Le torpeur estivale et le grand sommeil de la démocratie

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La démocratie française meurt ainsi, un été alangui, dans les clameurs sportives, et l’indifférence populaire.
L’assemblée elle-même privilégie ses vacances. On ne va pas se battre entre le 15 juillet et le 16 août quand même.

La nuit où l’on abolit les privilèges, c’est un 4 août.
La prise des Tuileries, qui mets de fait fin à la royauté, c’est un 10 août.
La révolution de 1830, c’est fin juillet.

Mais voilà, entre temps, d’autre mœurs sont las.

Paris se libère en août 44.

Oui mais, on est enivré des joies olympiques.

La torpeur estivale et la ferveur nationale disent aux corps et aux esprits de laisser filer l’affaire.

L’assemblée se sépare, et pense se retrouver en septembre avec quelque chose à dire ou faire. On se demande bien quoi. Un gouvernement démissionnaire étends les affaires courantes aux affaires tout court. On nomme, on décrète, on arrête. On se réunit en conseil. On décore même. On prépare le budget. On fait la police. On crée des crises diplomatiques.
Bref, le gouvernement démissionnaire prouve pouvoir faire sans assemblée.

La constitution ne prévoit, en cas de censure votée, que la démission du gouvernement. Elle ne prévoit ni que le président l’accepte, ni un délai de remplacement, ni une limitation des pouvoirs d’un gouvernement démissionnaire.

L’espace de jurisprudence que le précédent actuel crée peut couvrir aussi un gouvernement censuré.

Le seul rapport de force qu’il reste serait la niche parlementaire.

Et les gardiens des règles ? Ni le conseil constitutionnel, qui proclame son incompétence avec joie et fierté, ni le conseil d’état, parti en vacances de longue durée, ne jugent utiles de commenter la situation, de l’encadrer, de la regretter.

Mais il fait chaud, les athlètes sont beaux, et le peuple veut son repos.

Qu’a fait l’Assemblée Nationale?

Emmanuel Macron a décidé de faire procrastiner la France. Mais de trêve, point.
Il prends des décisions internationales, le gouvernement se réunit, bien que démissionnaire, comme si il gouvernait de droit ce mercredi, et les parlementaires machinistes envoient des courriers comminatoires pour empêcher la nouvelle majorité de faire passer des textes législatifs.
Heureusement, Charles de Courson a rappelé aux macronistes que l’Assemblée Nationale n’est pas aux ordres de l’éxécutif, et que si l’Assemblée a une majorité pour voter une abolition de la loi de réforme des retraites, il lui appartiens de le faire, et si une question de constitutionnalité est à poser, cela doit se faire après.
Mais les macronistes ont peur que des majorités se forment sans eux. Toute leur stratégie consiste à museler l’Assemblée Nationale aussi longtemps que possible.
Macron quant à lui, qui a choisi ce calendrier en conscience, sans avoir commencé la moindre consultation plus de 24 jours après le second tour – du jamais vu en démocratie en Europe ! – est parti en vacances à Brégançon!
L’UE a lancé une procédure en infraction budgétaire, le Liban, si « cher » au président, est au bord d’être plongé dans une guerre avec Israel, où l’extrême droite prends d’assaut en toute impunité les prisons militaires où l’armée pensait détenir les geôliers tortionnaires et meurtriers de Sde Taiman.
C’est que les lanceurs d’alerte issus de l’Armée racontent ce qui se passe à Gaza, et c’est pire que tout. La hiérarchie militaire, confrontée à une base de plus en plus infiltrée par l’extrême droite, n’ose plus rappeler les principes qui ont fondé Tsahal ou les lois internationales. On tue des civils dans la bande de Gaza par désoeuvrement, on cache les corps des civils au bulldozer, et les compagnies les plus extrémistes postent les vidéos de leurs crimes de guerre en chantant des chants de victoire.
Forcés, après des révélations de CNN datant de mai, de reconnaitre la violence meurtrière dans la prison, où de nombreux détenus ont été raflés au hasard, civils pris dans un drame dépassant la question de leur responsabilité individuelle, les autorités israéliennes n’ont qu’une porte de sortie: la surenchère par la guerre internationale – avec le Liban, avec l’Iran, où l’assassinat du chef du Hamas devrait enterrer tout espoir jamais de voir libérer les otages survivants vivants.

Et Macron déclenche une crise diplomatique avec l’Algérie, depuis son jet-ski, tout en refusant toujours à la France un vrai gouvernement!

Le gouvernement démissionnaire prends des décisions dépassant largement les affaires courantes. Elles sont susceptibles d’être déclarées illégales par le Conseil d’Etat.

Quel chaos prévisible, quelle incertitude pour les agents de l’Etat!
Plus ce « provisoire » dure et plus la situation devient ingérable.

Macron a pris deux décisions d’importance sans débat parlementaire ni impliquer le gouvernement: reconnaître l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, entrainant une crise diplomatique majeure avec l’Algérie, et nommer au titre de la France Thierry Breton commissaire européen.
Sur ce deuxième point, la jurisprudence fut toujours d’avoir un accord entre l’Elysée et Matignon, d’autant plus en période de cohabitation.
Mais comment demander son avis à un gouvernement démissionnaire qui n’a pas le droit d’avoir un avis?

L’Assemblée Nationale est fatiguée: passer d’une campagne des Européennes éprouvante au sprint de la dissolution a éreinté les partis et les dirigeants.
Avec beaucoup de mérite, et malgré le mépris de Macron pour la démocratie parlementaire et 10 millions d’électeurs de gauche, qui se sont mêlés à son camp au second tour, Lucie Castets a sacrifié ses congés de la ville de Paris à la cause. Elle fait le tour du pays pour se faire connaitre mais aussi pour reconnaitre, dans tous les sens du terme, les fractures géographiques et culturelles françaises.

J’aurais souhaité qu’avant la fin de la session les députés lancent une initiative forte en soutien de ses efforts.
Prolonger la session ordinaire en session extraordinaire, ou voter le principe d’une session extraordinaire après les JO, serait le minimum.
Une conférence de presse des présidents de groupe parlementaire sur la situation intenable où la procrastination du président nous plonge serait bienvenue.

En réalité, j’aurais voulu voir un parlement actif dés maintenant, votant une censure de principe, s’emparant de son agenda, le gouvernement démissionnaire ne pouvant le fixer et le vide devant être rempli, et votant dés maintenant des premiers textes susceptibles d’être majoritaire.
Avec ou sans les macronistes.

L’olympisme et Apollon en ont décidé autrement.

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Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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