFP a joué la carte politique jusqu’au bout.
Administrateur de société, je suis persuadé que les entreprises, notamment les PME/PMI de notre pays, ne devraient pas avoir peur, mais au contraire reconnaître dans le projet de la gauche une chance formidable.
Mais pour cela, il faut franchir le brouillard de la désinformation d’une presse entrepreneuriale au service des intérêts économiques qui ne voient dans les PME / PMI que des citrons à presser pour augmenter leurs dividendes.


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